Où est l’opposition au Bénin

Où est l’opposition au BéninPatrice Talon, Président du Bénin

L'Opposition béninoise doit être constituée d'enfants de chœur pour être aussi inaudible sur les dossiers sulfureux de ceux qui nous dirigent. Elle l'a été du temps où Yayi faisait la pluie et le beau temps dans le pays, évoquant "les siens", appelant à la révolte contre

Bénin – Perquisition au domicile de l’He Atao Hinnouho : le FSP dénonce une attaque contre la démocratie

les décisions de justice dont il était pourtant le garant , arrachant le droit de grève à des fonctionnaires de la Douane, faisant sortir les chars contre les paisibles populations de Porto-Novo sans qu’il y ait jamais eu déclaration d’un État d’urgence!

Aujourd’hui, elle laisse le terrain à Patrice Talon qui prend toutes les initiatives de démolition de notre démocratie sans réagir. En moins de deux ans le Chef de l’Etat a commis tous les crimes passibles d’une procédure de destitution en règle.

Nous avons parlé depuis le début des conflits d’intérêts, des prises illégales d’intérêts et de toutes les mesures qu’il prend pour conforter sa mainmise sur l’économie du pays.

On est surpris de l’absence de réactions  des institutions aux différentes décisions du gouvernement de la Rupture qui vont à l’encontre de notre modèle démocratique. Quelles voix a-t-on entendues dénonçant les dernières mesures unilatéralement prises de mettre nos structures portuaires et aéroportuaires sous tutelles étrangères, respectivement belge et françaises? Aucune sauf celles du FSP bien entendu. Et heureusement!

Nous avons une Constitution dont nous devons être fiers mais qui fait l’objet de toutes d’agressions malignes et graves depuis l’arrivée à pouvoir de Patrice Talon.

Je ne voudrais manquer de respect à personne mais la qualité de notre formation intellectuelle détermine bien souvent la qualité de notre compréhension des choses  et notre  expérience des autres fait le reste.

Violation constante de la Constitution

Cette Constitution de la plus noble tradition républicaine est une Constitution vertueuse  qui attend de ceux chargés de son application une grande intelligence des textes .

Je veux invoquer ici l’article 98 dont il me semble qu’on ne tient pas suffisamment compte ou seulement quand cela nous arrange car effet le Ravip dont il est question de nos jours n’aurait pas connu le jour sans une loi. L’article 98 dispose en effet que le recensement de la population est du domaine de la loi. Mais sont également du domaine de la loi les changements de statut juridique  des sociétés  d’Etat et entreprises publiques passant  du portefeuille public au portefeuille privé. Cette disposition de l’article 98 est au tiret 21. Elle a pu passer inaperçue pour les honorables députés que nous avons aujourd’hui. En tout état de cause ,elle  n’a fait l’objet d’aucun débat ou d’aucune explication de texte à l’Assemblée  nationale pour savoir exactement ce qu’il fallait en comprendre. Pourtant dans le gouvernement Yayi Boni, le Ministère des Finances avait dans son appellation officielle “des nationalisations ou dénationalisations” Chacun pourra vérifier l’exactitude de cette affirmation.

Au grand mépris de cette disposition constitutionnelle, des sociétés d’État comme la Sonapra ,l’Onasa et autres ont été rayées de l’existence d’un trait de plume, remplacées du jour au lendemain par des Agences qui, elles-mêmes ,ont été des créations à partir d’une décision  administrative qui n’a aucune légitimité autre que la volonté de Patrice Talon avec pour conséquence la mise en chômage de centaines de pères et mères de famille.

L’Opposition a manqué de saisir cette occasion pour manifester sa présence sur le terrain et pour commencer à se faire entendre et à structurer son discours d’une Opposition crédible en qui l’électorat pourra commencera à faire comme l’alternative à la Rupture.

Telles que les choses se passe en ce moment, seul Patrice Talon aimé ou mal aimé est le maître du jeu politique. Il est tellement maître du jeu politique qu’il a fait connaître son credo politique que même un mauvais Président de la république qui n’aura rien fait pour son peuple peut et sera réélu s’il a à sa solde les grands électeurs. Naïveté politique ou excès de confiance? Qui sait?

Pour le moment en tout cas, il verrouille le jeu politique avec toutes les cartes en main  .Sans jamais  se manifester lui-même, il laisse ses collaborateurs et les services de la république dicter les règles du jeu  et  forcer à  l’exil tous ceux qui se sentent en insécurité chez-eux  pour une raison ou une autre.

Si l’on peut reprocher à Mohamed Atao Hinnouho l’exercice illégal d’importation et de distribution de médicaments, on ne voit pas l’infraction retenue contre Léhady Vinagnon Soglo qui a préféré aller se mettre à l’abri à l’étranger. Les rangs de l’Opposition deviennent de plus en plus clairsemés sans qu’elle-même ne se mette en ordre de bataille pour la sauvegarde et la protection de notre modèle démocratique.

Je ne peux pas croire qu’il n’y ait  au sein de cette Opposition des hommes de droit qui fassent des recherche sur les tenants du pouvoir actuel, des dossiers de justice que l’on agiterait  aussi pour dire que nul n’est au-dessus de tout soupçons parmi eux. On ne peut pas penser que dans notre pays les seuls à avoir une formidable capacité de nuisance soient Patrice Talon et les siens .Mais non !

Opposants tétanisés

Puisque c’est une sale guerre qu’ils livrent aux Opposants, ceux-ci seraient des agneaux expiatoires qu’on mènerait à l’abattoir sans réagir.

A moins que les membres de l’Opposition ne soient maraboutés tous les matins  pour ne pas pouvoir réagir, ils ne peuvent dire qu’ils n’ont aucun dossier fumant sur  le Président de la république .Le Chef de l’Etat doit bien avoir lui aussi des casseroles depuis le temps où jeune homme qui se cherchait, il s’est vu confier le monopole de l’importation des intrants et si à un moment donné sous le Président Kérékou il a dû quitter le territoire national ,les archives n’ont certainement pas été toutes détruites.

Des barbouzes peuvent chercher et trouver des choses croustillantes sur lui qui le contraindraient à retirer ses barbouzes à lui du terrain. La guerre des barbouzes peut commencer si la défense de la république est notre objectif.

Dans tout ce qui nous arrive, nos honorables députés sont les agents zélés ,trop zélés même du gouvernement de la Rupture. La Rupture n’est pas un parti politique pour qu’on puisse se dire que ses représentants à  l’Assemblée nationale mettent en œuvre des décisions de leur parti au pouvoir. Ils sont un regroupement hétéroclite de formations et d’individus qui ont constitué une Coalition de la Rupture pour conduire à la victoire du Candidat Patrice Talon sur la base d’un Protocole d’accords que l’intéressé, une fois élu a jeté à la poubelle.

Il y a dans ce Protocole d’accords des engagements clairs de création d’emplois pour la jeunesse, l’interdiction des règlements de compte, l’association des opérateurs économiques à l’action du gouvernement. Qui a jamais vu les opérateurs économiques accompagner le Chef de l’Etat dans ses déplacements a l’étranger comme le font tous les Chefs d’État qui travaillent à la prospérité de leur économie ?

Le jeune Ministre des Finances crée des impôts à étouffer la reprise des affaires au Bénin mais notre opposition réagit à peine par des contre-propositions.

Je n’ai pas de doute que des pans importants du Pag auraient pu être réalisés par les capitaux nationaux pour aider le gouvernement à réussir son pari mais le gouvernement de la rupture ou plus exactement Patrice Talon ne veut voir aucun opérateur économique mettre la main à la patte pour l’édification d’un pays prospère.

L’impression que  chacun a depuis les débuts de la Rupture c’est que Patrice Talon agit comme si le Benin était sa propriété privée et cette impression n’en est que renforcée par sa gouvernance qui ne répond à aucune norme acceptable dans un État de droit. Le Chef de l’Etat ne peut pas ,de son propre chef, mettre en location le port et l’aéroport qui ne faisaient partie d’aucun projet du gouvernement ni du Pag si largement vulgarisé. Ne serait-ce que pour ces actes d’autorité discrétionnaire qui échappent à tout contrôle, il devait être rappelé à l’ordre par la Représentation nationale qui est l’expression de la souveraineté du peuple béninois.

Je suis personnellement choqué par la disponibilité illimitée de la Brigade Économique et Financière d’aujourd’hui à devenir le bras armé du gouvernement, en lieu et place de  l’Inspection Générale d’Etat. J’ai eu à  travailler  par le passé avec des individualités de cette Bef quand elle était dirigée par des hommes qui avaient le sens du devoir et de l’éthique. Je ne la reconnais pas .Des fins limiers que je savais qu’ils étaient,  ils n’auraient jamais laissé des dossiers encore  fumants du moment ne pas faire l’objet de leurs investigations. Les temps ont changé. L’accusation largement répandue des députés qui recevraient des émoluments mensuels du pouvoir  devait être l’objet d’enquêtes pour achat de conscience, de concussion, de trafic d’influence, d’enrichissement sans cause. Le choix de ses méthodes d’investigations serait laissé à sa discrétion.

La république suppose la vertu mais quand on brade les valeurs de probité ,de rigueur et d’abnégation pour  les intérêts personnels ,on peut dire adieu à la république et faire le lit pour toutes les compromissions des marchands de tapis au souk arabe.

La république des marchands est celle sous laquelle nous vivons mais il serait temps qu’on y mette fin pour arrêter le pourrissement de toutes les valeurs républicaines. Et ça là c’est le rôle et la mission d’une Opposition sûre d’elle-même et sûre de faire la différence après les échecs patents du gouvernement de la Rupture aux pratiques sulfureuses

L’ARTICLE 98 DE LA CONSTITUTION   

Sont du domaine de la loi,  les règles concernant:   – la citoyenneté, les droits  civiques et  les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l’exercice des libertés publiques; les sujétions imposées, dans l’intérêt de la défense nationale et la sécurité publique, aux citoyens en leur personne et en leurs biens;   – la nationalité, l’état et la  capacité des personnes, les régimes  matrimoniaux, les successions et les libéralités;   – la procédure selon laquelle les coutumes seront constatées et mises en harmonie avec les principes fondamentaux de la Constitution;   – la détermination des crimes et délits ainsi que les peines qui leur sont applicables;   – l’amnistie;   – l’organisation des juridictions de tous ordres et la procédure suivie devant ces juridictions, la création de nouveaux ordres de juridiction, le statut de la magistrature, des offices ministériels  et des auxiliaires de justice;   – l’assiette, le taux et les modalités de recouvrement des impositions de toute nature;   – le régime d’émission de la monnaie;   – le régime électoral du président de la  République, des membres de l’Assemblée nationale et des Assemblées locales;   – la création des catégories  d’établissements publics;   – le Statut général de  la Fonction publique;   – le Statut des Personnels militaires,  des Forces de Sécurité publique et assimilés;   – l’organisation générale de l’Administration;   – l’organisation territoriale, la création  et la modification de circonscriptions administratives ainsi que les découpages électoraux;   – l’état de siège et  l’état d’urgence.   La loi détermine les principes fondamentaux:   – de l’organisation de  la  défense nationale;   – de la libre administration des collectivités territoriales, de  leurs compétences et de leurs ressources;   – de l’enseignement et de la  recherche scientifique;   – du régime de la propriété, des droits  réels et des obligations civiles et commerciales;   – des nationalisations et dénationalisations d’entreprises et des transferts de propriété d’entreprises du secteur public au secteur privé;   – du droit du travail, de la sécurité sociale,  du droit syndical et du droit de grève;   – de l’aliénation et de la gestion du domaine de l’Etat;   – de la mutualité et de  l’épargne;   – de l’organisation de  la production;  – de la protection de l’environnement  et de la conservation des ressources naturelles; du régime des transports et des télécommunications;  du régime pénitentiaire

René Ahouansou

Professeur de littérature et civilisation américaines

Ancien secrétaire général de Commission nationale pour L’Unesco

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