Dialogue social au Bénin : Patrice Talon doit apprendre du président kérékou

Dialogue social au Bénin : Patrice Talon doit apprendre du président kérékou

Nous n'avons pas été à l'école pour ne pas savoir analyser les faits qui se présentent à nous Nous avons appris à l'école que quand il y a un effet c'est qu'il y a une cause; la relation entre deux est ce qu'on appelle la loi de cause à effet, ou encore la causalité.

An 2 du décès du général Mathieu Kérékou : Une commémoration dans l’indifférence

Dans la situation que vit notre pays en ces temps-ce de grève, nous devons être clairs dans notre esprit que tous ces travailleurs ne se sont pas mis en grève pour le plaisir d’aller en grève. Des professeurs d’université aux enseignants du primaire en passant par les magistrats et tous les personnels de la justice, de la santé, si tout ce monde s’est mis en grève c’est qu’il y a une cause commune contre laquelle il devient urgent de lutter pour le rétablissement de la paix et l’ordre dans la société.

L’étude de la tragédie grecque, nous enseigne qu’au début il y a toujours une crise ou un conflit qui se déroule devant les spectateurs jusqu’au dénouement final qu’est la catharsis. Si nous n’identifions pas quel est le conflit nous ne pourrons pas identifier la bonne résolution finale qui ramène la paix dans la société.

Faisons donc preuve de discipline intellectuelle et identifions les deux acteurs majeurs de la crise actuelle. Nous observons que la société béninoise qui a besoin de grouiller comme une ruche d’abeilles est à l’arrêt et ne produit plus les services et la richesse qu’elle était censée produire. Devant le tribunal des hommes, il faut relever quelle est la cause du conflit pour que les plaideurs puissent espérer un juste verdict du Juge impartial.

Relation de cause à effet

Les travailleurs de ce pays se sont concertés pour dire que s’ils ne se lèvent pas pour défendre leurs droits, secteur après secteur les droits fondamentaux qui protègent les travailleurs seront suspendus sans remords par le pouvoir de la Rupture qui est bien déterminé à créer un État de non-droit à la place de notre modèle démocratique. Leur résistance est de la légitime défense parce que si eux-mêmes ne le font pas, personne le fera à leur place, même en signe de solidarité. Alors, comme au jeu de domino secteur après secteur, les travailleurs perdraient tous les droits qui les protégeaient et protégeaient l’emploi.

Je serai enclin à demander au peuple qui est le public devant lequel se joue ce drame social qu’il ait la patience d’aller jusqu’au bout de la représentation encore que dans le théâtre, dès l’entame on sait qui joue le rôle du vilain et qui le rôle de la victime .Il ne peut y avoir deux lectures et deux publics pour la même pièce.

Qui sont les protagonistes ? Dans la tradition du Western américain, on habille en noir celui qui représente le Mal et en blanc celui qui représente le Bien. Dans la crise actuelle qui secoue le Bénin, quelles forces représentent le Mal et quelles le Bien?

Sans préjuger de la réponse rappelons ces notions élémentaires qu’un gouvernement légitime agit au nom du peuple et pour son bien .C’est cela qu’on appelle le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Ces phrases toutes faites ,tout le monde les connaît et peut les énoncer même dans son sommeil mais il n’en est pas de même pour leur traduction dans les faits. La démocratie aujourd’hui est devenue république au terme du l’excellent exposé très pédagogique de James Madison .Dans la république qui couvre un territoire plus vaste que la démocratie, selon James Madison, le peuple choisit des représentants pour prendre à sa place, les décisions à travers des résolutions ou lois représentant la volonté de tout le monde. Quand on dit “pour le peuple” on signifie bien pour le bonheur du peuple.

Mais alors quand les décisions qui sont prises au nom du peuple sont en opposition évidente au bonheur de ce peuple,faut-il qu’il accepte même quand il devient clair que cela présente les caractéristiques d’une l’oppression? Aucun peuple ne peut se laisser dépouiller de ses prérogatives et de ses prétentions au bonheur parce qu’il a choisi des hommes et femmes pour décider en ses lieu et place pendant que lui-même vaque à ses occupations de production des biens et des services. Quand la tendance est de le priver de ses droits ,il est de son devoir de reprendre la souveraineté autrefois déléguée. En 1990,au Benin cela donne la Conférence souveraine des forces vives. On est encore en février,28 ans après.Cela veut-il dire que nous n’avons pas appris la leçon d’hier?

L’Assemblée nationale a porté le fer là où elle n’avait aucun pouvoir ni légitimité à le faire en enlevant le droit de grève à certains travailleurs créant de facto l’inégalité des citoyens devant la loi. Cf article 8 de la Constitution. Le peuple des travailleurs debout a dit non à cette déclaration de guerre contre le monde du travail et contre la Constitution elle-même. Il a obtenu gain de cause au soulagement de tout le monde.

Il y avait au début des années 1904-5 et au-delà un syndicaliste qui a dit ceci que nous devons tous faire notre devise: “si un seul travailleur est en prison pour fait de grève, je ne suis pas libre”. Mes étudiants reconnaîtront le mot d’Eugene Victor Debs, leader syndical des cheminots américains et fondateur de la centrale syndicale des “Industrial Workers of the World”.Il y a une abondante littérature de lutte pour les droits de l’homme et des travailleurs.Les travailleurs béninois ne font rien d’anormal sinon perpétuer une forme militante d’humanisme .

Le capitaine Trèkpo comme le capitaine Alley

Le pouvoir politique ne peut donc sanctionner un représentant syndical pour la défense du patrimoine qui le fait vivre avec sa famille sous prétexte qu’il était en uniforme. D’abord, il faut résoudre la question de l’uniforme: le Capitaine Tèkpo était-il sur le plateau de télévision en tant que lui-même ou en tant que représentant d’une corporation? Celle des agents des Eaux, Forets et Chasse? La réponse ne sera anodine car elle décidera de la suite. En tant qu’agent des Eaux, Forêts et Chasse, devait-il se présenter en tenue civile? Chacun porte l’insigne pour laquelle il œuvre et qu’il défend .Il a défendu, en tenue, la patrimoine national qu’on a confié à des gens dont on ne connait rien, dans un marché passé en l’absence de l’observance des règles en la matière. Faut-il le sanctionner ou le féliciter pour son patriotisme ?

Il convient de rappeler qu’en 1963 ou 1965, le Capitaine Alphonse Alley a traversé le fleuve Niger à la nage pour aller saisir le drapeau nigérien planté sur notre territoire national de l’île de Lété .Il a été fêté comme un héros national. On ne l’a pas traîné devant un Conseil de discipline militaire pour insubordination .Par analogie le Capitaine Trèkpo n’a commis aucun délit en 2018 pour avoir dit que eux les agents des Eaux ,Forets et Chasse protégeraient également le patrimoine national faunique avec les armes qui sont les leurs. Il n’avait en aucune façon projeté de venir déloger le gouvernement de la Rupture à Cotonou depuis le parc animalier de la Pendjari.

Notre jugement ne doit pas être obscurci par des préjugés politiques, la peur panique d’une sédition ou la paranoïa. Celui qui éprouve ces émotions de peur et de suspicions n’a pas le cœur tranquille à propos de la légalité de ses actes. Le marché de gré à gré se conforme à des règles bien établies au Benin et dans le monde. On l’enseigne dans les cours de droit des affaires. Il est donc normal que quand on s’en affranchit, on sache soi-même qu’on est dans l’illégalité. Cela induit une réaction psychologique qu’on nommerait en anglais “overreaction” ou de réaction disproportionnée car en toute chose il faut observer une juste proportion pour respecter les lois de la nature. Le Capitaine Trèkpo est un héros national aux cotes du Capitaine Alphonse Alleu de regrettée mémoire et non un traitre à son uniforme et à sa patrie; Il n’a pas déserté ni n’a cédé du terrain à l’ennemi en lui “montrant son dos”.

Cette espèce de sanction, qui le frappe injustement pour sa fidélité à la patrie est l’une des raisons pour lesquelles les travailleurs sont toujours en grève et les spectateurs que nous sommes devons le comprendre comme cela.

En d’autres termes Talon réviserait sa compréhension erronée des faits qu’il prendrait la bonne décision mais sa nature hautaine lui interdirait de revenir sur ses erreurs ,persuadé qu’il est que lui seul a raison contre la raison elle-même.

Trèkpo / Mètongnon; même combat

La deuxième raison pour la poursuite la grève est “l’embastillement «sans cause du syndicaliste Laurent Mètongnon.Personne ne peut dire que les deux cas ne sont pas liés: Trèkpo et Mètongnon sont deux syndicalistes qui contestent l’exercice du pouvoir par Patrice Talon.L’un comme l’autre dénoncent la prédation du patrimoine national. Le gouvernement en faute évidente ,pris la main dans le sac ne s’amende pas mais pass à la vitesse supérieure de la radiation de l’un pour une prétendue sédition et de l’emprisonnement arbitraire de l’autre pour de prétendues rétro-commissions que jusque-là personne n’a encore réussi à prouver.

Devant le juge impartial que doit être la nation, qui est le vilain dans le drame qui se joue en ce moment sur le théâtre national. De l’identification de qui est le vilain ,le Juge prononcera son verdict. Ce qui est sûr, un non-lieu serait de la pure procrastination qui ne ferait que repousser à plus tard la résolution de la crise. Une crise est le passage d’une ère à une autre qualitativement supérieure qui apporte des réponses aux problèmes.

J’aimerais indiquer que la pièce de théâtre prend fin dans le châtiment du coupable pour que la Cité retrouve la paix et sa tranquillité.

Le dramaturge anglais Shakespeare tout au début de Hamlet disait qu’il y avait quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark. Il y a aussi quelque chose de pourri dans la république de la Rupture. Mais Shakespeare fait dire à un de ses personnages, ces mots sublimes d’espoir: ‘’quelque longue que soit la nuit, le jour finit par se lever ‘’.

Le jour se lèvera avec la conscience claire pour tous que c’est celui que le Bénin a choisi pour conduire ses destinées qui est celui-là même qui change toutes les règles connues du jeu pour leur substituer ses propres desiderata et enferme tous ceux qui se dressent sur son passage pour défendre le peuple.

Quand la démocratie n’est plus le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple mais une cynique et sinistre farce, le peuple doit rester mobilisé pour asseoir à nouveau les anciennes règles qui ont toujours prévalu dans l’ordonnancement des affaires de la république. La res-publica,la chose publique donc commune ne peut devenir le patrimoine de Patrice Talon et de ses acolytes ni Société Patrice Talon et Fils,Sa.

Le souhait de tous est le retour à la paix dans la Cité mais pour cela Patrice Talon devra faire son mea culpa et appeler à la réconciliation nationale par la réunion les États généraux,une Conférence naionale,bis exactement 28 ans après la première de février 1990.Le Bénin devrait pouvoir étonner encore le monde si Patrice Talon qui se dit chrétien à cent pour cent reconnait la vertu chrétienne de l’humilité comme le Président Kerekou avant lui .

Je conclurai par le livre des Proverbes: «Recommande à l’Éternel tes œuvres,

Et tes projets réussiront” Prov,16,3Mais “Tout cœur hautain est en abomination à l’Éternel; Certes il ne restera pas impuni” Prov,16,5.

René Ahouansou
Professeur de littérature et civilisation américaines
Ancien secrétaire général de la commission nationale pour l’Unesco

Commentaires

Commentaires du site 6
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    Ce Ahouansou devient sénile….

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    Fracasse Il y a 1 semaine

    Comparer Trèkpo à Alleu est tout simplement insensé et une insulte à la mémoire du valeureux officier. Un vrai officier Alley était. Ne comparez pas l’original super wax à de la friperie

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    Agadjavidjidji Il y a 1 semaine

    Au delà de tout le respect que nous devons au prof pour tout ce qu’il nous a inculqués à la Fac notamment en civilisations americaines, il faut dire que ses dernières sorties manquent cruellement d’a propos. Sinon comment peut-il, ne serait-ce qu’un instant, citer kerekou en reference aujourd’hui qu’il a choisi de dresser un tableau sombre du regime du nouveau départ?

    Si c’est du laissez aller erigé en systeme de gouvernance( kerekou II) après l’autocratie impitoyable du Prpb(kerekou I) que rêve du Prof pour la jeune garde, alors nous le rangerons sans menagement au placard de l’histoire.

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    Au dela des rervendications materielles qui sont importantes, la question de la radaitaion du capitaine Trekpo est cle en ce qu’elle crystalise le respect des libertes syndicales, la liberte d’expression des citoyens -y compris militaires ou assimiles-, y compris sur le politiques et decisions gouvernementales!.
    En licenciant sans cause et sans “ddue process” le capitaine, en faisant de ce geste illegal et symptomatique de l’autcratie naissante, un symbole de son “autorite”,,le clan Talon cherche a intimider l’ensemble des peuples beninois, des travailleurs , des citoyens…
    Dire NON a l’autocratie, c’est commencer par dire NON a ces actes infames !!!
    Le capitaine Trekpo doit etre celebre comme un heros national !

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    ALLOMANN Il y a 1 semaine

    En quoi les errements de Kérékou (dictature improductive et stérile, suivie d’un laisser ailler et laisser faire les détenteurs de prébendes comme Salifou Saley) ont conduit le Bénin à la prospérité? Au contraire, notre pays s’enlise inexorablement avec les mêmes recettes et les mêmes turpitudes. On en a assez des démarches qui ne s’attaquent jamais au fond des choses . Si les grèves et l’agitation étaient des facteurs de développement, le Bénin aurait dépassé la Chine… Trèves de masturbation intellectuelle m. Ahouansou !!!!!

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    C’est un raisonnement tordu. Quel lien faites vous entre l’acte pose par le capitaine Trèkpo comme le capitaine Alley. il n’y a rien de comparable.