L’échec du multipartisme intégral au Bénin: le choix raisonné du bipartisme

L’échec du multipartisme intégral au Bénin: le choix raisonné du bipartisme

Avec la mainmise du Président Patrice Talon sur tous les partis politiques, les attaques sur la Cour Constitutionnelle, le dévoiement de toutes les Institutions de contre-pouvoir et les ralliements aussi spectaculaires qu’opportunistes des

Parti Restaurer l’Espoir au Bénin: Les mises en garde de Candide Azannaï

…anciens barons des Fcbe à la Rupture, il ne fait plus aujourd’hui l’objet d’aucun doute que notre multipartisme intégral est un sérieux échec qui pèse sur l’efficacité la clarté de notre jeu politique et sur la visibilité des partis sur l’échiquier national.

On peut aisément comprendre que dans la liesse populaire qui a suivi la mort du Prpb du système de soi-disant dictature du prolétariat, la décision subséquente de démonopolisation de la vie politique au Bénin, beaucoup se sont senti pousser des ailes de leaders politiques. Ainsi, comme les mille fleurs de Mao Tse Toung ,les partis politiques ont-ils poussé partout dans le pays comme de champignons mais aussi  un peu comme les champignons n’ont-ils connu qu’une brève existence pour retourner presque aussitôt après leur lancement au néant dont ils étaient sortis..

Emerger d’un système totalitaire qui vous broie et organise la vie individuelle et collective comme du temps des Staline  et consorts en reprenant à l’individu sa liberté naturelle, confine à l’absurde comme dans ce dramatique récit des purges staliniennes d’Arthur Koestler “Le Zéro et l’infini” qui est la négation même de l’individu et de la vérité , chacun doit savoir faire  ce qu’est l’univers concentrationnaire du Parti décidant de tout à la place de l’individu. Les œuvres de George Orwell et d’Aldous Huxley nous ont également fait une satire à peine forcée du monde délirant des dictatures qui commence à nous menacer au Benin avec les projets de révision de la Constitution, des lois sur les renseignements, les arrestations arbitraires et les preuves fabriquées, pour ne citer que ceux-là Talon et ses acolytes sont une menace pour chacun de nous et pour notre modèle démocratique.

C’était donc pour éviter les excès et dérives du totalitarisme du petit nombre que des soldats intrépides de la liberté se sont dressés devant le monstre hideux, l’ont défié et vaincu à la Conférence nationale. La joie de la liberté nous a donné l’ivresse et aussitôt projetés dans un univers hallucinant où il n’y avait plus de limites à notre imagination et à  nos audaces. La Conférence nationale qui a été elle-même la réunion de toutes les forces de la nation hâtivement constituées en partis politiques ou en associations de développement n’a pas eu le courage de poser des limites et des conditions à la création des partis politiques.

Je me souviens bien comme si c’était d’hier des arguments de ceux qui disaient qu’on ne pouvait pas saucissonner la liberté et qu’il fallait laisser le temps y mettre bon ordre. Cette réflexion d’un optimisme louable est  aujourd’hui largement dépassé quand on regarde ce qu’est devenu notre multipartisme intégral qui n’a son centre nulle part. Le temps n’a rien arrangé du tout; il a plutôt aggravé le mal.

Au commencement était l’Angleterre

Nous nous sommes lourdement mépris sur ce que c’est qu’un parti politique. Il est tout sauf juste un label ou une étiquette qu’on colle sur une boîte pour son rangement. Le parti politique n’est pas une douce utopie ou un rêve passager mais il représente des intérêts économiques concrets et solides des groupes sociaux qui luttent pour contrôler le pouvoir d’État. La Grande Bretagne du 17e siècle est le lieu de naissance  des premiers partis politiques résultant des affrontements des Rois Stuarts,James1st ,son fils Charles II avec le peuple de Londres menés par le Parlement. Les Rois Stuarts représentaient les intérêts de l’aristocratie et la petite noblesse de campagne qui détenaient les terres et les produits de la terre dont les ouvriers de Londres avaient besoin  pour leur vie quotidienne. Il y avait les impôts injustes que le Roi James 1st tenait à faire payer au peuple par-dessus la tête du Parlement, d’où le cri de guerre  “no taxation without representation” qui sera repris plus d’un siècle plus tard par les révolutionnaires et indépendantistes américains. Il y a des principes fondateurs derrière les faits historiques. Les peuples ne font pas l’histoire sur des coups de tête.

C’est au 19e siècle en Angleterre toujours que le choc des intérêts  économiques va dessiner les contours des partis avec à droite les Conservateurs représentant les intérêts de la terre  et à gauche les libéraux des villes avec leurs milliers d’ouvriers et les usines. Des noms célèbres vont former l’histoire politique de ce pays, les Gladstone,les Disraeli les Palmerstone .

La politique commerciale d’importation ou non du blé sera la raison économique de leurs combats .Les patrons des industries étaient favorables à l’importation massive de blé pour nourrir les populations ouvrières des villes,ce sont les libre-échangistes qui prendront le nom des Libéraux et les propriétaire terriens qui s’opposaient par des tarifs douaniers très élevés à ces importations massives et prendront le nom des Conservateurs ou Tories.

Pour me résumer, dans la naissance des partis il avait les conflits économiques épousant le paysage des régions du pays.

Ce combat sur fond économique a vu naitre aux États-Unis les mêmes conflits d’intérêts de groupes économiques que James Madison a très bien expliqués comme étant la naissance de factions évoluant pour devenir des partis politiques ,les créanciers contre les débiteurs,  les fermiers contre industriels .La naissance des deux grands partis  fédéralistes et anti-fédéralistes,républicain et démocrate est la forme de cette lutte de groupes économiques antagoniques qui se poursuit encore aujourd’hui avec une plus grande complexification dans chaque camp. Cette complexification est ce que j’avais appelé ‘’sensibilités’’ en 1989, un mot qui a tout son sens et qui peut être aisément remplacé par le mot courants politiques.

Des partis sans base, à la merci des bienfaiteurs

Alors quelle est la base théorique et/ou économique de notre système des partis? Il n’y a aucune base,ni théorique ni économique. Quelles forces économiques représentent les deux cents et quelques partis politiques au Bénin.? La campagne béninoise a-t-elle aujourd’hui des forces pour porter son message? Les ouvriers des villes se retrouvent-ils dans un quelconque parti? Le cadre formel d’hier peut-il être conservé ou nous faudra-t-il trouver d’autres moyens pour donner une existence matérielle à nos formations politiques?  cadre classique marxiste apparemment n’a aucune chance dans nos pays car cette construction sociale était déjà devenue caduque longtemps avant la chute du mur de Berlin.

Je me dois de révéler par esprit d’objectivité que Madame Célestine Zanou a mené la réflexion et produit un document  scientifique sérieux que ceux qui parlent de réformer notre système partisan devraient impérativement lire .Réformer sur un coup de tête ou par caprice, sans une réflexion théorique solide sera tout simplement un coup d’épée dans l’eau.

Les partis politiques font face à la réalité sociologique indéniable qu’ils n’ont pas de membres  et des membres cotisants qui leur assurent des ressources financières substantielles et suffisantes pour leur propre administration et les activités d’animation de la vie politique. Ils ont vécu jusque-là grâce à de généreux donateurs qui les tiennent aujourd’hui dans le creux de la main, dépendance qui leur  enlève toute indépendance vis-à-vis de leurs bienfaiteurs. Ce n’est pas par hasard que Patrice Talon contrôle nos députés, même les plus  huppés académiquement.

Quelle réforme pour notre système partisan ?

Alors on fait quoi pour réformer le système partisan de chez-nous? Ensuite ils devront avoir une liste fiable d’adhérents avec les numéros de membres et les cotisations  mensuelles ou annuelles vérifiables. 3) Chaque parti doit avoir une idée claire qui  résume et justifie son existence sur l’échiquier politique.4) Deux partis semblables doivent fusionner pour n’en former qu’un seul.5) Il n’y aura pas de transfert ou de transhumance d’un parti à un autre.  6) Une bonne maitrise des effectifs serait un bon point de départ.

Les appellations comme Parti national ou nationaliste n’ont aucun sens car personne n’est plus nationaliste qu’un autre. Ce parti appelé naguère Parti du Salut n’a aucun sens non plus et ne recouvre aucune réalité sociologique ni économique qui impulse une construction de la société. Il y a donc de ces absurdités qui encombrent l’échiquier politique sans raison.

Pour réformer notre système partisan nous devons tirer les leçons de notre  passé de l’indépendance au 26 Octobre1972, celui de nos trois partis forts qui animaient la vie politique avec périodiquement malheureusement, l’éruption de la  violence intertribale. Ces trois partis se partageaient le pays en zones d’influence, l’Udd, le Prd et le Mdd. Cette expérience ne nous a valu que des déboires, des coups d’État auxquels la Révolution a mis fin pour instaurer le parti unique qui lui aussi nous a projetés dans un monde totalitaire.

La floraison aujourd’hui des partis qui n’ont d’existence que le label qu’ils portent nous a introduits dans un multipartisme sans substance et sans âme et sans conviction, si les caciques des Fcbe peuvent dire du jour au lendemain tout le mal qu’ils pensent de celui dans la main de qui ils mangeaient avec gratitude et servilité hier. Il est temps de réduire la voilure après  27ans d’expérimentation  non concluante.

A regarder les pays qui avancent et font des progrès, deux partis nous suffiraient amplement au Bénin pour animer la vie politique autrement.

Cela ne veut pas dire que les sensibilités ne s’exprimeraient pas à l’intérieur de ces deux grands partis. Cela dit, j’ai de sérieux doutes  sur la sagesse de confier le suivi de ces partis à une autre agence, domiciliée en plus à la Présidence de la république. Les partis eux-mêmes se mettront d’accord pour la création d’un Observatoire indépendant et  doté de pouvoirs étendus et nécessaires pour l’exercice de sa mission

René Ahouansou
Professeur de littérature et civilisation américaines
Ancien secrétaire général de Commission nationale pour L’Unesco

Commentaires

Commentaires du site 3
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    Comment vont apparaitre miraculeusement les 2 partis dont parle le pr…
    Le Benin ne souffre pas d’exces de partis, mais d’insuffisance de partis nationaux representant une ideologie ou une ligne politique claire!
    Ce qu’on en exces , ce sont des clubs electoraux, des entreprise commerciales patriarcale a objet politique…
    PRD et UN s’agitent aujourd’hui juste pour empocher des financements publics !
    La charte des partis est claire mais personne ne la respecte !
    2 partis en ce moment, c’est institutioonaliser la mediocrite des Amoussou et Houngbedji, l’achat de votes et de consciences !
    Chaque peuple a son histoire et evolue a son rythme…
    Le temps du rassemblement viendra… il faut commencer par liquider la classe politique de mafieux et vereux qui occupent le terrain 

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    Napoléon1 Il y a 3 mois

    Je l’ai toujours dit: Deux grands partis suffisent largement pour entretenir le paysage politique du Bénin.

    Que toutes les orientations se réclamant la protection des acquis et les valeurs authentiques héritées de l’humanité dans le soucis du respect du créateur du ciel et de la terre se rangent dans le pati conservateur et que tous les autres qui aspirent au progrès par la voie et l’audace des changements se rassemblent dans une formation de la gauche sociale.

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    Merci de rappeler la genèse des partis politiques