Bénin : La fraude intellectuelle et le double langage de Patrice Talon

Bénin : La fraude intellectuelle et le double langage de Patrice Talon

Le malentendu primordial est cette fausse idée qu'à la suite de l'élection présidentiel le vainqueur se croit investi du pouvoir de changer les fondamentaux de L'État et de la république.

Limogeage de Hêhomey au Bénin : pas de ministre intouchable avec Talon

Un candidat sans  parti politique qui se trouve porté à la magistrature suprême n’est toujours investi d’aucun pouvoir. La foule des électeurs dans nos pays ne représente pas un idéal politique avec une vision de l’Etat. L’instinct grégaire des foules est d’ailleurs répudié comme conférant un pouvoir et une légitimité structurant le pouvoir d’Etat.

Chacun sait comment les élections s’organisent et se gagnent dans nos pays. Les rumeurs de fraudes électorales sinon même des mauvais reports des voix des différents candidats ou l’ordre d’arrivée des candidats depuis toujours au Bénin sont de nature à invalider la notion que les pays africains soient mûrs pour la démocratie. Et ce n’est pas le pouvoir tel qu’exercé par Patrice Athanase Guillaume Talon au mépris des normes reconnues partout au monde qui nous ferait dire le contraire.

Le consensus élément essentiel de toute réforme

On note avec inquiétude la marche et le futur de nos pays si un candidat qui ne représente que sa seule personne en appelle à des réformes institutionnelles comme le Bénin sous la Rupture a failli l’expérimenter en 2017 contre la notion même du concept de consensus national qui est un élément essentiel dans toute réforme.

C’est une réalité intuitive avant d’être une réalité juridique que la Constitution d’un pays est sur le plan symbolique la maison familiale où chacun doit se sentir heureux et partie prenante et non exclu. Cette notion de consensus s’exprime aux Etats-Unis par le quorum des 2/3 des États ou les 2/3 des membres du Congrès appelant à des amendements à la Constitution pour que la notion soit prise en compte. Aucun individu ne peut se lever et dire que des dispositions de la Constitution ne lui plaisent pas et qu’il faille les changer pour lui. La démarche du Président Patrice Talon ressemble à cet exemple personnel de déplaisir qui fonderait ses désirs de révisions institutionnelles.

De mémoire de Béninois, aucun des Présidents, qui sont passés à la Marina avant lui n’a jamais exprimé ce désir de changer les dispositions de notre Constitution pour qu’il s’y sente enfin heureux. C’est une façon de parler pour faire toucher du doigt les risques de velléités de réformiste du Président Patrice Talon.  Quand il prétend qu’il a été élu sur la base de son programme de société, il a opportunément oublié de reconnaitre que ce programme de  société à lui seul ne lui assurait pas la victoire mais qu’il a fallu l’assistance des 23 autres présidentiables pour lui assurer les 65,% de majorité. Donc ses projets sont ses seuls projets à lui qui ne représentent nullement les désirs de réformes des autres présidentiables ni du peuple .

Le Président Talon serait bien avisé de ranger ses désirs ou velléités pour un avenir très lointain  Ses propositions de révision de la Constitution représentent plus de dangers pour nous que des avantages .

Un Chef de l’Etat ,à l’exception de Vladimir Poutine de la Fédération de Russie, ne peut réunir et concentrer  en sa seule personne la Présidence de la Sécurité nationale et la Collecte des renseignements .Bien qu’un ancien du KGB Vladimir Poutine a eu la décence de ne pas réclamer les Renseignements .Cette concentration de pouvoir nous ramènerait sans nécessité à la Russie de Staline où le Président du Bureau Politique et du Comité Central déciderait de tout, de la vie ou de la mort de quel citoyen il veut faire enfermer .Chacun se rappelle la triste période des  purges Staliniennes avec leur fabrications de preuves et des confessions ou “aveux” forcés,du Goulag et des assassinats dont celui de Trotsky aussi loin de Russie que le Mexique.

Je me suis efforcé de lire le projet du Président Patrice Talon pour constater que de son Projet au  PAG on ne voit rien qui  puisse nous rassurer que notre modèle démocratique est ou sort renforcé. Je vois d’abord la volonté du Chef de l’Etat de diminuer les pouvoirs de la Haac .La Haac est née en même temps que notre Renouveau démocratique et a connu un certain nombre de Présidents et mandatures dont celles de René Mégniho Dossa,Agbota ,sans jamais assister aux dérives actuelles et à la mauvaise foi caractérisée de Adam Boni Tessi, ou si l’on veut, aux abus de pouvoir que nous constatons où des organes de presse sont fermés ou interdits sans que le président de la république qui a juré, au nom du peuple entier et de toutes ces Institutions de préserver la Constitution  n’intervienne pour mettre le holà.Dans une coopération des pouvoirs, il aurait pu  exprimer sa consternation que des chaines de télévision soient interdites d’émettre au Bénin ou des chaînes de radio soient fermées pour de motifs techniques qui n’ont aucune validité technique d’autant que les émetteurs sont restés là où ils étaient censés être. Ou encore ,depuis des mois,Soleil fm soit systématiquement brouillée comme si le Chef de l’Etat même était impliqué dans ces initiatives de l’institution chargée de protéger la liberté de la presse sans laquelle, il n’y a pas de démocratie.

Le choix des chaînes ainsi fermées et interdites indiquent des cibles précises qui font douter de la bonne foi des dirigeants de cette Haac qui semble être devenue une Institution aux ordres,  ce qui met la démocratie béninoise en danger d’extinction dans le domaine la liberté d’opinion, d’expression et de presse.

Entre les déclarations d’intention et la réalité

Il n’a échappé à personne le hiatus entre les déclarations d’intention du Candidat Patrice Talon et la réalité de son exercice du pouvoir. C’est plus qu’un hiatus. C’est un vrai divorce entre ce qui est écrit noir sur blanc et la pratique du pouvoir qui s’oppose de manière inquiétante à des normes démocratiques. C’est à se demander quel est le degré de sincérité de celui qui a présenté ce projet de société qui déplore l’hégémonie de l’Exécutif mais qui une fois au pouvoir concentre tout à la Présidence ,y compris la passation des marchés publics .

Il y a ce qu’on appelle le “double langage”,c’est-à -dire affirmer une chose et faire le contraire .Cette concentration des pouvoirs de l’Exécutif ne semble pas gêner le Chef de l’Etat mais au contraire lui plait au contraire au-delà de ce qu’on peut penser:  cela lui permet d’avoir tout le personnel politique mangeant dans le creux de sa main et de contrôler la majorité parlementaire pour les joutes électorales à venir, à savoir les législatives de 2019 et la présidentielle de 2021.Cette situation d’hégémonie lui confère un pouvoir illimité qu’il dénonçait pourtant.

Notre modèle démocratique est plus en danger que jamais avec cette majorité parlementaire portant atteinte aux dispositions phares du Titre 2 de notre Constitution en matière de droit de grève que ces partisans du Chef de l’Etat plutôt que de la république ont cru devoir supprimer plutôt que de l’encadrer comme le stipule pourtant l’article 98 qui parle des Principes fondamentaux dans un certain nombre de domaines dont les activités syndicales,le droit du travail et le droit de grève.

On peut à juste titre se demander si sous la Rupture dont on peut se féliciter de la philosophie initiale mais s’alarmer de sa pratique qui est aux antipodes des intentions proclamées n’est pas menacé par celui-là même qui était charge de veiller à la bonne marche  de notre démocratie.

On constate qu’au lieu de renforcer l’indépendance de la justice comme on le dit Patrice Talon dans on Projet  il la fragilise au-delà de l’acceptable au point d’enlever au justiciable toute assurance d’une justice équitable, forte ,indépendance et non d’une justice aux ordres du pouvoir politique. Le cas emblématique de Laurent Metongnon est l’exemple même de cette justice totalement soumise à l’autorité du pouvoir politique et il est regrettable que l’avocat émérite qu’est Maitre Adrien Houngbedji refuse de reconnaitre la chose,lui qui jouit de l’aura de son refus d’être intimidé par la révolution et a préféré quitter le Bénin plutôt que de se soumettre aux intimidations du Prpb de l’époque.

Le statut juridique des entreprises d’Etat

Il y a des principes simples de notre Constitution que Patrice Talon foule aux pieds avec une extraordinaire insouciance qui confine à de  l’insolence .Changer le statut juridique des entreprises d’État et des sociétés d’État a toujours fait l’objet d’une décision du Parlement.Ce sont les élus du peuple qui décident de nationaliser ou de dénationaliser les entreprises parce que ces changements de statut juridique postulent un changement de modèle de production et d’idéologie politique qu’un seul individu n’a pas le pouvoir et la légitimité politique de décider par le seul fait de son élection L’élection n’est pas un référendum sur la forme de société dans laquelle on décide de vivre. Changer le Chef de l’Exécutif n’entraîne pas un changement d’organisation sociale .

Pour avoir longtemps observé les sociétés en avance sur les nôtres comme la France,la Grande Bretagne et les Etats-Unis ,tout changement de régime social est consécutif à un débat devant la Représentation  nationale. Barack Obama aux Etats-Unis, en 2008 a annoncé l’Obamacare mais il a fallu une loi pour le faire adopter. Le Premier Ministre Edouard Balladur a dû dénationaliser les entreprises françaises nationalisées par les gouvernements socialistes, à la suite d’une loi en 1986.

Nous, au Bénin nous avons confondu l’élection de Patrice Talon qui n’a d’ailleurs pas de parti pour un mandat à changer le régime juridique des sociétés d’État qui passent par liquidations et pertes d’emplois en des agences dont on ignore tout.

L’Assemblée nationale sous Maître Adrien Houngbédji n’a eu rien à dire pour imposer le débat et la Cour Constitutionnelle s’est tue par timidité sur l’article 98 qui commence par:” Sont du domaine de la loi……”;_suivent un certain nombre  de domaines soumis à la loi, dont le passage du portefeuille public au portefeuille privé des entreprises d’État.

Salaires politiques vs misère sociale

Il y a un domaine qui doit nous interpeller parce qu’il s’agit de notre jeunesse On n’a pas vu ce gouvernement de la Rupture construire une seule salle de classe en bientôt deux ans; on l’a vu relever le taux d’inscription de nos élèves bacheliers à l’Université ,la restriction du nombre des boursiers dans toutes les facultés des universités publiques sous prétexte de tension budgétaire alors que dans le même temps,Patrice Talon multiplie par /n/ les salaires politiques. Faisons un petit calcul avec le salaire du Directeur de Cabinet ,collaborateur d’un Ministre à 2.300.000f divisé par 40.000 donne57,5.(2.300.000÷40.000=57,5).Interprétation: la rémunération d’un seul collaborateur d’un Ministre fait 57,5 fois le smig.Soit encore  la rémunération du Directeur de Cabinet fait la rémunération de 57,5 autres employés. Ne parlons pas des Prefets, qui sont a 5000.000f par mois.

Si la Directrice du Fmi n’a pas trouvé cet écart énorme c’est alors que cette Institution n’a pas les bons instruments d’analyses économiques et sociales si elle n’a pas estimé que l’avenir des sociétés comme la nôtre passe par la formation des cadres pour le renouvellement des ressources humaines, premier facteur de développement.

En tout et pour tout en guise de conclusion, il faut reconnaître que le peuple béninois, en choisissant Patrice Talon au lieu de Lionel Zinsou par exaspération pour Boni Yayi,s’est lourdement trompé sur la marchandise. Les Américains se rendent compte jour après jour qu’ils ont élu la mauvaise personne en Donald Trump et cherchent à le faire destituer pour ses écarts de conduite.

Nous au Benin ,nous n’avons pas vraiment des écarts de conduite et des écarts de langage mais  des écarts et des mensonges d’État qui sont des menaces certaines sur notre modèle démocratique en  des violations répétées volontaires persistantes de la Constitution et des manifestations ostensibles de mépris des décisions de la Cour Constitutionnelle qui doivent être des motifs d’une procédure de destitution en bonne et due forme contre lui car de la république vertueuse qu’était note pays ,il en a fait un État voyou en moins de deux ans d’une gouvernance mafieuse et sulfureuse. Il faut arrêter la corruption de nos mœurs politiques avant de laisser le pourrissement aller plus loin.

René Ahouansou

Professeur de littérature et civilisation américaines

Ancien secrétaire général de Commission nationale pour L’Unesco

Commentaires

Commentaires du site 11
  • Avatar commentaire
    GEORGES Il y a 2 mois

    Patrice Talon est le meilleur. Il est un très bon Président. c’est vrai; il n’est pas populiste, il est discret, il fait des erreurs aussi mais il fait du bon boulot. et vous verrez au finish qu’il aura un bilan élogieux. maintenant, c’est le rôle de l’opposition de critiquer de manière acerbe et virulente. c’est l’ordre normal des choses dans un système démocratique. Aux gouvernants de prendre tout ceci comme un stimulant pour décupler les résultats du bilan qui se fera en fin de mandat. Courage donc à Mr AHOUANSOU

  • Avatar commentaire
    Steeve Il y a 2 mois

    C’est bizarre. Dites plus clairement quel genre de citoyen ne sait pas voter? Vous oser donner des leçons de démocratie et vous excluez des compatriotes? Rentrez au pays et préparez 2021

    • Avatar commentaire
      Dr Noël ADANNOU ZONON Il y a 2 mois

      Merci cher Ami Steve notre professeur s’est tellement occupé de littérature et de civilisation américaine qu’il a perdu la boussole. A-t-il participé à l’élection du Président pour nous proposer sa destitution.Je pensais que c’est un professeur capable d’analyse un peu plus approfondie c’est dommage

  • Avatar commentaire
    Sonagnon Il y a 2 mois

    Encore une fois merci professeur!!!

    On n’est pas intellectuel pour présenter seulement des CV, mais pour prendre position sur des questions brûlantes de la vie politique, économique et sociale de son pays.

    Hier, s’était le Pr SALAMI qui a clairement pris position dans le débat constitutionnel. Le Pr AHOUSSOU nous fait plaisir depuis quelques semaines par ses prises de positions audacieuses.

    La démocratie ne peut évoluer sans les intellectuels, ils sont la lumière qui éclaire l’obscurité.
    Nous invitons les autres sur les campus, à faire de même pour le développement du pays et de sa démocratie.

  • Avatar commentaire

    Aussi facile que tu viens de décrire la victoire d’une présidentielle, prépare toi pour nous le démontrer en 2021. Le Béninois n’est qu’à la langue.

    • Avatar commentaire

      donnez lui 10 milliards voles au peuple et vous verrez comment le tour sera joue !!!

    • Avatar commentaire

      Laissez celui la ….Il ne peut même pas être chef de quartier. Littérature américaines de mes couilles!!!

  • Avatar commentaire

    Aussi facile que tu viens de décrire la victoire d’une présidentielle, prépare toi pour nous le démontrer en 2021.

  • Avatar commentaire

    requisitoire sans appel !
    un benet demi lettre qui se prend pour constutionnalsite vet donner des lecons de democratie aux travailleurs qui ont construit la facade democratique derriere laquelle il s’abrite pour depecer notre patrimoine public!
    Quel mandat lui donne ses 35% dde voix achetees pour nous dire de croiser les bras pour 5 ans pendant qu’il destructure notre societe, appauvrit et humilie les pauvres !

  • Avatar commentaire
    Gont Gont Il y a 2 mois

    Avec toutes ces bêtises, ses griots et klébés viennent nous rabâcher les oreilles d’inepties.
    Et des gens ont le culot de nous demander de consentir des sacrifices, de travailler, etc, etc.
    Pendant ce temps, lui, ses ministres au tres collaborateurs et députés s’engraissent et on nous demande de ne pas le dire, nous qui produisons la richesse.

    Que fait le président lui-même en tant que sacrifice?

  • Avatar commentaire

    Bravo ! Monsieur le Professeur