Bénin : Le coup d’Etat institutionnel de Patrice Talon. (Suite et fin)

Bénin : Le coup d’Etat institutionnel de Patrice Talon. (Suite et fin)

Après avoir montré comment le président Patrice Talon a mis la constitution entre parenthèses et créé un Etat de non droit en affaiblissant toutes les institutions,

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le professeur René Ahouansou démontre comment l’Assemblée Nationale s’est laissée caporaliser pour ne devenir qu’une caisse de résonnance permettant ainsi au président Talon de parachever ce qu’il a appelé « son coup d’état institutionnel »

Cette Assemblée nationale, s’est fracturée en deux blocs à l’occasion du rejet du projet de révision constitutionnelle et Maître Houngbedji tout Président de l’Assemblée qu’il soit a pris partie au lieu de s’élever au-dessus de la mêlée pour faire honneur à sa charge.

Maitre Houngbédji, Président de l’Assemblée nationale est la deuxième personnalité de la république qui en cas d’incapacité ou de la disparition soudaine du Chef de l’Etat est dans l’ordre constitutionnel la personne qui assurerait l’intérim jusqu’à l’élection d’un nouveau Président de la république. Avec ces responsabilités il ne peut saborder l’institution dont il a la charge et encore moins la vassaliser à l’Exécutif.

Notre Constitution doit nous être très chère et nous remplir de fierté quand on en connaît toutes les ressources.

Malheureusement nos honorables députés ne la connaissent pas bien pour faire jouer toutes ses dispositions.

Ainsi l’article 71 fait obligation aux Ministres de venir répondre aux interpellations des députés. A l’occasion de ces interpellations, l’Assemblée nationale a la possibilité de faire des recommandations au gouvernement. Voici ce que dit la Constitution:

Article 71;”Le président de la République ou tout membre de son gouvernement peut, dans l’exécution de ses fonctions gouvernementales, être interpelé par l’Assemblée nationale.

Une Assemblée qui méconnaît son rôle

Le président de la République répond à ces interpellations par lui-même ou par l’un de ses ministres qu’il délègue spécialement devant l’Assemblée nationale.

En la circonstance, l’Assemblée nationale peut prendre une résolution pour faire des recommandations au gouvernement” Malheureusement, notre Assemblée nationale a été particulièrement absente sur le dossier des déguerpissements quand le peuple criait sa colère. Sans s’opposer au gouvernement, elle aurait pu conseiller la modération dans cette politique qui ne pouvait que susciter des mécontentements et la colère de la part de ses victimes Mais elle a choisi de se taire et de laisser le peuple subir les assauts de Modeste Toboula qui n’avait de légitimité que d’avoir été nommé Préfet.

Il en a été ainsi également des liquidations opérées par le gouvernement jetant des centaines de travailleurs à la rue sans la moindre réaction des députés. Il est difficile, voire impossible que l’Assemblée nationale française n’ait pas interpelé le gouvernement sur la question et fait également des recommandations en matière de mesures d’accompagnement.

Il y a une chose que notre Assemblée nationale ne comprend pas du tout de ses prérogatives en matière de choix économiques du gouvernement .L’article 98 stipule bien :

“Sont du domaine de la loi les règles concernant……des nationalisations et dénationalisations d’entreprises et des sociétés, des transferts de propriété d’entreprises, du secteur public au secteur privé”. Ce que nos honorables députés n’ont pas compris c’est que les choix économiques sont également des choix de société. Le mode de production est caractéristique d’un modèle de société. Le peuple béninois, en élisant Patrice Talon à la Présidence de la république, ne lui a pas donné une procuration pour changer notre modèle de société. En Suisse ,le peuple aurait fait une “votation” spécialement sur la question pour être sûr que c’est vraiment la volonté du peuple souverain et quand on dit peuple souverain, c’est un rappel du Contrat social de Jean-Jacques Rousseau, citoyen genevois qui a donné aux peuples de par le monde le sens des exigences démocratiques dont nos députés du bloc majoritaire semblent se passer sans remords.

A l’occasion de ces liquidations décidées cavalièrement par le Président de la république il y a eu la grave présomption que parce qu’il a été élu, il a reçu mandat pour faire ce que lui veut sans nous consulter à travers nos représentants à l’Assemblée nationale et les députés n’ont pas réclamé non plus leurs droits n’être consultés dans le domaine. Une Assemblée nationale aussi pusillanime sur ses propres prérogatives finit par être confondue avec ses meubles, une Assemblée nationale collectivement silencieuse ne mérite pas le nom de Parlement .Elle se soumet trop docilement à tout ce qui vient de la part de l’Exécutif ,une Assemblée godillot donc comme on dit. Le dernier exemple est cette loi No2017-44 portant Recueil du renseignement au Bénin qui est une grave menace à nos libertés faisant de chacun des victimes potentielles d’écoute non autorisée. Cependant cette Assemblée l’a votée et elle sera promulguée.

L’autre est la loi sur le Ravip qui nous vaut les passes d’armes avec la Cour constitutionnelle parce que nos députés allant contre leurs engagements passés ont décidé de la mettre à la place de la Lépi qu’aucun texte n’a abrogée et qui reste valable jusqu’en 2021.Pourquoi, peut-on être amené à demander? Parce que l’Exécutif en a ainsi décidé pour des arrière-pensées électorales qui lui sont propres mais qui ne sont en rien la priorité de la nation.

Ce Ravip semble avoir été porté par le Professeur Mathurin Coffi Nago qui n’en aurait pas perçu l’utilité pendant ses deux mandats à la Présidence de cette Assemblée nationale .En réalité ,les mauvaises langues disent que le Chef de l’Etat aurait vu cela pendant sa brève visite de travail en Estonie. En Estonie il n’a pas cherché à comprendre comment entretenir la paix sociale par le dialogue social. C’est le contrôle des populations qui l’a intéressé. Les choses inutiles et sans pertinence mobilisent l’énergie et les ressources du pays pour permettre à un homme de dominer les autres et contrôler les Institutions de la république.

Il faut s’indigner,! Oui il faut s’indigner quand des élus de la nation méconnaissent leur rôle au point d’enlever à des citoyens le droit de grève universellement reconnu aux travailleurs de par le monde. Notre Constitution peut avoir ses défauts comme toute œuvre humaine mais personne ne peut dire qu’elle n’est pas vertueuse et a besoin de mains vertueuses pour la manier .En effet si l’article 31 reconnaît bien le droit de grève aux travailleurs béninois, elle dispose toutefois dans son article 98 déjà cité qu’il faut des Principes fondamentaux pour l’encadrer. Il vaut mieux le citer pour que nous soyons tous au même niveau d’information; c’est la suite immédiate du passage qui venait d’être cité: “du droit du travail, de la sécurité sociale du droit syndical et du droit de grève”.

Cette Constitution est notre livre commun, qui doit être inscrit aux programmes de nos écoles pour faire de chacun de nous des citoyens qui n’ignorent rien de ce qu’ils doivent savoir. C’est ce qu’on appelle “Social studies” aux Etats-Unis. Mais nous ne semblons pas comprendre la valeur de ces choses parce que nous sommes plus intéressés par l’argent qu’autre chose.

Les droits de l’homme sont bafoués au Bénin et cela ne semble nullement émouvoir nos députés. On veut lever l’immunité parlementaire pour des raisons politiques et ils sont presque euphoriques,; on accuse Mètongnon sans preuve, ils n’interpellent pas le Ministre des Finances devenu Procureur ni le Garde des Sceaux ,Ministre de la Justice parce que “les mis en cause” par eux sont des membres de l’Opposition. La couleur des choses change selon la position qu’on occupe à l’Assemblée nationale. La vérité devient relative et non absolue selon qu’on est Rupturien ou non-Rupturien. Le droit à l’information de notre choix nous est dénié. Soleil FM est brouillée, Sikka Tv est interdite par la Haac, une institution créée pour garantir protéger la liberté de presse et nos honorables députés ne s’indignent pas. Que reste-il de la république et des valeurs démocratiques sous Patrice Talon?

La passion peut nous animer car rien de grand ne se fait sans une certaine passion mais quand on dit passion il faut que ce soit une passion saine de recherche de la vérité et non profits personnels. Un député émargeant à un budget secret doit être l’objet d’enquêtes policières de la Brigade Économique et Financière prompte à se saisir des dossiers des membres de l’opposition.

Avec Patrice Talon nos institutions sont prisonnières d’un homme que nous avons vu naitre et grandir sous nos yeux mais qui n’a pas plus de sagesse ni de connaissance qu’un jeune garçon encore dans sa puberté politique qui nous impose ses vues en oubliant que le vieillard assis voit toujours plus loin que le jeune debout. Cette perversion des institutions de la république est un coup d’État institutionnel, n’en déplaise aux amis Rupturiens. Quand la république tombe dans des mains malhabiles, et mal intentionnées c’est le naufrage collectif et c’est ce à quoi nous assistons en ce moment..sous le Président Patrice Talon.

René Ahouansou

Professeur de littérature et civilisation américaines

Ancien secrétaire général de la Commission nationale pour l’Unesco

Commentaires

Commentaires du site 6
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    il n y a pas de races, il y a une race humaine. cheikh anta diop

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    Monwè Il y a 2 mois

    Honte Honte c’est quoi cette analyse à deux balles. il dira quoi de l’assemblée nationale française. c’est du n’importe quoi et c’est ça on appelle professeur. Au secours ! un professeur qui ne sait pas que l’assemblée est un lieu hautement politique. Et que tout pouvoir dans le monde cherche toujours à la contrôler. Ça on a plus besoin de sortir de l’ENA pour comprendre.Franchemrnt franchement !

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    Chapeau pr, belle analyse.

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    Ricardo Il y a 2 mois

    Vous ne serez jamais mon Professeur a moi

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    Ricardo Il y a 2 mois

    De n Importes quoi. les arriérés. Vous faites hontes a votre race.

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      Ganster national Il y a 2 mois

      Le Professeur a fait une bonne analyse, pourquoi ne faites vous pas votre contre analyse au lieu de dire “de n importes quoi”. Qu entendez vous par cette phrase. Personne ne vous comprend. Quand on a rien a dire on la ferme.