Il n’y a pas une fatalité contre le développement du Bénin

Il n’y a pas une fatalité contre le développement du Bénin

L’article que j'avais écrit en 1991 à l'occasion de l'annonce de la candidature à la présidence de Nicéphore D. Soglo premier ministre de la transition demeure valable encore aujourd’hui.

Route de l’Esclave : Nicéphore Soglo invité d’honneur à Abidjan

Cet article était intitule “le pouvoir oui mais pour quoi faire? Nous ne voyons rien des deux ans du président Patrice Talon en dehors de vulgarisation à grands frais de son Pag. Après le régime du marxisme-léninisme du Prpb, le président Soglo pouvait dire qu’il avait hérité d’un pays qu’on aurait dit dévaste par un cyclone avec les caisses de l’Etat vides.

Mais avec l’aide massive des pays amis qui ont choisi le Bénin comme pays à forte concentration de l’aide il a eu le mérite de remettre de l’ordre dans les finances publiques et de faire de la croissance qui a permis de presque doubler les salaires des agents de l’Etat. Un deuxième mandat lui aurait certainement permis de réhabiliter et d’étoffer le tissu industriel. Çà là c’était de la méthode comme il aimait à le dire. Mais la défaite de 1996 a réduit à néant notre rêve d’une Suisse en Afrique.

Aujourd’hui, nous avons trois ministres qui s’occupent de l’économie sans qu’on voie exactement là où nous allons. Je ne crois pas qu’il y ait une fatalité qui s’attache au Bénin pour le tirer vers le bas. Nous manquons tout simplement d’une vision claire et de méthode.

L’ile Maurice ou la Côte d’ivoire à côté de nous pouvaient nous servir de modèles. L’Etat des lieux au Bénin est prometteur quand ce ne serait que du seul point de vue de l’agriculture avec coton dont le chef de l’Etat est le magnat mais un magnat sans grandes ambitions pour son pays autre que de perpétuer l’économie de traite de type colonial. Que ne pouvions-nous pas faire du seul coton? Toute l’organisation verticale et horizontale de la matière première aux produits finis qui auraient noms tissus, teintures   confection, mode vestimentaire sans compter les milliers d’emplois créés  pour nos fils et filles qui sortent de nos universités et attendent avec angoisse que le hasard leur ouvre les portes de leur premier emploi.

L’exemple des Dragons du sud-est asiatique

Il n’y a pas de hasard dans ces choses sinon une planification rigoureuse qui n’attendrait pas un Ravip pour créer des emplois et donner de l’espoir à  nos jeunes gens. Quel est donc le secret des Chinois qui inondent notre marché de leur soso, hitarget et les autres de leur wax hollandais et wax véritable et de leur vlisco ? Il est important d’examiner le développement spectaculaire de la Corée du sud et des dragons du sud-est asiatique. Le cas de la Corée du sud doit retenir notre attention car voilà un pays qui a été déchirée par la guerre de Corée jusqu’en 1953 et qui a émergé de cette guerre comme une puissance économique grâce à ses cotonnades dont elle inondait les marchés européens et américains dans les années 1970.

Puis après les cotonnades par lesquelles elle a appris à pénétrer les marchés des pays de l’Ocde, les années 1980 ont vu débarquer l’électronique par les postes télévisions Samsung suivies de près par l’industrie lourde des voitures Daewoo puis les navires et sous-marins. Tout cela  dans l’espace d’une trentaine d’années. L’autre pays déchiré par deux longues guerres de 1954 à 1973 est le Vietnam qui s’éveille à l’économie mondiale avec une volonté farouche de conquérir sa part du marché international

Singapour a connu la même évolution économique fulgurante .Aujourd’hui, ces pays sont des donneurs d’aide et inondent nos marchés de toutes sortes de produits dont même les savons de toilette sans mentionner des produits déjà plus élaborés comme les voitures et autres produits à forte valeur ajoutée. Le taux de croissance de Singapour et son niveau de vie sont des objets d’étude. Singapour ancienne colonie anglaise est une cité-Etat dont chacun peut mesurer la petite taille, la population et les ressources naturelles.Ces pays appelés les dragons du sud-est asiatique ont développé un capital humain de qualité avec un accent particulier sur les technologies.

Le Bénin en mode Ziglibiti

Au Bénin nous semblons ne pas savoir trouver le chemin du développement. Nous dansons une espèce de danse de un pas en avant et deux pas en arrière appelons cela “ziglibiti” si c’est la meilleure façon de qualifier nos valses hésitations.

Autrefois les pouvoirs publics de la révolution nous déclaraient ce qui a été vrai pour tous les pays  développés d’aujourd’hui , à savoir que l’agriculture serait le socle de notre développement et l’industrie son moteur. Pour ceux que cela peut intéresser, je signale ce petit livre de John Rowe intitulé “les cinq étapes de la croissance” qui indiquent la marche logique vers le développement à partir de l’agriculture. Mais depuis la révolution, quelles industries avons-nous réussi à installer pour transformer les produits agricoles en produits finis pour la satisfaction de la demande intérieure? Le peu qui a été mis en place a  été laissé à l’abandon, en éléphants blancs – le président Nicéphore D.Soglo avait pour objectif, à  son deuxième mandat de faire redémarrer- mais Adrien Houngbédji, par son refus de le soutenir en a décidé autrement.

Le petit pays d’Israël qui a fait reverdir le désert pour en faire un miracle biblique, ce pays avec lequel le Bénin aimait se comparer, a développé les agrumes en pays mahi (Covè, Zangnado et environs) et la Sonafel a pu commencer à produire des nectars  de mangues et d’autres fruits mais malheureusement la Sonafel n’a pas pu tenir la distance. L’usine de concentré de tomates et de jus de fruits installée au nord  par l’Argentine   n’a pas pu vivre assez longtemps pour entrer dans nos habitudes et satisfaire la demande intérieure laissée aux produits étrangers qui étouffent nos efforts d’industrialisation. Je n’en veux pour preuve que l’échec de la société sucrière de Savè qui semble avoir complètement disparu de notre paysage industriel..Les usines de coton à Lokossa sont à l’arrêt.

Je ne crois pas que le Noir africain refuse le développement ou qu’il soit si paresseux et si négligent qu’aucun de ses efforts d’industrialisation ne semble être destiné à réussir. Chacun devrait se poser la question de ces échecs répétés de notre peuple à se prendre en charge Je n’accuserai pas non plus le fait que la sécurité de l’emploi n’incite pas le travailleur béninois à donner le meilleur de lui-même pour mener les efforts d’industrialisation à bon port.Je ne suis pas non plus partisan du tout privé. Car il faut déjà réunir les capitaux privés nationaux ou étrangers pour les investissements nécessaires à faire. Deux exemples de la transition mériteraient une étude sérieuse: il s’agit de la privatisation de la Sobebra et de Cimbenin .avions-nous bien fait de les avoir  vendues à des capitaux étrangers

C’est mon observation que le personnel politique est responsable des différents échecs d’industrialisation de notre pays car les cadres nommés à la direction de ces entreprises l’étaient  par affinité ethnocentriste  et politique pour devenir les pourvoyeurs de fonds  de leurs partis politiques qui les ont poussés à leur nomination.  La médiocrité du personnel politique et des cadres qui doivent retourner l’ascenseur à  leurs bienfaiteurs est le facteur premier des échecs mentionnés plus haut.

Quelque secteur que nous prenions, le constat est le même. L’intervention de l’Usaid dans le développement de la pêche sur le littoral atlantique de Grand-Popo à Ayiguinnou près de la frontière togolaise a été de courte durée et j’ai vu les filets pourrir et être déchiquetés par les rats dans  les magasins où ils étaient entreposés.Il doit bien y avoir plus d’une cinquantaine d’années . Depuis, la pêche en haute mer est restée embryonnaire et artisanale. La pauvreté de notre pêche  nous oblige à importer abusivement du poisson congelé au bord d’ un océan suffisamment poissonneux pour que les bateaux de pêche européens et chinois viennent écumer nos eaux territoriales, pillant impunément nos ressources halieutiques .Il faut restructurer cette activité de pêche et en faire une vraie industrie de pêche et de conserve. Les techniciens ukrainiens de l’ancienne union soviétique étaient prêts à venir nous former à promouvoir une pêche industrielle.Je me souviens très bien qu’en 1968 , le Koweït avait déjà proposé au gouvernement dahoméen de l’époque de développer la pêche et la conserverie à Cotonou.  De 1968 à 2018, il y a bien une cinquantaine d’années et notre pêche est restée désespérément artisanale en dépit de nos besoins en protéines .Mais apparemment nous préférons sortir l’argent pour importer ce que nous pouvions facilement produire nous-mêmes

C’est mon intime conviction que nous avons des ressources pour notre développement mais ce qui est notre grande faiblesse est l’absence d’une volonté politique et notre propension à transformer le patrimoine national en notre patrimoine personnel. L’exemple le plus triste pour notre pays a été le projet pétrolier de Sèmè. Pour avoir été impliqué dans la vérification des biens en 1989-90 je peux dire que la gestion de ce projet  n’a pas encore livré tous ses secrets car personne ne peut comprendre que le Bénin soit le seul pays du golfe de Guinée à ne pas avoir ses propres réserves de pétrole car du Sénégal ou de la Mauritanie à l’Angola la côte  atlantique a ses gisements de pétrole qui font la fortune de tous ces pays voisins dont le Nigeria à  l’Est et la Côte d’ivoire à l’Ouest .

Il n’y a pas une fatalité contre le développement du Bénin mais nous sommes nous-mêmes les artisans de notre absence de résultats dans ce domaine par manque de vision et d’ambition, car ce que les uns ont pu faire après la guerre comme la Corée du sud et le vietnam maintenant, des pays qui n’ont pas connu la guerre devraient pouvoir le faire avec encore plus d’aisance pour peu qu’on le veuille mais là, il s’agira de trouver la bonne réponse dans la formation des ressources humaines de qualité , la maitrise des techniques modernes de management et la fixation  d’objectifs quantitatifs et qualitatifs à atteindre impérativement par lettre de mission .

Pour l’heure, nous attendons que le Pag trouve le financement nécessaire à  sa réalisation sinon, la question au début de cet article pourrait être reposée à Patrice Talon cette fois-ci , à savoir “le pouvoir oui mais pour quoi faire?”

René Ahouansou (contribution)

Professeur de littérature et civilisation américaines

Commentaires

Commentaires du site 5
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    Alloman je vous admire pour votre talent et votre sens de raisonnement. Merci.

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    ALLOMANN Il y a 3 mois

    Monsieur Ahouansou, le développement du Bénin est hypothéqué depuis notre indépendance par notre mentalité acquise au fonctionnariat dont nous avons été les dépositaires pendant la période coloniale (supplétifs des colons dans les autres pays africains), ce qui nous enferme dans la mentalité que, hors « fonctionnariat », point de salut. Et vous-même êtes l’archétype d’intellectuels qui promeuvent de telles orientations nuisibles… Dans vos contributions, vous ne faites que l’apologie de l’expansion de l’emploi de fonctionnaires improductifs. En outre, notre mentalité rétive au développement a entravé toutes les réformes devant permettre d’asseoir les bases d’une véritable croissance durable (Soglo veut-il construire des pavés- non ! on ne mange pas les pavés, on veut que Soglo distribue l’argent des pavés aux populations, Talon est en train d’embellir les places publiques, les politiciens disent que ce n’est pas utile et qu’il aurait dû laisser les bonnes dames occuper les trottoirs….), voilà les contraintes mentales à notre épanouissement…. Vous faites bien de citer les exemples de Singapour (Lee Kuan Yew ) et de la Corée…Allez revisiter ces exemples et voyez les sacrifices consentis par ces peuples sous la férule de dictateurs éclairés… Au Bénin, on veut avoir le beurre, l’argent du beurre,.. sans travailler, avec le droit de grève à l’infini pour tout le monde, y compris pour l’armée, la police et que sais-je encore ??? Si les grèves à foison et les fonctionnaires en quantité permettaient de développer un pays, le Bénin aurait été le champion en Afrique en matière de croissance et de développement. Or, que constate-t-on ? Que nous nous acheminons inexorablement vers la déchéance totale alors que dans la sous-région, les autres peuples sont en train de prendre la mesure des vrais enjeux du développement de demain…..

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    Shamde Il y a 3 mois

    L’analyse est claire, seulement que le Bénin refuse sciemment le développement. des indépendances jusqu’à ce jour, le Bénin est diriger par des affamés, avec une béninoiserie terrifiante (enrichissement inégalable une fois au pouvoir au détriment des pauvres). Aux prochaines élections, éliser un béninois de la diaspora (plus de 20 ans de séjours hors du Bénin), ces béninois ont pitiés de la la pauvretés endémique..et réussiront mieux le développement du pays avec leur carnet d’adresses de financiers garnies.

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    ebenivoire Il y a 3 mois

    C’est qui ce jozrnaliste qui raconte des anneries pareilles? Il ne sait pas de quoi il parle. Il compare les coreeéns qui sont capable de se sacrifier pour leur nation avec des beninois qui font greve a tout bout de champ