Bénin : Le syndicalisme est d’abord d’essence politique

Bénin : Le syndicalisme est d’abord d’essence politique

C'est une regrettable méconnaissance de l'histoire des peuples qui nous fait condamner les grèves de ces derniers jours au Bénin comme si le travailleur avait plus plaisir à s'égosiller à réclamer ses droits que de vaquer tranquillement à ses occupations quotidiennes.

Bénin : L’exercice du droit de grève dans le droit positif

Rien n’est plus reposant que la routine. Si donc des milliers d’hommes et de femmes sortent de la quiétude de leur routine par un acte collectif c’est ‘qu’ils ont pour cela de sérieuses raisons que l’on devrait examiner avec honnêteté et franchise

Il convient de revenir à l’essence des choses. Des jacqueries de la campagne française aux grèves au Bénin ces jours-ci, la nature profonde des choses est la même à savoir l’affirmation de l’humanité du travailleur au respect de ce qu’il représente dans la société.

Qu’il soit rappelé ici que travail est le ciment qui maintient les sociétés et crée les relations d’échange équitable entre les hommes. Quand ces relations d’échange équitable changent au détriment de l’homme-producteur, il y a réaction de refus qui peut prendre des formes diverses de ce que l’histoire américaine a appelé sit-in à la grève insurrectionnelle qui est la réponse politique à une situation politique déshumanisante

Nous ne pouvons pas réagir dans les milieux éclairés du Bénin comme des gens qui n’ont jamais entendu parler de la contradiction entre le capital et le travail. Du compagnon du moyen-âge à l’ouvrier moderne, la marche de l’histoire est toujours la même, c’est-à-dire l’affirmation de l’humain face à l’oppression, à l’injustice sociale à  l’exploitation.

Pour un pays qui a connu la révolution marxiste-léniniste avec sa grille de lecture de l’histoire, nous manifestons une incroyable amnésie et les pouvoirs politiques une cécité ou un autisme suicidaire qui conduirait à un naufrage collectif si les bonnes lunettes de lecture des événements ne sont pas rapidement trouvées.

Ce ne peut pas être un fait du hasard que d’un accord unanime autant de centrales et de confédérations syndicales décident d’aller en grève contre l’Etat qui leur dénie des droits légitimement acquis. Faut-il passer en revue les blessures que chacun a reçus depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel chef de l’Etat sur les slogans de rupture et de nouveau départ comme pour se démarquer du régime précédent en rétablissant le lien ombilical entre le peuple et ses gouvernants. Mais malheureusement il y a eu comme un malentendu fondamental entre le nouveau régime et la nation.

Le pouvoir de patrice Talon a  créé lui-même les conditions de sa double contestation, économique et politique. Depuis qu’il est arrivé au pouvoir le président Talon n’a fait qu’œuvrer contre les travailleurs en détruisant avec zèle des emplois partout où il le peut sans en créer en remplacement. Les travailleurs qui se sont  retrouvés du jour au lendemain à la rue ont des familles à nourrir mais cela ne fait en rien le souci de celui qui avait juré de défendre et de protéger la constitution, cette même constitution qui garantit le droit au travail à chacun Béninois  comme en dispose l’article 8.

Le chef de l’Etat s’est engagé devant la nation à honorer les promesses faites aux personnels de santé en grève et a obtenu qu’ils arrêtent leur mouvement de grève qui durait depuis deux mois. La grève une fois arrêtée suite à ses engagements, le chef de l’état s’est volontairement délié de ses engagements comme s’ils n’avaient jamais existé.La liste des griefs est longue et fastidieuse.

Les travailleurs méritent notre admiration

Mais il est important de rappeler que les liquidations des entreprises publiques et sociétés d’état n’ont fait l’objet d’aucun débat national à l’Assemblée nationale comme le prévoient les dispositions de l’article 98 de notre constitution encore en vigueur.

On ne peut gouverner un peuple avec ce mépris souverain des hommes et des institutions et espérer avoir l’accalmie sur le front social.

Les nouvelles formules de gestion que le chef de l’état a introduite dans la gestion de la chose publique comme le Pvi au port et dernièrement la mise sous tutelle étrangère de ce port décidée unilatéralement par le chef de l’état sont autant de violations manifestes de la constitution.

Quand la nation est en danger du fait même de la personne qui en a la charge et a jure devant Dieu et les hommes de la défendre de la protéger et ne le fait pas par oubli ou arrogance, c’est un devoir sacré que le peuple sorte de sa placidité et de son attentisme pour crier “halte! ça suffit”.

Alors,  quand une grève devient politique,  la sagesse recommande de chercher à éliminer les causes du mécontentement populaire en soi-même. La gestion du Bénin devient  de plus en plus autoritaire et autocratique. Cette déviance n’est pas le contrat passé entre la nation et Patrice Talon. C’est une sérieuse usurpation de pouvoirs que le peuple Béninois ne peut accepter et qu’il a rejetée depuis l’avènement de l’état de droit en 1990.Personne n’a reçu mandat pour faire reculer l’Etat de droit chez-nous.

Après la prise en otage des pans entiers de  l’économie du pays par le clan Talon et associés, le chef de l’état a engagé le processus d’élimination de toute l’opposition sous  prétexte de lutte contre la corruption et l’impunité qui scandaleusement épargne  tous ceux qui ont commis des crimes économiques mais qui se sont  refugiés sous la protection du chef de l’Etat en embrassant l’évangile du Pag et en faisant allégeance à  la rupture  et après avoir accompagné Boni Yayi dans ses dérives autocratiques en son temps et lui avoir voué leur dévotion corps et âme.

Talon s’attaque à notre modèle démocratique à tous les niveaux, aussi bien en organisant la destitution des maires indépendants qui n’ont pas adhéré à la rupture et au nouveau départ auxquels ils ne croient pas, l’éclatement des partis politiques ,en s’attaquant par le canal de la Haac à la liberté de la presse, en faisant pirater les stations radios et en interdire  les chaînes de télévision qu’il n’a pas réussi à faire taire.Car garant de la constitution du 11decembre 1990, le chef cde l’Etat aurait dû avoir rapidement mis fin à ces dysfonctionnements préjudiciables à notre démocratie et à notre Etat de droit au lieu de seulement en parler dans les échanges de vœux avec les institutions de la république. Un président qui se déjuge devient parjure.

C’était déjà de notoriété publique que notre Assemblée nationale est devenue son arrière-cour où il fait passer toutes  les lois de nature à lui assurer la mainmise sur tout le jeu politique  en transformant notre pays en un autre Rwanda après en avoir fait un autre Haïti.

il est donc évident que les travailleurs en grève défendent  notre modèle démocratique et la santé mentale de chaque Béninois qui refuse de devenir l’esclave de l’arrière-petit fils d’un gardien d’esclave.Ces travailleurs méritent  notre admiration et notre soutien à tous.

Maintenant le retour à  la paix  sociale  dépendra de quel côté se placera la cour constitutionnelle sur cette gravissime attaque contre le droit de grève du travailleur béninois, quel que soit son secteur d’activité  .Il y a eu une faute inqualifiable en 2011 mais on n’est pas obligé de persévérer dans l’erreur, par jurisprudence …

C’est aussi le droit des syndicats de s’assurer que les droits constitutionnels du citoyen Béninois soient préservés. Il n’y a à cela aucun crime de lèse-majesté mais une volonté déterminée de se défendre et de défendre son pays et son peuple contre l’aventure politique.

Réné Ahouansou
Prof. de littérature et Civilisations américaines

Commentaires

Commentaires du site 5
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    Ils mentent comme ils respirent.
    Pour ce qui est de l’admiration des travailleurs, il y aura tant à dire sur leur incompétence que sur leur motivation et professionnalisme. Ils n’ont aucune notion du service public et encore moins le sens de la conscience professionnelle.

    Les syndicats pour un rien se lèvent pour revendiquer des causes qui sont tout sauf celles des travailleurs. Les menaces de grève couvrent sur des périodes continues et illimitées et selon leurs convenances, exigences et à leurs conditions.

    Quelques jours avant le vote de l’assemblée nationale sur le retrait du droit de grève à certains travailleurs particuliers de l’administration publique, ils avaient menacé conduire une grève illimitée et continue pour la libération du corrompu et selon eux du prisonnier politique.

    Ils sont devenus des syndicalistes acquis à des causes politiques et non sociales.

    C’est un article qui veut faire hommage à des voleurs de diplômes, des corrompus, des fraudeurs de concours, des usurpateurs de titre et de fonction.

    Si c’est des voyous vous voulez admirez et complimenter, libre à vous, mais sachez que c’est eux qui détruisent le Bénin, ils sont loin de le construire. Il faut voir d’autres fonctionnaires publiques des autres pays pour comprendre les victimes que vous êtes.

    Qu’on ne me dise pas qu’ils sont sous payés, car pour le peu qu’ils gagnent, ils ne font pas le minimum pour justifier leur paye.

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    Adanto Il y a 3 mois

    Venant de ceux là ça se comprend. Desdits enseignants qui ne sont jamais au cours

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    Julio GADA Il y a 3 mois

    Tous mes respects Professeur !

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    GbetoMagnon Il y a 3 mois

    “…Béninois…refuse de devenir l’esclave de l’arrière-petit fils d’un gardien d’esclave.” Celle est déplacée, indigne et pour tout dire, dégrade la portée de l’article et l’image de son auteur.

    Est-il possible au Bénin, de garder le sens de la mesure et de séparer les hommes de leurs actions que l’on veut critiquer ?

    Est-il possible, de combattre les idées et les actes politiques sans tomber dans l’injure publique ?