Le coup d’Etat institutionnel de Patrice Talon (1ère Partie)

Le coup d’Etat institutionnel de Patrice Talon (1ère Partie)

Nous étions habitués aux coups d'État militaires qui nécessitaient le déplacement des troupes,la saisie de la radio ou de tous les organes de presse,la suspension ou/et la dissolution des institutions

An II de Patrice Talon : Joseph Djogbénou fait le bilan des actions menées au ministère de la justice

de la république et la proclamation des putschistes confirmant que l’ordre constitutionnel est renversé et remplacé par le pouvoir d’une junte militaire.Un gouvernement est hâtivement mis en place pour gérer les affaires courantes jusqu’au retour de l’ordre constitutionnel.

Tel a été longtemps le rythme de la vie politique du Bénin de 1960 à 1972, date à laquelle une nouvelle page politique a été ouverte chez-nous.

Malheureusement,si notre pays s’est habitué à vivre une vie politique tranquille et sans trop de soubresauts, depuis l’accession de Patrice Talon au pouvoir ,nous vivons une autre expérience politique où il n’y a pas de mouvements de troupe mais où tout de même l’ordre institutionnel est subverti et mis aux ordres d’un seul pouvoir celui de Patrice Talon.

Le Bénin avait vécu jusque-là dans le système de la séparation des pouvoirs mais cette forme de gouvernement a cessé de fonctionner selon les règles établies depuis le 06 avril 2016 où Patrice Talon est arrivé au pouvoir .Par une violence taciturne il a mis tous les autres pouvoirs au pas les contraignant à faire sa volonté.

La constitution de 1990 entre parenthèses

Chacun aura noté que nous ne sommes plus dans notre bonne vieille Constitution du 11décembre 1990 qui est mise entre parenthèses par le Chef de l’Etat qui n’en respecte ce qui lui plait que du bout des lèvres. Une cérémonie qui n’a de valeur que protocolaire a été honorée à l’occasion du discours sur l’Etat de la nation. Ne pas le faire aurait été une provocation inutile qui ne serait pas passée inaperçue par le Corps diplomatique accrédité chez-nous; pour le reste, Monsieur Patrice Talon “avise”.Nous vivons désormais sous la Constitution non écrite qui fonctionne à la seule discrétion du Chef de l’Exécutif.

La Cour Constitutionnelle est le souffre-douleur du pouvoir de la Rupture et de son Chef. Alors que nous enseignons à nos étudiants que les décisions de la Cour Constitutionnelle sont sans recours parce que c’est elle qui règle le fonctionnement et les relations des institutions de la république entre elles , que par conséquent tous les problèmes d’ordre constitutionnel lui sont soumis pour un règlement définitif, le Chef de l’Etat,lui choisit délibérément de passer outre ses arrêts et continue son chemin comme si de rien n’était. Il y a une expression populaire qui dit ” le chien aboie,la caravane passe”: Talon continue son chemin de manière imperturbable Le Chef de l’Etat promulgue des lois sans avoir l’obligeance de les soumettre au contrôle de conformité qui est tout de même clairement requis par la Constitution avant toute promulgation. Ces manières de faire ne signifient qu’une seule chose ,à savoir qu’il a un mépris souverain pour notre Cour Constitutionnelle. Les KO et autres tripatouillages passés ont certainement entaché l’auréole qui devait entourer cette vénérable Cour comme elle entoure le Conseil Constitutionnel.le Conseil d’État français et la Cour Suprême américaine.

Or la dignité qu’un pays peut avoir sur la scène internationale se mesure aussi par la nature de ses institutions et le respect dont on les entoure. D’habitude, un pays est classé selon sa puissance économique, sa puissance militaire,la qualité de son système politique. Ainsi,on peut être un petit pays par la taille et les dimensions géographiques mais être très respecté

Le Bénin , un Etat voyou ?

dans le concert des nations selon la qualité des hommes et la qualité de ses institutions. La Suisse en est un bon exemple.

Le vocable “d’État voyou” qui est en vogue en ce moment à propos du Benin était utilisé à l’origine pour stigmatiser le comportement du petit État du Rhode Island qui optait toujours pour faire cavalier seul au lieu de se conformer à la volonté commune des 13 Etats américains se battant pour leur indépendance .Ce petit Etat créé en protestation contre la théocratie du Massachusetts du 17e siècle refusait toujours d’honorer les exigences de la contribution de l’effort de guerre d’indépendance .On l’appelait “Rogue State”.

L’expression est redevenue à la mode au début des années 1990 dans la diplomatie internationale pour désigner l’Irak sous Saddam Hussein qui refusait de se plier aux us et coutumes diplomatiques, défiait la communauté internationale et les résolutions du Conseil de Sécurité , agressait ses voisins dont l’Iran et le Koweit. Chacun se rappellera les deux guerres que ce pays a provoquées dont il n’est toujours pas sorti à l’heure actuelle.

C’est dire qu’être stigmatisé comme un “État voyou” n’est pas une bonne référence pour des gens qui comprennent l’impact de la communauté internationale sur les affaires des grands comme des petits. Ainsi la Corée du Nord qui a longtemps cru qu’en affirmant sa souveraineté internationale de sa manière agressive était payant , est lentement en train de rentrer dans les rangs. Les Etats-Unis, grande puissance économique et militaire à la dimension d’un empire mondial imposant au reste du monde sa ” pax americana” est-il en train d’être classé comme un “État voyou. “pour l’attitude peu orthodoxe de son Président Le Bénin qui a besoin de la communauté internationale pour son développement économique n’a aucun besoin de se faire cataloguer comme un “État voyou” en plus d’être un État failli où les institutions comptent pour rien.

Le President Nicéphore D. Soglo avait l’habitude de dire “qu’on pouvait être pauvre mais digne”. Pour le paraphraser, on dira ” qu’on peut être petit mais digne”. La dignité vient du respect que l’on se donne à soi-même et à ses institutions

Mais apparemment, nous assistons à une érosion des valeurs et à leur malheureux transfert de la nation sur l’individu Patrice Talon qui a cru devoir dénigrer son pays en l’appelant bien maladroitement un “désert de compétences” à l’extérieur pour se mettre en valeur, croyait-il.

Malheureusement pour lui, cette valeur qu’il croyait se donner n’impressionne guère personne à l’étranger d’où ses déboires diplomatiques sur lesquels il vaudrait mieux ne pas revenir.

Comme les enfants font la gloire des parents, de même la bonne conduite des hommes politiques donnerait de la valeur à nos institutions et par ricochet à notre pays.

Le Chef de l’Etat disait dans son discours d’investiture qu’il ferait de la Décentralisation la pierre angulaire de sa politique. Il vaut mieux le citer :”Je m’emploierai à accélérer et renforcer le processus de la décentralisation en l’inscrivant dans chacune des actions que j’entreprendrai.” On lui reconnaît bien volontiers qu’il a commencé comme sur les chapeaux de roue en nommant en un mouvement fulgurant les six autres Chef-lieux que des prédécesseurs n’ont pas eu le courage de nommer pour éviter les conflits à l’intérieur des départements de notre pays.

Ayant mené cette opération , le sabre au clair, on n’a plus compris qu’au lieu de soutenir les Maires ,il ait activement agi en sous-mains pour leur limogeage comme le cas emblématique du Maire de Cotonou le montre assez éloquemment. Respecter les textes qu’on se donne est la raison de se les donner en premier lieu. Les harcèlements dont les Maires non-Rupturiens ont été les victimes ne pouvaient pas venir d’ailleurs que du sommet de l’Etat .Le silence n’est pas preuve d’innocence mais il y a des silences qui sont plus éloquents que des volumes. Le silence de Patrice Talon l’accuse. Ayant juré de défendre la Constitution, son silence à couper au couteau le met au coeur de tous les coups tordus depuis son arrivée au pouvoir. Responsable de la défense et de la sécurité de notre pays, il ne peut rester indifférent au brouillage de la radio Soleil celui qui lui a permis d’être à la Présidence de la république.

La déstabilisation des mairies

Pour illustrer la dérive institutionnelle qu’il me soit permis de m’attarder sur le cas de Léhady Vinagnon Soglo. La brusquerie et la cadence martiale à laquelle le Maire de Cotonou a été suspendu , puis très rapidement destitué sans l’avis du Conseil Départemental de Concertation et de Coordination montre bien que c’était un coup monté depuis là-haut car de ce qu’on sait des textes régissant la Décentralisation, un Maire accusé est d’abord écouté par ses pairs et si sanction il doit y avoir, la proposition devrait venir de ses pairs et appliquée par l’autorité de tutelle. Dans le cas qui nous occupe, le Conseil Départemental de Concertation et de Coordination n’a servi que de cadre de mise en scène et de faire-valoir au Préfet du Littoral,au Ministre en charge de la Décentralisation et en dernier ressort au Conseil des Ministres qui a pris la décision ultime de destitution sans qu’aucune preuve convaincante de la faute lourde évoquée ait été apportée justifiant la décision de destitution .

Dans ce cas précis, comme c’est la loi sur la Décentralisation qui est en cause, la Cour Suprême était l’ultime arbitre qui devrait connaître de ce dossier et non la Cour Constitutionnelle. Et encore moins un recours gracieux qui serait l’aveu d’une faute dont la matérialiste n’existe pas.

Les décisions de la Cour Suprême sont également sans recours et s’imposent à toutes les juridictions.

Le Bénin semble être tombé sur la tête avec toutes les institutions subissant le rouleau compresseur de l’Exécutif comme si nous n’avions jamais bien compris ce que la séparation des pouvoirs signifiait.

L’Assemblée nationale ,à la fois sous le Professeur Coffi Mathurin Nago et Maitre Adrien Houngbédji est la plus décevante des institutions que nous nous sommes données pour nous préserver des abus d’un pouvoir hégémonique comme celui du PRPB de la révolution marxiste-léniniste. Les titres de Professeur et de Maitre n’ont pas été rappelés ici pour faire joli dans le texte. Un Professeur d’université est une référence intellectuelle douée des compétences nécessaires pour faire la différence entre les fonctions et respecter la nature et la personnalité propre de chaque institution. Les relations de copinage s’arrêtent au seuil de l’Assemblée qui est l’expression concentrée de la volonté du peuple et de sa souveraineté. Pousser la proximité avec l’Exécutif au point d’en oublier la mission que la nation a confiée à ses représentants est une trahison Et quand le mode de fonctionnement est le mode PIN-PAN alors la trahison est totale.

Maitre Adrien Houngbédji est un éminent juriste connu comme tel et a été deux ou trois fois candidat à la Présidence .Cela suppose qu’il connaît le théâtre politique et que ce théâtre avec ses ombres et ses pièges n’a plus de secrets pour lui. En sa qualité de juriste il a plus que sûrement la culture de la séparation des rôles. Le Parlement fait les lois ,l ‘Exécutif les exécute et la Cour Constitutionnelle agissant en chien de garde prévient chacun des limites à ne pas franchir sans tomber dans l’inconstitutionnalité.

Peut-être depuis 1990 Maître Houngbédji est-il fatigué de faire l’Opposition. Mais son état d’âme ne peut jouer sur l’exécution de sa fonction de Chef du Législatif. Et puis il n’est pas à l’Assemblée comme membre du PRD mais comme un élu du peuple béninois. Il n’a reçu aucun mandat impératif de ses électeurs PRD pour jouer à un autre jeu qu’à celui que la Constitution lui a assigné.

( La suite dans notre parution de vendredi)

René Ahouansou

Professeur de littérature et civilisation américaines

Ancien secrétaire général de la Commission nationale pour l’Unesco

Commentaires

Commentaires du site 4
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    vouloir gouverne sans faire recours à notre constitution 1990 est une pratique sans théorie. quel président illégal. excusez-moi !!!!!!!!!!

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    Je m’interroge sur les mobiles de ce Ahouansou. Soglo qu’il cite a été également traité de violeur de la Constitution !

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    Ojoubanire Il y a 2 mois

    Kabirou heureusement ou malheureusement pour toi que tu n’es pas vigilant sinon tu allais pas dire nous tous TALON. Toi et tes parents sont TALON je ne dirais pas non plus que ta famille est TALON parce-que je connais certains qui demande 1000 frs cfa

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    Kabirou Il y a 2 mois

    Du ridicule. Le beninois est désormais sans preuves. C’est très bien de bavarder pour essayer de tromper notre vigilance. Nous sommes tous talon et mourons talon. Après talon il aura pour le Bénin beaucoup de talons. C’est la rupture totale.