Macron à Davos, Talon à l’UA: Deux itinéraires diamétralement opposés

Macron à Davos, Talon à  l’UA: Deux itinéraires diamétralement opposés

Après Justin Trudeau déclarant  à la tribune des Nations-Unies "Canada is back",Emmanuel Macron a ,lui annoncé au forum économique de Davos " France is back".

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Dieu merci le Président Patrice Talon du Bénin ne nous a pas fait cet honneur redoutable qu’on ne pourra soutenir, de déclarer au 30e Sommet de l’Union africaine “Benin is back”. Il ne pouvait d’ailleurs pas le dire puisque le Bénin n’avait rien à apporter de spécial à ce Sommet.

Pour ne pas paraître toujours critique au Président Talon, je voudrais bien saluer la décision qu’il a prise de prendre personnellement part à ce Sommet sur la corruption; mais j’avoue que l’offense  diplomatique qu’il n’ait été accueilli que par un Vice Ministre des Affaires Étrangères d’Éthiopie me blesse profondément pour mon pays qui a été un membre fondateur de l’OUA.C’est un juste retour des choses si lui décide de ne pas aller accueillir la présidente de la Confédération helvétique et de lui envoyer son Ministre des Affaires Etrangères pour l’accueillir .

Cependant, ce déclassement ne peut nous surprendre: le Bénin a été tellement absent de la scène africaine et mondiale que le Protocole d’État d’Éthiopie ne devait pas savoir quel était ce petit pays qu’on a même de la peine à situer sur la carte. Quand on est petit, cela ne veut pas dire qu’on est inexistant .Mais nous avions choisi d’être inexistant et on se surprend à nous découvrir parmi les invités un invite surprise !

Macron à Davos était animé de cette foi des premiers fondateurs de la Communauté Économique Européenne(CEE) devenue après bien des évolutions successives l’Union Européenne. Le Président Macron a redessiné l’Europe, reprécisé ses missions pour les peuples européens et dans le monde. Quelques jours auparavant il avait redessiné aux patrons français l’avenir de l’économie française.

Mais quel rêve le Président Patrice Talon qui n’a pas l’habitude de beaucoup parler peut-il vendre à ses pairs? S’il n’a pas réussi à nous vendre au Bénin son rêve d’un Bénin Révélé, ce n’est pas à ses pairs qu’il fera croire qu’il a quelque chose à leur apporter qu’ils ne savent pas déjà.

Tous les gouvernements africains sont corrompus jusqu’à la moelle comme par une espèce d’atavisme. L’expression “le nègre chapardeur ” nous colle désespérément à la peau et l’on n’a pas encore inventé cette lessive qui puisse nous laver et nous rendre aussi immaculés que le Créateur nous avait faits.

La corruption : un hydre à sept têtes

Le Bénin  pendant des décennies s’est livré à cette bataille contre la corruption mais les différents organismes y ont laisse des plumes. Qu’il me soit permis de rendre un hommage mérité à la Commission Spéciale de Vérification des biens, familièrement connue sous les noms de Commission Ahouansou,Commission Amoussou-Kpakpa ,puis la Commission de moralisation de Madame Adjai Sicca et aujourd’hui le FONAC de Sossouglo puis de Jean-Baptiste Elias.

La terreur que ces Commissions ont suscitée et leurs résultats n’ont pas mis fin au  phénomène ni découragé les corrompus qui deviennent de plus en plus coriaces, voraces, intrépides et imperturbables comme s’ils étaient ultrarésistants par excès de thérapies à base d’antibiotiques. Le phénomène se comporte comme l’hydre à sept têtes  qui repoussent aussitôt qu’on en a coupé.

Les mécanismes de lutte contre la corruption existent pourtant sinon les sociétés occidentales en auraient été victimes. Qui ne se souvient pas de Guillaume Tell dans l’imaginaire suisse? Je ne vois pas le citoyen suisse ne pas s’offusquer qu’on lui propose un marché douteux ! Le Norvégien ou Suédois ou Finlandais etc  à qui rien me manque donnerait plus de lui-même à sa société qu’à lui en subtiliser pour satisfaire un quelconque fantasme de parvenu  ou de nouveau riche.

Le phénomène de la corruption n’existait pas dans la société traditionnelle africaine pour la très simple raison que personne n’en avait plus que le milieu ne pouvait lui offrir et puis il y avait la réprobation de la société ambiante. Ce phénomène est arrivé  avec le Blanc qui a introduit de nouveaux besoins et allumé le désir de possession chez l’autochtone noir. Le travail étant fait pour le colon, plus on lui en dérobait plus on se vengeait de lui. Les indépendances n’ont pas apporté un changement de perception des relations entre l’élite et la masse du peuple. Dans l’imaginaire collectif, l’élite noire qui a pris la place du Blanc est le même “ennemi” sur qui on peut se venger et l’Etat aussi noir et  africain soit-il n’en est pas moins une réalité étrangère au noir au bas et surprennament en haut de l’échelle.

Donc nos sociétés africaines, en se modernisant et en s’exposant de plus en plus aux flux internationaux des échanges de marchandises et de biens de consommation, ont aggravé une situation sociologique qui était facilement gérable.

L’élite africaine n’a pas cessé de vouloir toujours plus de ces biens de consommation induisant ainsi  la même faim de possession des conforts de la vie à toutes les couches sociales. Le roman africain de la période post-coloniale a fait une radiographie sans concession du phénomène et il ne restait que les mesures que les pouvoirs en place avaient oublié de prendre et pour cause puisqu’ils étaient eux-mêmes les agents de cette corruption qui a  handicapé le développement de l’Afrique subsaharienne.

Talon disqualifié

Revenons au Bénin et à sa lutte d’hier et d’aujourd’hui contre le phénomène. Qui a dit que le Bénin a la solution à ce problème? Si c’est le Président de la république Patrice Talon, alors c’est une mauvaise farce , une fois de plus. Le temple vodun a ses lois et principes  que le “hounnon” ou le “vodounon” ,le prêtre vodun personnifie jusqu’à sa mort. On ne peut changer quoi que ce soit à ces lois et principes sans son accord ou alors il faudra marcher sur son cadavre pour mettre fin à ce sur quoi lui, il est assis .On ne scie pas la branche sur laquelle on est assis.

Que ce soit sous Yayi ou sous Talon le système est si bien huilé que la Haute Cour de Justice chargée de juger les coupables de haut rang est restée jusque-là sans clients et pourtant ,les clients on les connaît: ils gravitent autour du Chef de l’Etat en position stratégique  dans son dispositif de conquête du pouvoir.

Alors, quelle solution peut-il avoir présentée à ses homologues pour faire sensation, quand nous qui le connaissons le mieux nous savons qu’il ne peut et ne veut rien faire pour combattre la corruption. Si l’on veut on peut faire un pari et prendre date.

Maís s’attaquer aux Laurent Mètongnon et à tous ceux qui sont contre sa gouvernance décriée au Bénin, s’attaquer à ceux en qui il voit une opposition est la solution de facilité. Paul Biya du Cameroun qui avait lancé “l’opération épervier” aurait des leçons à lui enseigner et non l’inverse.

Quand Maria-Gléta, les machines agricoles et tous les autres éléphants blancs qui nous font face auront livré leurs coupables, là, Monsieur le Président je voterai pour vous comme un homme de parole. Pas avant, Monsieur! Cette comédie-là ne nous amuse pas!

Mais entretemps, libérez ceux qui par vos soins sont déclarés coupables de corruption mais qui n’ont de corruption en eux que leur détermination à dénoncer vos propres actes de gouvernance fondée sur des crimes économiques. La liste de vos crimes économiques est longue et fastidieuse à répéter tous les jours sans éveiller un début de soupçon de remords de votre part.

Que faut -il dire de plus sinon que le Chef de l’État a porté à l’échelle africaine son art de parler pour ne rien dire. Peut-être pour lui faire honneur dirons-nous qu’il a prononcé comme une conférence inaugurale à l’université que ses pairs ont applaudie par courtoisie ,en pareilles circonstances mais sans conviction.

On était parti de Macron à Davos et Talon à l’Union africaine: il n’y a aucune commune mesure entre les deux Chefs d’Etat, l’un  dit ce qu’il fait et l’autre  se dissimule derrière la parole creuse comme la seiche derrière un écran de fumée.

Je dirai, pour finir que comme l’écrit  Shakespeare, le globe est le théâtre de notre comédie de ce soir. Bonsoir mes bonnes gens et amusez-vous bien !

René Ahouansou
Professeur de littérature et civilisation américaines
Ancien secrétaire général de Commission nationale pour L’Unesco

Commentaires

Commentaires du site 2
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    Vouloir à Tt pris le dénigré en toute circonstances n’est pas bon pour nous qui ne faisons pas la politique mais veulent seulement être informé . Et pourtant il y a un compte rendu du sommet sur des chaînes africaine qui nest pas conforme au votre. L’opposition béninoise croit toujours qu’elle a d’ami partout dans le monde. Tout les chefs dEtats n’ont Pas été accueilli par le PR éthiopien

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    Votre acharnement contre le PR vous fera perdre un jour tte crédibilité. Eduquez la jeunesse un peu et laisser cette aigreur envers lui. Si non ce sera de publicité gratuite. Écouter les conseils de Elise Gbedo. C’est mon avis hein