Bénin : De la nature du pouvoir représentatif

Bénin : De la nature du pouvoir représentatif

Qu'est-ce la science politique nous enseigne et que nous devons intégrer à nos comportements politiques pour la conduite des affaires de la république?

Nicéphore Soglo à Talon (avant la crise à la RB) : “Atoun noutia. Yôkpôvou wè a gnin”

Le gouvernement représentatif a des obligations que n’ont pas les dictatures. Les dictatures ne sont responsables devant aucune instance ni morale ni politique. Elles ne répondent que d’elles-mêmes et c’est pourquoi Mussolini a osé dire que le Duce ( lui-même) avait toujours raison et Hitler que sa conscience était Adolf Hitler. On connaît la suite tragique pour l’humanité.

Le gouvernement représentatif au contraire doit répondre devant les instances morales et éthiques et devant le peuple, la source de son pouvoir.

On a toujours tort de proclamer sans nuance que la politique est synonyme de mensonge .Pour une certaine catégorie d’acteurs politiques, ce sont les ajustements successifs qui sont tellement contradictoires entre eux qu’on a raison d’associer la politique au mensonge et le politicien à un menteur par profession. Mais la politique est tout sauf le mensonge auquel on l’identifie car si on revisite la cité grecque de l’antiquité et la politique sur l’agora, la politique est de  l’action morale par essence.

Au fil des siècles cependant,  le champ politique s’est élargi pour embrasser des territoires de plus en plus étendus ce qui rend la démocratie directe sur l’agora désormais impossible, d’où la démocratie représentative telle que nous la vivons aujourd’hui même sous les tropiques.

Ils ont tort ceux qui pensent que la démocratie peut se tropicaliser ou être café au lait. En quoi la volonté du citoyen de vivre en paix avec d’autres citoyens peut-elle être  différente selon la latitude à laquelle on se trouve? En quoi les besoins fondamentaux de l’homme peuvent-ils être différents, selon qu’il est Africain, Asiatique, Américain  ou Eurasien? La fuite devant la responsabilité de répondre avec rigueur aux exigences de l’action politique nous fait inventer le concept de la démocratie tropicalisée où l’on peut s’accommoder des petites ou grandes  entorses au droit et à la morale sinon,  la démocratie est universelle en ce sens qu’elle signifie le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple et c’est ce  triptyque qui impose le devoir de rendre compte au peuple et non de se mettre au- dessus de lui et de décider en ses lieu et place.

S’il y a une instance devant laquelle l’homme politique doit se soumettre à l’obligation de rendre compte c’est bien la représentation nationale, représentant le peuple dans sa grande diversité. L’action politique qui se fait au nom du peuple et pour son bonheur doit être expliquée devant la représentation nationale. Le respect du peuple à travers sa représentation nationale explique que le président américain Woodrow Wilson se déplaçait lui-même devant le Congrès,  pour lui adresser directement ses messages comme la déclaration de guerre à l’Allemagne en 1916. Toutes ses grandes décisions ont fait l’objet de la même démarche. Woodrow Wilson a donné une coloration parlementaire à son exercice du pouvoir dans un système présidentiel avec la séparation des pouvoirs dont nous avons hérité au Bénin.

Il est intéressant de noter que la constitution américaine commence par le pouvoir législatif très longuement développé.

C’est dire que le législatif partout où il existe, ne doit pas se méprendre sur son importance, sa différence et sa mission de contrôle des actes du gouvernement .Faute de jouer ce rôle avec exigence, il fait de la décoration et devient rapidement l’essuie-pied du pouvoir exécutif qui, par sa nature est celui qui agit et devient hégémonique.

La séparation des pouvoirs, si elle doit avoir un sens, confère à ses membres une personnalité propre et c’est bien pour cela que James Madison a explicité sa logique  par cette formule qu’on a oubliée au Bénin à savoir que “le pouvoir doit arrêter le pouvoir” (power must be made to counteract power).

Le législatif contrôle l’Exécutif qui a souvent tendance à oublier qu’il n’est là que pour exécuter la volonté du peuple et le législatif de son coté, ne peut pas oublier qu’il est là au nom du peuple et non de ses propres intérêts.

Le président de la république, chef de gouvernement doit expliquer toute sa politique à la représentation nationale comme dans un discours programme et non la placer devant le fait accompli .Et si cela devait s’avérer nécessaire l’Assemblée nationale doit l’interpeller sur les raisons et les dessous de sa politique, de toute sa politique.

La constitution du 11décembre 1990 dispose que tout changement d’option économique fasse l’objet de débats à l’ Assemblée , débats  sanctionnés par une loi.Il s’agit en l’espèce de l’article 98.

Les députés ont-ils eu à débattre des liquidations et des mises sous tutelle intervenues tout dernièrement du port et de l’aéroport sans compter les créations d’agences en remplacement des sociétés et entreprises  d’état ? Il est permis d’en douter. Le gouvernement n’est pas une autorité isolée. .Il fait partie d’un ensemble bien cohérent qui se contrôle mutuellement.

Le gouvernement représentatif doit répondre aux besoins du peuple au nom duquel le serment du 06 avril est solennellement prononcé. Quand dans l’action de ce gouvernement le peuple ne se retrouve pas, il est absolument nécessaire que des correctifs soient apportés.il n’y a en cela aucune honte “à revoir sa copie” comme on dit.la Russie de la révolution bolchevique a connu la Nep I corrigée par la Nep II. De même, le grand bond en avant de Mao ze Tong a subi des révisions déchirantes  douloureuses devant son retentissant échec.

Le pouvoir représentatif est responsable devant la communauté nationale pour laquelle elle agit. Il ne peut pas gouverner à contre-courant et au mépris des intérêts des gouvernés. Il n’y a de gouvernement qu’avec le consentement des gouvernés. On oublie souvent que tout gouvernement qui n’a pas l’adhésion des gouvernés devient de facto un gouvernement illégitime. La contestation d’un gouvernement par les grèves est l’indicateur que ce gouvernement ne représente plus les aspirations du peuple et qu’il doit recoller à ceux au nom de qui  il est censé  agir. L’affermage par exemple  n’est pas une solution aux problèmes de santé publique au Bénin, n’en déplaise  à ses défenseurs.

Il y a l’autre institution qui est l’autorité morale de la république. Elle dit le droit et sanctionne les actes de l’assemblée et ceux du gouvernement : la cour constitutionnelle  est la moins nombreuse des trois institutions de contre-pouvoir mais elle est la plus puissante car son autorité ne peut être remise en cause par aucun autre pouvoir de la république. C’est pour dire que la cour constitutionnelle ne peut faire l’objet d’aucun mépris ni de la part du gouvernement ni de la part de l’Assemblée nationale. Au Benin, le chef de l’Etat du sommet de l’édifice ignore les décisions de la cour constitutionnelle qui est garante de la continuité de l’Etat et de son histoire constitutionnelle. Ce faisant, il s’expose à une procédure de destitution pour parjure.

La cour suprême est tout aussi importante car il y a des abus dans les domaines judiciaires, administratifs. Les mises en garde-à-vue arbitraires ou mises sous mandat de dépôt sur de simples présomptions ou des preuves fabriquées ont commencé à se multiplier au Bénin travestissant notre modèle démocratique.

Pour me résumer,  le Bénin ne répond plus depuis quelques années , depuis Boni Yayi et Patrice Talon à aucune norme connue du gouvernement représentatif. Nous sommes de plus en plus dans une dérive dictatoriale.il faut que tous les acteurs se regardent bien dans la glace et se demandent quel est exactement leur rôle dans l’édifice républicain qui est le nôtre, sans confusion des rôles et sans compromission. On peut être en accord avec le pouvoir exécutif sans fonctionner sur le mode pin-pan ou comme une assemblée godillot, pour voter les lois les yeux fermés. A plus forte raison à coup d’argent.

Cette démocratie-là nous éloigne de l’essence de la chose politique qui est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple. Et cela, sans démagogie.

Par René Ahouansou
Professeur de Littérature américaine

Commentaires

Commentaires du site 1
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    Napoléon1 Il y a 4 jours

    „ le Bénin ne répond plus depuis quelques années à aucune norme connue du gouvernement représentatif“. Et au surplus, c’est une erreur monumentale d’avoir permis la candidature et l’élection d’un parvenu homme d’affaire á la présidence de la République.

    Que Talon ne s’y connait pas dans la conduite d’un pays n’a plus besoin d’être prouvé: Il a inauguré sa prise de fonction avec le décaissement des milliards de nos sous pour lui même et ses héritiers comme soi -disant redevance que l’Etat béninois lui doit. Et ceci sans qu’aucune juridiction ne les lui concède sans tenir compte du conflit d’intérêt qui l’entoure. Jamais dans l’histoire de la jeune République un chef d’état n’a ausé une telle démarche.

    Talon se comporte, comme si la République du Bénin est son entreprise privée, qu’il a à assainir pour augmenter ses profits .Le fait que Gouverner un pays et diriger une entreprise sont deux paires différentes de chaussure, lui est inconnu, visiblement à cause de son niveau intellectuel de minima (DEUG).

    L’objectif visé lorqu’on dirige une entreprise privée, c’est essentiellement le gain ou le profit estimé en unités et centimes de monnaie.

    L#objectif visé dans la conduite d’une nation, est avant tout le bien-être des populations qui souvent est soldé en pertes dans la comptabilité de pertes et profits.

    Talon a inauguré son avènement en choisissant dans le tas une cinquantaine des soi-disant spécialistes du droit constitutionnel (ce que l’on appela: commission Djogbenou) à qui il a distribué 10 millions de nos sous à chacun pour un travail de 45 jours remplissant tout et poutt tout trois feuillets tapés à la machine . Pourtant avant cela il y a eu les commissions Ahannazo, Gnonlonfoun, qui ont travaillé sur un projet du genre (projet de réforme constitutionnelle) dont les membres n’ont percu aucun sous, pourquoi d’ailleurs.
    Cette distribution de l’argent pour faire marcher les gens, fait parti de la compréhension et des habitudes de l’homme d’affaire devenu Président de la République.

    Ce qu’il a encore démontré en promettant 20 millions de nos sous à chacun des députés avec accopmte de 5 millions chacun pour faire passer le projet de réforme de la constitution comme une lettre à la poste au parlement. Heureusement quelques députés ont eu le courage de dénoncer cette attitude ma-fieuse et ont fait échec au projet.

    Dès lors c’est la politique de la ruse et de la rage que l’homme d’affaire devenu Président de la République promet à la nation: Il ne se passe désormais plus des jours, où les adversaires politiques sur des allégastions fabriquées ou sans preuve sont jetés en prison. Tous les secteurs-clé du pays sont privatisés, les béninoises et les béninois sont licenciés pêle-mêle et la misère du peuple s’intensifie chaque jour. Même les entreprises de souveraineté: l’aeroport, la douane et le port maritime n’en font pas exception.

    Pour intimider au plus, il s’alligne sur des député godillots qu’il a achetés á l’assemblée nationale pour émettre des lois de suppression dare-dare des droits de grèves aux agents de santé (pourtant il avait négocié avec ces derniers il y a deux semaines), aux fonctionnaires et aux magistrats.

    Dans un Etat de droit, la cour constitutionnelle est le dernier recours, garant de la loi fondamentale.
    Talon et son équipe ont choisi d’ignorer les décisions de la cour constitutionnelle. Pourtant la constitution prévoit que les décisions de celle-ci ne peuvent être remises en cause par aucun autre pouvoir de la république.
    Nous avons ainsi atteint le comble avec ce parvenu homme d’affaire devenu Président de la République.

    Pour un Président qui pense, savoir seul, ce qui est bien pour la nation,
    qui porte atteinte aux libertés publiques, aux libertés des personnes,
    qui avoue visiblement le mépris pour la constitution et qui ne respecte pas les décisions de la cour constitutionnelle,

    Le peupl eest en droit légitime de lui écourter le mandat avant qu’il ne soit trop tard.
    C’est ce à quoi les populations béninoises doivent désormais s’atteller.
    Car dans un Etat de droit, dans la République, le premier magistrat doit respecter la loi.