Bénin : Les honorables députés ne connaissent ni la constitution, ni le droit

Bénin : Les honorables députés ne connaissent ni la constitution, ni le droit

Les députes de notre 7e législature, ont très certainement des lacunes dans leur formation intellectuelle ou alors ils ignorent les implications de leurs charges, et c'est triste à dire.

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Quand on lit leur amendement à l’article 20, portant statut de la magistrature au Benin, on est frappé par le manque de cohérence stylistique de l’ensemble du paragraphe, car le bout de phrase qui a été ajouté est totalement en dissonance par rapport à toutes les autres phrases : elle tombe comme un cheveu sur la soupe.

Du début de l’article 20 jusqu’à ce point, ce sont les magistrats qui sont sujets de tous les verbes. En effets, il est dit ce qui suit «ils jouissent de la liberté de se constituer en association ou en toute autre organisation, ou de s’y affilier pour défendre leurs intérêts, promouvoir leur formation professionnelle et protéger l’indépendance de la magistrature ». Et puis, brusquement, tombe le bout de phrase qui leur retire le droit de grève : « la grève est interdite aux magistrats ». Ce genre de brusque changement de sujet dans une série de verbes, est ce qu’on appelle une incohérence stylistique.

Cette incohérence est la preuve évidente que cette chute qui n’est pas coulée dans la même élégance de style que le reste, est l’œuvre d’une  main malveillante et brutale qui règle un compte sans la moindre émotion. Si le président de l’Assemblée nationale, maitre Adrien Houngbédji, dit que c’est avec un pincement au cœur qu’ils ont fait ce qu’ils ont fait, il aura avoué sans le vouloir qu’ils ont agi sur instructions venues de l’extérieur à l’Assemblée.

Ces honorables députés auraient continué la phrase dans le même style, en ajoutant juste ceci : « toutefois, ils jouissent du droit de grève à la condition d’organiser un service minimum partout ou besoin est ». Ou une phrase dans ce style là… Je suppose que l’Assemblée nationale de la 7e  législature, a des conseillers techniques et juridiques comme l’assemblée nationale révolutionnaire dont j’ai vu le fonctionnement en ma qualité de commissaire du peuple.

Ce bout de phrase aurait réglé le problème de la grève pour les magistrats, et évité à la nation les désagréments actuels. Les populations, pour la plupart manipulées par le même pouvoir qui cautionne ce retrait du droit de grève, ne peuvent pas comprendre les subtilités de la langue française et les répercussions possibles sur la paix sociale du pays. Tout ceci, par la faute du manque de réflexion de nos législateurs ou à cause de leur trop grand empressement à faire plaisir à l’exécutif.

Ni les parlementaires, ni le gouvernement, ne rendent aucun service à la nation par leur désir de la mettre au pas, en arrachant à ces travailleurs le droit consubstantiel à la liberté syndicale. Il n’y a pas de défense des intérêts du monde du travail sans le recours à la grève, comme arme ultime. Retirer le droit de grève au travailleur exploité, brimé, correspond à une « non-assistance à personne en danger ». La raison humaine et le sens moral s’insurgent contre ce traitement immoral du faible.

Maintenant, venons-en aux considérations purement juridiques. Mais je ferai remarquer avant cela que la fédération de Russie qui n’est pas la meilleure démocratie au monde, reconnait aux travailleurs russes tous les droits dont jouissent les peuples évolués, y compris le droit de grève, sans aucune entrave de quelque nature que ce soit. On trouvera ces dispositions dans l’article 31 de la constitution de 1993 de la fédération de Russie, comme d’ailleurs dans la nôtre. Il est bien entendu qu’on ne peut pas accorder un droit à quelqu’un et en interdire la jouissance, car il y aurait là quelque chose d’incohérent.

C’est dire que le précédent jurisprudentiel de 2011 était une erreur. Et pour cause.

On ne peut pas affirmer l’égalité de tous devant la loi, comme l’indique l’article 26 de notre constitution du 11 décembre 1990, qui dispose : « l’Etat assure à tous l’égalité devant la loi, sans distinction de….. ». Pour subrepticement le retirer par expédient politique.

Par ailleurs, l’article 98 qui déclare que sont du domaine de la loi un certain nombre de sujets, mentionne plus bas ce qui suit :

« La loi détermine les principes généraux : du travail, de la sécurité sociale, du droit syndical et du droit de grève ». Il est question des principes généraux, c’est-à-dire de l’encadrement du droit de grève et non de son retrait à certaines corporations. L’égalité devant la loi ne saurait connaitre des exceptions. L’universalité des ces droits et leur uniformisation en rapport avec les instruments internationaux que nous avons ratifiés et que nous avons incorporés à notre constitution, nous imposent des obligations de droit, et ne peuvent permettre cette faute politique de nos honorables députés.

Le représentant du peuple est l’ami du peuple, pas son bourreau. Nous avons déjà un bourreau de la presse qu’est la Haac. Nous n’admettrons donc pas un autre bourreau des populations, encore moins s’il s’agit de nos propres élus.

Ces éléments des constitutions auxquelles il a été fait référence, chacun peut les vérifier à loisir pour conforter son opinion.

Nous avons été instruits pour servir notre pays avec amour, surtout en qualité de députés. Nous ne sommes donc pas des garçons de course de l’exécutif

René Ahouansou
Professeur de littérature et civilisations américaines

Commentaires

Commentaires du site 12
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    Ce ne sont que des hommes d’affaires !

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    ALLOMANN Il y a 3 mois

    Cette contribution de M. Ahouansou montre à quel point on peut avoir une approche partiale des soubresauts que vit notre pays actuellement. Je conviens qu’au plan syntaxique, on peut faire mieux, mais pour le reste, le droit à la grève, tel que prévu par notre Constitution ou par les Traités Internationaux, ne saurait être perçu comme un droit absolu, sans aucune restriction. Au demeurant, notre texte fondamental prévoit la limitation de sa jouissance, limitation qui peut être partielle ou totale, selon les impératifs évoqués par les pouvoirs publics. Du reste, dans la plupart des pays de la sous-région et de la France dont nous nous inspirons, les magistrats n’ont pas le droit de faire grève (Sénégal, Côte d’Ivoire, etc..).Dans nombre d’Etats comparables au nôtre, la Justice, les corps paramilitaire, les agents de sécurité et de la santé ne peuvent prétendre à des actions de sabotages illimités… D’où vient-il que nous puissions justifier de tels droits, consubstantiels à un Etat providence que nous ne sommes pas, dans un pays aux ressources très limitées, régenté par une caste de fonctionnaires improductifs et arrogants au détriment de la quasi-totalité de la population… ??
    En réalité, nous avions perdu la tête en prenant, lors de la Conférence Nationale des décisions en porte à faux avec notre niveau de développement économique. On était surtout obsédé par les confiscations des libertés par Kérékou 1, au point de consentir toutes les libertés possibles à la petite caste de bourgeois politico bureaucratique, sans exiger de contrepartie au plan de la production de richesse. C’est là une erreur fatale qui conduit aux comportements observés aujourd’hui avec les prétentions sans limite de toutes les corporations de syndicats de fonctionnaires, dont la moindre des préoccupations est de contribuer au développement de la nation….. Il faut mettre fin à cette imposture, en brisant ces grèves scélérates, en important des magistrats du Rwanda, et d’autres pays comme le Sénégal où existent une foule de magistrats expérimentés mis à la retraite à 60 ans….

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      Il faut etre ***** pour écrire des âneries pareilles !
      Alloman dans sa diarrhée verbale aligne mots et phrases sans en comprendre le sens !
      Seuls des individus au cerveau déformé par des années de servilisme a la recherche de positions peuvent trouver que la « limitation (qui ) peut être partielle ou totale »…
      Seuls ceux qui campent aux portes du banquet des haut bourgeois, affameurs de nos peuples, dans l’espoir de se voir jeter des miettes peuvent trouver que « la petite caste de bourgeois politico bureaucratique, » a besoin de libertés ! Liberté de piller le pays, de donner les secteurs les plus profitables de son économie a ses maitres étrangers, d’affamer nos peuples, ruiner nos paysans, détrousser nos femmes et nos filles, réduire nos parents a la mendicité publique –comme du temps de Kerekou en 1989- après avoir détruit les moyens et outils de production !
      A-t-on jamais vu un bourgeois bureaucrate réclamer des libertés syndicales ? Le syndicat de la mafia et sa loi du silence dont ils se prévalent n’a point besoin de libertés syndicales, ils vivent dans le l’obscurité, opèrent comme des chauve souris et jettent les miettes aux Alloman qui viennent nous empoisonner sur ce forum.
      Le temps ou la lumière crue éblouira ces rapaces avant leur élimination définitive n’est pas loin

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    Baghana sero Il y a 3 mois

    Lorsqu’on a des députés qui vont s’inscrire fraudulement en droit capacitaire alors qu’ils n’ont meme pas le BEPC et ne Sont jamais arrivés en classe de terminale Il faut s’attendre à ce qui de pande à l’assemblée nationale. J’ai de l’assemblée nationale béninoise

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    GBOGBOLIKITI Il y a 3 mois

    HOUNGBEDJI et TALON, tous deux manquent cruellement aux décisions de la Cour Constitutionnelle, mais convient les travailleurs et le peuple à espérer avec confiance la décision de cette même Cour dans le cadre de l’issue à donner à la loi sur le retrait de grève à certains travailleurs d’Etat.

    Lorsque qu’un simple règlement intérieur de l’Assemblée Nationale s’impose à une décision de la Cour, qu’en serait-il des travailleurs et du peuple vis-à-vis d’une autre décision venant de cette même Cour qui donne cette fois-ci raison à l’Exécutif et au Parlement?

    Le couple TALON-HOUNGBEDJI a encore du pain sous la planche.

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    Prince Toffa 1er Il y a 3 mois

    Affirmative ! Notre assemblée nationale est un ramassis d’individus parmi lesquels on compte des intellos, des commerçants en majorité mais aussi des trafiquants de tous ordres (de stupéfiants, de faux médicaments, de produits alimentaires piratés, etc.) et des gens épris de somnolence venant achever leur sommeil dans l’amphithéâtre national.

    Comment voudront-ils prendre connaissance des points-clés de la substance de notre Constitution et comment peuvent-ils se donner le temps d’acquérir les préceptes élémentaires du Droit et mener à bien les débats ?

    Voilà encore un fait qui souligne les imperfections de notre loi fondamentale et qui pose de nouveau le problème d’adaptabilité de cette Constitution à la réalité actuelle du pays.

    Nous sommes assis depuis longtemps dans la ‘‘merde’’. Relevons-nous !

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    Sonagnon Il y a 3 mois

    Je crois qu’il n’y a pas meilleure démonstration pour indiquer que le retrait du droit de grève à certains secteurs est une absurdité juridique et une incompétence caractérisée.
    Un pays comme le Bénin mérite une classe politique nettement mieux que ce que nous voyons.

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    Attakoun Il y a 3 mois

    Si il trouve l’argent dans la caisse noir il vote simplement il son tous corrompus voleur comme leur président

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    OLLA OUMAR Il y a 3 mois

    En tous cas , ils connaissent l’argent volé de talon qui les tient en laisse 😛

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    Quelle honte ces députés! Et dire qu’il y a des gens sur ce forum qui les défendent. Pays de merde vraiment!

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    Abidjan-secours Il y a 3 mois

    Presidents houngbedji et amoussou l’heure est arrivée d’emboiter le pas à jospin et chirac car vous etes promotionnels en politique.votre manque de dignité vous conduit vers la honte pour le pays.merci