Où en est l’école béninoise? Bilan et perspectives

Où en est l’école béninoise? Bilan et perspectives

Le Quartier Latin est-il déjà mort, où est-il dans le coma? Il n'y a pas de doute que la qualité des apprentissages laisse grandement à désirer, et la pénurie de bons professeurs devient criante à chaque renouvellement des générations.

Bénin – Grève dans l’enseignement supérieur : Marie-Odile Attanasso échange avec les acteurs

Les départs massifs à la retraite ne rassurent pas plus sur l’avenir de l’éducation béninoise. Qu’y a-t-il lieu de faire pour arrêter la chute vertigineuse ? Le Nouveau Départ a-t-il les ou des solutions ?

Madame la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, parlant au nom du candidat Patrice Talon, avait fait un brillant exposé à la télévision sur l’éducation au Bénin, qui m’avait convaincu que l’éducation de qualité chez-nous qui semblait morte depuis longtemps pouvait encore ressusciter. Elle avait ébauché une esquisse de construction ou de reconstruction, qui a eu mon adhésion immédiate. Mais presque deux ans après, on a du mal à voir ce qu’est devenu ce beau rêve de renaissance de l’école au Bénin.

La qualité de l’école béninoise, de la maternelle au supérieur, est en chute libre et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Yayi a pris le problème de l’enseignement maternel et primaire à bras le corps dès sa prise de fonction, en déclarant la gratuité de l’enseignement maternel et primaire, en application d’une très vieille Convention de l’UNESCO, que le Bénin avait ratifiée en 1963 mais n’a jamais mise en œuvre de manière conséquente. Yayi tout en n’ignorant pas les implications et contraintes, a pris cette décision que d’aucuns à l’époque avaient trouvée prématurée. Mais elle avait une logique de développement des ressources humaines, car on ne peut parler de l’avenir d’un pays en occultant la formation de sa jeunesse.

Les efforts du Président Yayi dans le domaine de l’Education Pour Tous (EPT), ont été sincères et musclés. Il a invité le Directeur général de l’UNESCO à venir co-présider le forum sur le secteur de l’éducation. Combien de fois n’a-t-il pas été au Siège de l’UNESCO même, dans un effort de mobiliser les meilleurs experts à venir ausculter notre système éducatif malade ? Mais l’école est restée désespérément peu performante.

Sur le papier, le programme décennal de développement du secteur de l’éducation (PDDSE), nous donnait le chiffre très flatteur de 110% du taux d’achèvement à la fin de 2015. Quelles que soient les statistiques, la qualité de l’enseignement et des apprentissages laissait à désirer, compte tenu d’abord des effectifs pléthoriques dans les classes, dépassant largement le ratio de 1 enseignant pour 50 élèves (1/50) au plus ; puis, de la formation insuffisante des enseignants, et enfin des mauvaises conditions de travail en milieu scolaire, entrainant des grèves fréquentes.

De nouveaux états généraux de l’école

Le Bénin a énormément dépensé dans son système éducatif, grâce à toutes les aides venant de l’USAID, du Japon, du Danemark, de l’agence française de développement, etc. Mais en dépit de toutes ces perfusions, l’école malade réagissait peu. La situation s’aggrave davantage chaque jour, et les grèves suscitées par la résistance de l’Etat à améliorer les traitements des enseignants, n’arrange et n’arrangera rien. La motivation a des bases objectives avant de chercher des raisons subjectives. Les enseignants ne sont pas heureux : ils sont le  socle dur lequel repose la société, mais ils sont traités comme des gueux. L’Etat, pour sa propre survie, doit revoir sa philosophie de formation des générations auxquelles nous seront amenés à confier la destinée de ce pays.

Alors, il est urgent de s’asseoir à nouveau pour repasser le système au scanner et voir où il ne fonctionne pas bien.

Nous avons introduit deux réformes qui devraient normalement tirer l’école vers l’excellence. L’approche par compétences est ce qui se fait de meilleur dans les pays développés que nous cherchons à imiter, la Belgique et le Canada entre autres, qui ne se plaignent pas du système, au contraire, car les conditions de travail dans les classes de ces pays permettent aux enfants de vraiment s’épanouir et de savoir comment construire leur savoir, mieux maitriser le processus d’apprentissage et acquérir de vraies compétences dans leurs disciplines et dans les relations humaines inter et intra-personnelles.

Cet aspect particulièrement important de l’approche par compétence, c’est l’apprentissage de la citoyenneté en classe. La formation de la personnalité individuelle et sociale de l’enfant contribue à faire de lui un être autonome, sûr de lui et respectueux de chacun et du groupe.

Par l’approche par compétences, nous avons repris la philosophie de l’Ecole Nouvelle des années 1970, qui était la meilleure construction dont on pouvait rêver, parce qu’elle permettait à l’enfant d’être parfaitement équilibré, libre, socialement efficace et productif pour le milieu.

Mais par impatience et mauvaise volonté et/ou résistance à l’idéologie marxiste-léniniste, nous avons fait dérailler ce système qui nous aurait permis de former des techniciens et polytechniciens dans les domaines déterminés par l’Etat.

Aujourd’hui aussi, le système de l’approche par compétence fait l’objet d’attaques et de désinformations, mais l’Etat béninois doit savoir à quoi s’en tenir pour ne pas rééditer l’erreur ou les erreurs d’hier. Une chose que nous n’avons pas commencé à appliquer dans nos pays est la formation indispensable et nécessaire des personnels de direction des établissements scolaires. Il faut un certain profil pour appartenir au corps d’élite devant diriger les écoles, quel que soit le niveau. Un Chef d’établissement, un censeur ou même le surveillant général, ne sont pas nommés au hasard de leurs relations politiques ou autres. Ils sont d’abord formés. Quand nous envoyons nos cadres se faire  former à l’extérieur, sachons tirer profit de leurs expériences pour enrichir notre patrimoine d’idées.

Le cas spécifique de l’Université

Pour ce qui est de l’Université, elle évolue vite, très vite, de même que les savoirs. La diffusion du savoir a démocratisé l’enseignement supérieur. La démocratisation à ce niveau requiert, comme dans l’approche par compétence que l’étudiant construise son savoir par ses propres recherches. Le système LMD est la suite logique de l’approche par compétences car l’enfant d’hier devenu adulte avait appris à être autonome dans la mise en place  de ses connaissances. La recherche dans les groupes de travail continue la socialisation de l’enfant devenu étudiant et la mise en commun des savoirs . Cela a permis la mise en place des équipes de recherches. Les Prix Nobels ne sont pas le fruit du hasard.

Mais pour que la recherche soit féconde et qu’un tel système fonctionne à merveille, il faut des accès à l’Internet partout où il y a des étudiants. La construction de la Cité Internationale des Innovations et de la Science(CIIS) est un projet ambitieux mais à impact incertain s’il n’y a pasen amont  c’est-a-dire au départ l’excellence dans

les universités et Instituts universitaires

Mais la Ministre de l’Enseignement Supérieur  met en doute la capacité de nos professeurs d’université à former des doctorants et elle a évoqué l’alternative de faire recours à la Diaspora pour suppléer les gens déjà présents sur le terrain. Cela ne doit pas nous surprendre si la troupe comme on dit est à l’image du Chef. Bientôt aussi nous aurons une agence pour gérer nos Universités et recruter les professeurs. Je ne dis pas ce que je pense de cette manière de traiter nos cadres comme si nous étions effectivement le désert de compétences que le Chef a dit que nous étions. Il y a cependant des solutions à ce qui semble être un problème insurmontable pour Madame la Ministre. Il suffit d’avoir l’esprit ouvert  et inventif. Comment peut-on remédier à ce qu’elle déplore. Enfermez un enfant à la maison et voyez s’il peut prendre part aux jeux des autres A mon sens notre isolement nous fait du tort.

Normalement  chaque étudiant doit être à même de voyager pour sortir de temps en temps  du carcan de nos possibilités restreintes. Des accords de coopération avec des universités étrangères nous permettraient de mettre en place des programmes d’échanges inter-universitaires dans tous les domaines et de formation de réseaux dans lesquels ils évolueraient et publieraient leurs productions pour ne pas être en déphasage par rapport à leurs homologues étrangers .Pouvons-nous appliquer le vieux dicton selon lequel les voyages forment la jeunesse?.

Déjà la publication de nos meilleurs mémoires de maitrise et à plus forte raison de nos DEAs et thèses donnerait de la visibilité à nos universités et  ferait converger des étudiants d’ailleurs vers le Bénin pour la qualité de ses publications .La qualité des publications suppose la qualité de la formation ,de la recherche et tout cela intervient dans le classement des universités. Un mot sur le relèvement des taux d’inscription dans nos universités. C’est  une erreur car il établit une sélection à l’entrée dans nos universités par l’argent à un moment où l’argent ne circule pas dans le pays comme chacun le sait et où la jeunesse fait face à un chômage massif dont personne n’a eu le courage de nous dire quel pourcentage de la population est dans cette situation de précarité extrême. Comment veut-on qu’on se retrouve dans les décisions de ce genre  qui défient le bon sens. Nous sommes dans la phase de construction d’une société du savoir en fermant les portes des universités à notre jeunesse au lieu de lui en faciliter l’accès. Il y a des logiques politiques qui doivent motiver nos choix. Dans l’attente d’un hypothétique emploi qui ne viendra pas, les étudiants s’inscrivent à l’Université pour continuer leur formation. Il n’y a encore aucun mal à cela .Pour faire face à la cohorte on construit plus d’universités ou plus de bâtiments et on met en place une politique de formation des professeurs stagiaires comme par le passé quand l’Université était à ses débuts.

Le débat qu’il y a eu tout dernièrement sur les diplômes d’État me laisse ébahi parce que nulle part où j’ai étudié on n’a parlé de diplômes d’État. Chaque académie est  autonome dans la délivrance de ses diplômes suivant des critères déterminés. L’Etat peut imposer des normes standard de formation en suivant les avis les plus autorisés comme ceux du Cames  ou des univer, publication des cours en ligne pour juger de la qualité des cours délivrés et laisser les universités délivrer leurs diplômes.

Pour ce qui est du projet de réviser la composition et les compétences du Conseil National d’Education s’il a des exemples à nous donner pour soutenir son idée il aura notre encouragement encore que la plupart de ses idées comportent plus de problèmes que de solutions.

L’école béninoise peut retrouver des lettres de noblesse, il ne faut pas en douter mais nous aurons besoin de réflexions plus approfondies et non des déclarations sans lendemain.

René Ahouansou
Professeur de littérature et civilisations américaines
Ancien secrétaire général de la commission nationale pour l’Unesco

Commentaires

Commentaires du site 2
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    Je pense que les grèves ont vraiment trop duré cette année et cela affecte l’éducation et surtout les élèves en classe d’examen. Mais je pense que, au lieu de venir faire la grève chaque deux ans pour les mêmes causes, il faut décider de se concentrer sur une année et retirer ce qui les appartient peut importe le prix. Pour que les prochaines années ne soient pas perturbé.

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    Democrate Il y a 3 mois

    Le béninois est trop hypocrite. Nous avons collectivement conduit l’éducation béninoise au suicide mais il se trouve dans esprits malins qui veulent situer des responsabilités et diagnostiquer des maux déjà connus.
    Je souhaiterais que Mr Ahouansou demande aux sieurs Noël Chadaré, Anselme Amoussou, Bachabi Moudachirou, Kassa Mankpo, Emmanuel Zouvenon et leurs militants d’aller au service et d’y rester assidûment.