L’avenir de l’école béninoise

L’avenir de l’école béninoise

"Il n'est de richesse que d'hommes" dit Theodore Schultz  Prix Nobel d'économie de  l'école de Chicago, la même école qui a donné la célèbre théorie de courbe de Laffer.

Des métiers et des mots

Cette phrase de Schulz rappellera à certains celle du livre d’Adrien Houngbédji qu'”il n’y a de richesse que d’hommes. Quelle que soit la légère différence de formulation, la théorie demeure que l’homme est la valeur a privilégier de toutes les valeurs.

Théodore Schultz s’est livré à une étude minutieuse de la société suédoise du 19è siècle pour conclure que plus l’éducation atteignait le grand nombre de population plus la société suédoise se développait. C’est la consécration de cette vérité inébranlable que l’éducation est un puissant instrument de changement social. Quand on proclame cette idée, il ne faut pas ensuite aller s’asseoir pour contempler son nombril car le changement ne viendra pas tout seul si l’homme ne la met pas à son service pour la satisfaction des besoins des sociétés

L’expérience heureuse de l’Ecole Nouvelle

Les spécialistes des curricula vous diront que leur élaboration est une affaire très sérieuse car ils engagent l’avenir de la société à travers l’homme que l’on forme. Le Bénin a connu des moments héroïques que peu de gens ont compris compte tenu de nos limites intellectuelles et de la politique de l’époque et je crois que si c’était à reprendre ,nous expliquerions mieux la théorie révolutionnaire qui était de former un citoyen politiquement conscient et idéologiquement engagé dans son milieu pour le transformer .Le langage révolutionnaire était précoce pour des gens élevés dans une tradition libertaire et individualiste et le slogan faisant de l’école  une unité de production a été dévoyé pour mettre l’accent plus sur la coopérative que sur les études.

Mais l’architecture d’ensemble de l’Ecole Nouvelle, puisque  c’est d’elle qu’il s’agit, aurait permis à l’enfant d’évoluer du CESE à l’Université  et de sortir de son cursus scolaire et universitaire avec une formation pratique qui lui aurait permis de s’auto-employer. Le problème lancinant du chômage aurait été réglé grâce à la combinaison heureuse de la théorie et de la pratique. Le choix des formations aurait été fait assez tôt pour permettre à chaque enfant de se retrouver dans une filière plus appropriée à ses aptitudes et le redoublement aura été éliminé d’un tel système de formation.

L’enseignement technique aurait commencé dès le primaire dans les Collèges d’enseignement technique de niveau 1 puis de niveau 2 pour finir par le supérieur au Collège Polytechnique Universitaire. Une autre particularité était le raccourcissement des cycles de formation qui nous feraient gagner 2ans dans le primaire et dans le secondaire, et cela avec toutes les dispositions prises pour qu’il n’y ait pas de redoublement. C’était l’efficacité du système avec zéro déchets qui fascinait.

Ce modèle de curriculum a vivement intéressé l’Unesco qui s’y est impliquée en participant à son financement et en créant des écoles pilotes. Le Directeur général de l’Unesco, à l’époque, le Sénégalais  Moktar M’bow a cru en notre génie et en notre capacité à étonner le monde par un modèle de formation très spécial.

Mais malheureusement, incapables d’un effort soutenu nous avons fait échouer le projet par notre précipitation et la négligence d’une formation intellectuelle sérieuse, la pénurie d’enseignants, qualifiés remplacés par les étudiants en mission d’enseignement contre leur gré dans le secondaire, et dans le primaire par l’envoi des jeunes instituteurs révolutionnaires a finir par dérégler le système si bien huile sur le papier. Ensuite, le slogan que tout cadre était  enseignant avait  tué la qualité de l’enseignement et des apprentissages.

Réinventer l’école

Ces rappels de ce que fut l’école dans les années de la Révolution sont importants parce que la situation de l’école ne semble pas avoir radicalement changé. Les mêmes problèmes continuent de se poser qui ont nom pénurie d’enseignants qualifies, effectifs pléthoriques dans les classes, rémunérations et conditions de travailleurs frustrantes .On ne voit plus aujourd’hui d’enseignants heureux comme autrefois on avait cette fierté de former des jeunes assoiffés de connaissances et heureux d’être à l’école, et malheureux d’en être séparés ou d’en être  loin.

Comment fait-on de l’école un vrai terrain de jeux pour l’épanouissement de l’enfant? La chose est-elle encore possible aujourd’hui? Oui assurément sinon il faudrait tout raser. C’est à l’école, en compagnie de ses camarades et sous la conduite généreuse, inspirante du maître, de la maitresse que se forme la personnalité de l’enfant. Ce n’est pas de la pure théorie pour  vendeurs d’illusions. C’est un praticien qui parle de l’école

L’école doit reprendre du sens pour être pour l’enfant un terrain de jeux, une occasion de socialisation et d’épanouissement. L’école a cessé de chanter ou du moins, on l’entend de moins en moins chanter. L’école doit former aux arts comme le dessein, la danse le théâtre. Mais elle doit aussi  alléger son programme pour laisser l’esprit de l’enfant s’aérer.

Une révolution est nécessaire à cela pour réinventer l’école dans une ère des nouvelles technologies .La dernière réunion de campagne du candidat Yayi en 2006 s’est tenue dans la Résidence du feu Président Sourou Migan Apithy et a porté sur l’ordinateur à l’école. Cela a été un beau rêve qui n’a pu être réalisé mais un beau rêve qui mériterait à nouveau l’attention des autorités actuelles.

Il n’y a pas d’enseignement de qualité sans les enseignants et les manuels de qualité. Autrefois il y trois structures ayant entre celles des relations dialectiques d’échanges et de complémentarité. D’un côté il y avait l’Institut National pour la Formation et la Recherche en Education, d’un autre côté l’Ecole Normale Supérieure, et à côté de l’Ecole Normale dans son enceinte l’Ecole d’Application .La philosophie de cette construction triangulaire était que l’Infre  confiait les fruits de ses recherches à  l’Ecole Normale Supérieure qui les expérimentait dans l’Ecole d’Application pour  vérifier la qualité et la viabilité de ces recherches. La pièce maîtresse de l’édifice était vraiment l’Infre mais aujourd’hui les rivalités ont fait perdre à chacune de ces structures sa mission et sa complémentarité avec les autres et la création devenue absolument nécessaire de la Direction de l’Inspection Pédagogique n’a pas facilité ces relations autrefois fluides.

Cela dit, le débat sur l’éducation au Bénin est un vaste champ de conflits que les pouvoirs publics doivent s’attacher à résoudre au plus tôt parce que l’école béninoise est une mastodonte qui est en train de s’effondrer sous le poids de ses effectifs, des grèves causées par les mauvaises conditions de travail et le niveau lamentable des enseignements et apprentissages.

La réintroduction des cantines scolaires est une excellente chose qui permet de satisfaire les besoins alimentaires des apprenants dans la journée mais cela ne servira à rien si les enseignements sont de fort mauvaise qualité compte tenu d’une insuffisance de formation et d’une mauvaise maitrise de la langue de travail qu’est le français.

L’idée nouvelle serait que nous reprenions la coopération avec tous les pays de la francophonie, Belgique, Suisse, Canada et bien sûr la France pour un meilleur encadrement dans nos écoles.

La Coopération avec la Belgique et le Canada nous permettrait de mieux maitriser l’approche par compétences qui a encore besoin d’être mieux appliquée dans nos classes .Cette approche nécessite des effectifs légers pour être efficacement appliquée avec des résultats probants.

Alors il faut procéder avec méthode  : construire les classes à un rythme soutenu pour rattraper le retard, former les enseignants dans les règles de l’art selon des formules plus souples comme les amis Américains seuls savent le faire ,par des formations ponctuelles ,précises, sur des points qui auront fait l’objet d’enquêtes préalables. Nous n’aurons pas assez de toute l’aide que l’on peut nous apporter pour faire face à ces problèmes.

Personne comprendrait qu’on veuille construire un Bénin nouveau en laissant l’école s’effondrer sur elle-même. Nous devons solliciter l’intervention rapide, efficace de la Francophonie .Nous n’avons pas le temps de nous laisser divertir par des théories d’enseignement dans nos langues nationales et de mêler les deux au début comme le préconise Élan. Nous ne tranchons jamais nos débats qui reviennent sans cesse sans jamais nous permettre d’avancer. Mes amis connaissent ma position sur les langues nationales à l’école . A moins  d’avoir choisi des établissements d’expérimentation réussie comme nous l’avions fait avec succès pour l’introduction de l’anglais dès le CE2 il y a quelques années, sous l’impulsion du Ministre Léonard Djidjoho Padonou, nous risquerions d’immobiliser à nouveau l’école dans des aventures sans lendemain avec de nouveaux problèmes qui demeureront longtemps sans solutions.

Quid de nos universités

Les problèmes de l’Université ne sont pas différents de ceux déjà évoqués .Nous avons besoin de plus de places assises dans toutes nos universités; cela signifie la construction accélérée de salles de cours et d’amphithéâtres. Les ressources pour faire cela ne doivent pas nous manquer si notre stratégie est d’assurer la formation en grand nombre des ressources humaines , dans un cadre attrayant. Ceux d’entre-nous,qui ont visité les universités voisines de Legon au Ghana,Ibadan au Nigeria nous diront que nos universités sont très largement en-dessous des normes.

Nos étudiants de Calavi aujourd’hui aux États-Unis pleurent sur l’inadéquation de notre infrastructure universitaire et de la pauvreté de nos équipements .Ils ne souhaitent qu’une chose: établir des relations de coopération avec leurs universités d’accueil pour relever le niveau de nos facultés aussi bien dans l’équipement en livres et autres moyens didactiques qu’en échanges inter -universitaires. Alors le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique est-il suffisamment ouvert d’esprit pour accueillir toutes ces idées nouvelles?

.Il avait déjà été dit que nous avons besoin de coopération académique Sud-Sud et Nord-Sud et Sud-Nord. Qu’avons-nous à apporter au monde? Peut-être pas autant que le reste du monde peut nous apporter. Ce sera un drame pour l’Afrique de rester en marge des échanges de qualité qui nous positionneraient dans le monde universitaire. Pendant que les années passent, entrons dans des relations de partenariat  qui brisent le cercle infernal de notre mendicité internationale par la qualité de nos recherches et de nos publications.

Il y a une chose qui nous enferme sur nous-mêmes et que l’on nomme pompeusement “afrocentricisme”,c’est-à-dire des études centrées sur l’Afrique. L’intellectuel africain doit connaitre son Afrique pour apporter sa part à la “civilisation universelle «de Senghor mais le monde ne s’arrête pas à l’Afrique. J’entends parler de la philosophie  africaine. Soit! Mais que l’on sorte des notions vieillies d’ethnologie et de l’esprit magique des peuples primitifs des Levy-Bruhl,Merlot Ponty et autres.

Notre accès à la connaissance universelle date de très peu de temps. Nous avons un retard considérable sur les autres peuples qui ont leurs universités depuis le haut Moyen âge Cela nous impose de nous livrer à une course contre la montre. La connaissance du monde infiniment grand et infiniment petit nécessite de notre part de très lourds investissements et il faut les faire ou alors entrer en coopération avec le monde scientifique à l’extérieur de l’Afrique. Ainsi, dans les organisations internationales comme l’Organisation Islamique pour l’Education la Science et la Culture (ISESCO)nous avons d’immenses possibilités de coopération dont nous n’avons pas encore commencé à exploiter les possibilités illimitées avec le Pakistan, l’Iran tous deux des puissances nucléaires. Ce qu’on appelle les nanotechnologies nous ouvriraient d’immenses champs d’application à  des industries de pointe.

L’Ecole béninoise a besoin d’une action énergique pour sortir de son sommeil et entrer enfin dans un cycle de renouveau. Il faudra pour cela redécouvrir la vertu du dialogue pour que la Maison Education Nationale retrouve ses lettres de noblesse. Les accords de coopération avec les pays de la Francophonie nous y aideraient très très sûrement.

René Ahouansou
Professeur de littérature et civilisation américaines
Ancien secrétaire général de Commission nationale pour L’Unesco

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