L’idée fausse que l’Etat ne crée pas les emplois ou la nécessaire révision de nos idées reçues

L’idée fausse que l’Etat ne crée pas les emplois ou la nécessaire révision de nos idées reçues

Il y a une idée fausse au Bénin en ce moment que l'Etat ne crée pas l'emploi. Cette idée qui vient des économies développées d'Europe et d'Amérique ne peut s'appliquer aux économies à peine balbutiantes de nos pays pauvres sans capitaux.

Bénin : Le nouveau départ a-t-il rompu avec ces vices ou les a-t-il renforcés ?

Chacun se rappellera les désastres qu’ont été les dérégulations de la Banque mondiale et du FMI à travers leurs programmes d’ajustement structurel que Michel Camdessus a dénoncés par la suite comme étant inappropriés à nos économies encore fragiles. Que devons-nous faire à partir de là? C’est une sorte d’incantations des dirigeants africains que de répéter une idée étrangère que l’Etat ne crée pas les emplois et n’en a pas la vocation.

Tout comme les institutions de Bretton Woods se sont toujours défendues d’avoir imposé les programmes d’ajustement structurels à nos pays ,de même il leur sera loisible de dire qu’elles n’ont jamais empêché nos Etats de créer les emplois en attendant l’apport ou les apports massifs de capitaux pour prendre la relève de nos Etats.

Mais la pensée économique est tellement insignifiante parmi les cadres africains que chacun y va de son petit couplet ridicule que l’Etat ne crée pas les emplois. Nous sommes de jeunes pays qui ont tout à faire, et où les besoins primaires, immédiats de nos populations sont encore à satisfaire par des importations massives de toutes sortes de biens de consommation. Même au niveau le plus bas de la formation de nos étudiants en série B(économie) et au Bts. Tout le monde sait que l’excès de nos importations par rapport à nos exportations pénalise notre balance commerciale. Nous restons largement déficitaires dans nos échanges extérieurs. A chaque importation, nos pays s’appauvrissent et aucun partenaire ne s’oblige vis-à -vis de nous à équilibrer nos échanges en nous achetant nos ressources d’exportation primaires, même sans valeur ajoutée. Léopold Sedar Senghor est mort en dénonçant la détérioration des termes de l’échange. Même avec le titre Docteur Honoris causa il n’y a rien changé.

La division internationale du travail

Nous semblons nous satisfaire de cette division du travail mercantiliste encore colonialiste qui fait de nous des fournisseurs de matières premières pour les industries des autres qui préservent leurs emplois alors que nous détruisons les nôtres et nos forêts en plus pour leur permettre d’implanter leur plantations de palmiers à huile à la place de nos forêts primaires.

Mes souvenirs des années 1970 sont que le contrôle du commerce extérieur de notre pays était plus rigoureux qu’aujourd’hui et conditionnait nos échanges à un contingentement pour limiter nos sorties de devises. C’était l’époque du commerce du “Lacy” (dentelle)avec l’Autriche.

Nous donc au Bénin nous ne pouvons pas répéter inlassablement le slogan ridicule que l’Etat ne crée pas des emplois. Faute de créer rapidement des emplois pour satisfaire la demande intérieure nos sommes obligés de garder nos frontières ouvertes pour que les produits dont nous sommes grands consommateurs puissent venir inonder le marché intérieur béninois .Un tour dans n’importe quel marché du Bénin nous permet de constater le nombre de marchandises de première nécessité immédiatement consommables qui nous viennent de l’extérieur, que ce soit les boissons ,les produis alimentaires industriels comme les condiments qu’on pouvait facilement produire au Bénin.

Ne parlons pas des produits de la pêche et de l’élevage de cuisson rapide. Le marché africain est si facile à pénétrer que Erdogan y fait son entrée triomphale pour avoir sa part du marché africain pour la Turquie.

Les produits de la terre au Bénin comme les produits maraîchers, la pomme de terre rivalisent difficilement avec les produits importés. Le riz parfumé importé d’Asie supplante le riz africain Nerica ou le riz de montagne de chez-nous. L’habillement nous vient tout droit de chine et des pays de la zone d’Asie du sud-est. Notre corps et notre ventre sont entre les mains étrangères. Comme il vient d’être dit la Turquie de Erdogan est la nouvelle puissance économique qui vient chercher son marché en Afrique sub-saharienne. le Maroc grâce à son génie et à son travail est déjà détenteur de beaucoup d’atouts en Afrique au -dessous du Sahara Il a demandé son adhésion à la Cedeao et en a obtenu le principe pour pénétrer davantage encore le marché noir-africain et mieux s’en rendre maitre. La’’ Bank of Africa ‘’(Boa) est déjà tombée dans son patrimoine et que sais-je encore? Ce pays est en ‘partenariat économique très étroit avec l’Union Européenne et avec les Etats-Unis. Le canada fabrique des pièces détachées de son avion ‘Bombardier’ au Maroc grâce à une main d’oeuvre hautement qualifiée et bon marché.

Le Bénin, un pays handicapé

Face à ces défis et compte tenu du marasme économique au Benin et du niveau très élevé du chômage de toute la population je trouve la politique du président Patrice Talon absurde et notoirement inintelligente.

L’Omc a décidé de la dérégulation de l’économie qui retire les aides aux producteurs des pays membres mais ces règles de l’omc ne peuvent pas s’appliquer à des pays comme les nôtres qui nous battent désespérément pour accéder au marché international mais alors avec des handicaps très sérieux.

D’abord de la rareté des capitaux, de la qualité à peine compétitive de nos produits si encore ils arrivaient sur ce marché international dans un Etat autre que primaire dans cette compétition qui nous est défavorable, notre discours peut difficilement être celui que l’Etat ne crée pas les emplois.

Les Américains nous ont ouvert leur marché en nous donnant la possibilité d’y accéder par l’Agoa dont nos produits n’ont jamais réussi à satisfaire aux critères. Au contraire , si nous voulons exister comme Etat ayant une autonomie économique nous devons changer notre évangile valable pour les autres qui ont déjà tout et donner à notre Etat le moyen de piloter la fabrication de tout ce, qui nous manque et quand nous aurons créé suffisamment de produits de substitution comme la Côte d’ivoire entre 1960 et 1990 l’Etat pourra lentement se désengager et laisser les privés prendre la relève.

Samir Amin dans les années 1970 se moquait encore de l’économie ivoirienne en intitulant un de ses ouvrages “miracle ou mirage ivoirien”. Aujourd’hui, il devrait intituler ce même ouvrage “le miracle ivoirien” et il aura raison car ce pays représente à lui seul plus de 40% de la richesse de l’Uemoa pendant que le Bénin est bon dernier de la classe.

S’il y a un message à adresser a Patrice Talon et a son équipe c’est de cesser de répéter une phrase qui ne nous est pas destinée et de mieux s’asseoir pour redéfinir la politique économique du Bénin. L’Etat ne crée pas les emplois est une affirmation stupide pour nous qui avons besoin de donner du travail à nos populations qui s’étiolent dans un chômage massif.

Monsieur Patrice Talon est-il un entrepreneur vraiment, quand depuis qu’il est dans le coton au Bénin n’a rien fait pour implanter des industries textiles dont est partie la Corée du sud? L’Inde ancienne colonie anglaise était également partie des cotonnades pour devenir aujourd’hui une puissance économique avec laquelle il faut compter. On ne fait pas partie des Brics par hasard et ce n’est pas en liquidant tout ce qui existe au Bénin qu’on prépare le terrain pour devenir une puissance économique.

L’absurdité de la pensée économique au Bénin est telle que même les petites entreprises qui s’efforcent d’exister sans gêner personne comme la Benin web tv sont sommes de fermer. On apprend que même les photos d’identité scolaires sont désormais dans le patrimoine du chef de l’Etat et de ses acolytes. A l’occasion du remaniement ministériel, le chef de l’Etat a cru devoir créer un ministère des petites et moyennes entreprises.La question qui vient à l’esprit est de savoir quels sont les rôles que jouent le ministre des Finances, le ministre du Développement et celui des petites et moyennes entreprises. Nous sommes à trois ans de la fin du mandat unique du président Talon mais nous ne voyons aucune industrie se mettre en place pour créer de la richesse et des emplois et donner un souffle nouveau à notre peuple et de l’espoir à sa jeunesse.

Les 500.000 emplois du ministre Abdoulaye Bio Tchané seront-ils créés par l’Etat ou par le privé que le gouvernement de la rupture harcèle et veut détruire? il nous faut un peu de cohérence dans la politique du gouvernement du nouveau départ. Pour l’heure ,il faut savoir où l’on va dans ce fatras d’idées , d’incohérences et de déclarations d’intention mal assumées.

René Ahouansou
Professeur de littérature et civilisations américaine

Commentaires

Commentaires du site 6
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    Les gens viennent se poser en économistes sur le forum pour avancer des théories fumeuses sans base factuelle.
    Le Pr Ahouansou bien qu’il ne soit pas économiste de formation fait une analyste clairvoyant et lucide.
    C’est un scandale que nos pouvoirs incapables de remplir leur mission de promouvoir la croissance économique et de créer des emplois entonnent la rengaine « l’Etat ne crée pas d’emplois « et demande a nos jeunes de tous devenir entrepreneurs, sans expérience , ni capitaux !
    Les USA, modèle achevé de capitalisme ont 2.8 million d’employés fédéraux et 7 millions d’employés des administrations locales soit environ 10 millions de « fonctionnaires » pour une population active de 150 millions.
    Au delà des fonctionnaires proprement dits, la dépense publique fait travailler des millions de personnes dans les entreprises liées a la défense ou aux infrastructures publiques.
    L’économiste anglais Keynes a montré que pour sortir des dépressions et stimuler la croissance, la dépense publique est le levier le plus important pour le retour au plein emploi ( ou pour y tendre).
    Dans nos pays ou la dépression est constante, le besoin de croissance vital et le chômage des jeunes une poudrière a retardement, déclamer que l’état ne crée pas des emplois est une démission et une fuite devant les responsabilités de la société.
    Nul ne prétend que tous les jeunes issus du système scolaire et universitaires doivent être fonctionnaires, mais même dans les promotions de MBA avec de cycles dédiés a l’entrepreneuriat, a peine 10% ou 20% des étudiants deviennent entrepreneur, la majorité finissant comme consultant, banquiers, managers., etc…
    On culpabilise nos jeunes en leur disant que s’ils ne sont pas entrepreneurs, s’ils ne créent pas leur propre emploi, ils sont incapables.
    La réalité est que pour réussir comme entrepreneur, il vaut mieux avoir exercé un métier et acquis une expérience de gestion des hommes, de ressources, et/ou des affaires (80% des entreprises disparaissent dans les 5 1eres années de vie).
    La faillite de nos dirigeants, leur incapacité a créer des emplois directs ou indirects est masquée par les formules toute trouvées comme « l’état ne crée pas d’emplois » répétées a l’infini par des perroquets qui se drapent dans les robes de la fausse compétence en économie.

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    ALLOMANN Il y a 3 mois

    L’auteur de cet article pêche encore par ses insuffisances en économie. Il nous ressert une théorie que les dahoméens ont tlubours considéré comme la voie du salut, à savoir etre5fonctionnaire et percevoir un salaire à chaque fin de mois, sans faire grand chose. C’est ce qui est la source de notre pauvreté. La richesse est créée par les entreprises et non par les akowés qui ne sont que des parasites saprophites….

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    Sonagnon Il y a 3 mois

    Dans des pays comme les nôtres, l’état ne peut pas s’empêcher de créer les emplois.
    Il est vrai que l’Etat n’a pas vocation à animer tous les secteurs, mais il a le devoir répondre aux besoins là où personne n’est en mesure de le faire.

    Et ce qui est inconcevable pour nos pays, nous disposons d’une population galopante, les besoins sont sans cesse croissants et on dit qu’il y a chômage !!!
    La responsabilité des dirigeants est totale.
    Ils vont évoquer des problèmes de manque de moyen, et dans le même temps, ils sont des milliardaires!!!
    Voilà le paradoxe .

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    Je n’ai pas eu le temps de lire l’article…mais je retiens le titre…!!!

    L’idée selon laquelle…c’est l’état qui doit créer les emplois est fausse..

    Je parle de l’emploi productif..qui apporte prospérité et progres social….

    Le role de l’état…c’est de créer,et gérer..les conditions…pour que les citoyens..puissent créer..leur propre emploi..

    Et je vous assure…qu’il existe des potentialité énorme en chacun..

    Oui l’état..en tant qu’ entité a besoin d’un personnel…comme outil de gestion….et il ne faut pas confondre…la fonction publique…avec les créateurs de richesse…

    CQFD

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    Tchité Il y a 3 mois

    Encore uen utopie que d’etre la’ a’ attendre les institutions de Breton Wood, qui n’ont jamais ete crees pour avantager les pays dits pauvres.

    Ou’ sont les institutions Africaines? Ce continent n’est pas pauvre. Tous les pays qui y sont sont immensemment riches et rendent les pays occidentaux riches.

    Il faut d’abord commencer par l’auto-determination et sa propre monnaie avec une strategie claire de developpement.

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      blablabla…blablabla
      et encore blablabla

      Comment fait on après pour sa propre monnaie hein ?