Plaidoyer pour un discours économique lisible et convaincant

Plaidoyer pour un discours économique lisible et convaincant

Au bout de deux ans ,on peine toujours à voir quelle est la politique économique du gouvernement de la Rupture.

Bénin : Signature du contrat de construction d’une centrale de 120 Mw à Maria-Gléta

La lenteur avec laquelle le PAG est arrivé au monde comme à la suite d’un accouchement difficile est le signe d’un manque de programme de gouvernement de Monsieur Patrice Talon.

L’excuse qu’on a trouvée à nous donner est que c’est une Coalition qui a contribué à la victoire et qu’il a fallu fusionner les différents programmes en un seul. C’est un argument qui a le charme de couvrir l’impréparation du vainqueur. Il a pu gagner l’élection l’on veut, mais il n’avait rien à proposer sur le plan économique en dehors d’un catalogue d’intentions peu convaincant, d’ailleurs. Lui qui est dans le coton depuis les années 1990 aurait pu penser qu’il était temps de passer à une étape supérieure dans l’industrie textile qui représente un gisement inépuisable d’emplois. Mais il a laissé le Burkina Faso nous supplanter dans ce domaine. La fabrication de tissus de toutes sortes dont les bazins aurait fait du Bénin un hub de l’industrie de l’habillement en Afrique de l’ouest. Mais nous sommes compétiteur-né sans initiative!

Le Pag , un catalogue de bonnes intentions

Qui ne voudrait pas que son pays aussi aligne des produits finis tels qu’on en trouve dans les supermarchés ou même sur les étalages des marchés ? Notre personnel politique n’est pas sclérosé parce que la sclérose est consécutive à la répétition à l’infini des mêmes gestes qui deviennent tellement routiniers qu’on y pense à peine en les faisant. Je dirai plutôt qu’il est particulièrement peu imaginatif ou créatif….

Le Président Patrice Talon a fait une Offre Publique d’Achat(OPA) sur le Bénin sans en avoir les moyens autres que son ambition de devenir Président à son tour, après Boni Yayi qui a mis la Présidence de la république à sa portée par copinage. La victoire lui est échue donc comme une surprise à laquelle il ne pouvait pas croire parce qu’il ne s’y était pas preparé, d’où les rétropédalages et la dichotomie entre sa parole publique et son action qui s’opposent si radicalement qu’on peut avancer deux thèses, celle des deux Talons ou celle de la personne qui ne sait vraiment pas où elle va et ce qu’elle veut faire de sa victoire. Les bégaiements des déguerpissements sont tristement emblématiques de ces valses hésitations ou de cette impréparation à la gestion de la victoire….

Être dans le domaine du coton depuis presque 30ans et se contenter d’exporter ce coton sans valeur ajoutée c’est ne rien comprendre des problèmes des pays producteurs de matières premières pour les économies développées et perpétuer ainsi le sous-développement de ces pays; la division du travail que ces économies nous ont imposée nous condamne à rester à la périphérie de l’économie mondiale. Notre part du marché mondial reste désespérément en dessous de la barre de 3% au mieux. Samir Amir qui a formé des générations sur des générations d’économistes à l’Université de Dakar a également beaucoup écrit pour éclairer les choix de l’intelligentsia africaine. Il est le père de la théorie du Centre et de la Périphérie. Mais il a écrit des ouvrages plus accessibles au grand public tels que son “Économie de l’Afrique de l’ouest bloquée” où il passe en revue l’économie de la Côte d’Ivoire. Bien qu’il se demande si l’économie de ce pays était un miracle ou un mirage,il n’en demeure pas vrai qu’à l’époque ,il avait compté que ce pays leader de l’Uemoa fabriquait plus de 500 produits de substitution alors que le Bénin n’en fabriquait au plus autour d’une quarantaine, en tout état de cause, moins de 50.

Quand on voyage on peut ouvrir les yeux pour voir ce que les autres font de mieux que soi. Samir Amir n’a pas étudié l’économie du Nigeria qui doit être plus impériale encore que celle de la Côte d’Ivoire compte tenu de sa population. Nous nous flattons de la proximité de notre voisin de l’Est dans le seul sens d’en tirer profit comme marché pour nos produits importés. Nous sommes tellement dépendants de ce pays que nous sommes fiers de dire que “quand Nigeria éternue le Bénin attrape la grippe”. Le PIB de tout le Bénin représente à peine celui d’un seul État du Nigeria et cela ne nous interpelle pas pour sortir de la complaisance de notre dépendance.

Le traité de la Cedeao nous impose de produire pour échanger entre États-membres et établir le tarif extérieur commun (TEC) pour protéger notre marché intérieur contre les agressions des produits étrangers à la zone mais le Bénin est le pays qui a le moins d’aptitude à produire, habitué au “gain immédiat” même quand le Président Obasanjo ferme la frontière à cause des produits importés que nous exportons vers le Nigeria.

La Cedeao est un formidable marché et une chance pour notre pays pour peu qu’il se décide à créer une économie forte et prospère. Malheureusement on ne lit pas cette préoccupation dans la politique économique du gouvernement de la Rupture. Les 45 Projets-phares étaient la plateforme où le gouvernement devait exposer ses ambitions économiques et la première chose que le lecteur, intéressé par l’économie remarque c’est la totale absence de l’industrialisation du Bénin comme si nous n’avions pas vocation à produire des marchandises finies pour la consommation des populations de nos Communautés économiques que sont l’Uemoa et la Cedeao.

Le Sénégal sous le Président Senghor avait mis l’accent sur la Culture et la Côte d’Ivoire sous le Président Houphouët-Boigny sur l’agriculture. Lequel de ces deux pays autour desquels se regroupe l’Uemoa a 40% de l’économie de la zone CFA? La Côte d’Ivoire bien sûr et pour cause.

Le vieux Houphouët-Boigny avait de la vision : la terre ne ment pas et la réussite de sa politique agricole à laquelle le Bénin a apporté son expertise dans la production du café et du cacao, ouvrira la porte à plus de développement incluant la culture universitaire et la recherche scientifique. Les universités ivoiriennes sont des foyers ardents de recherche scientifique. Aujourd’hui le pays qui était essentiellement agricole au départ n’a rien à envier au Sénégal sur le plan universitaire.

En matière d’économie, ce que l’on est obligé de constater aujourd’hui est que le “atcheke”, d’abord ivoirien commence à être fabriqué au Sénégal ce qui a obligé la Cote d’Ivoire à protéger son propre “atcheke” par un label pour lui garantir la maîtrise de sa part du marché, une douce guerre économique dans la même zone monétaire. Rien ne nous empêche de chercher à nous inscrire aussi dans le marché commun de la zone monétaire en attendant d’aller un jour à la conquête du marché international. Quel est donc le secret de la réussite économique de la Côte d’Ivoire? La réponse nous édifiera.

Quel est le modèle économique du gouvernement de la rupture

Aucune politique économique rationnelle ne peut se construire sur un coup de tête, dans une espèce d’improvisation, sans une analyse des besoins du marché. Il suffit de faire un tour dans nos supermarchés et sur nos marchés pour faire le point des besoins du marché intérieur. Ces besoins existant deviennent la demande pour une économie de la demande. Il y a quelques mois on a vu Monsieur Abdoulaye Bio Tchané, le Ministre d’État en charge du plan ,du développement et du dialogue social, sur la ferme d’ananas de Madame Marcos. Il semblait heureux et détendu d’être et à la campagne, ravi de l’air frais mais nullement conscient qu’il s’agissait de la politique qu’il devait formuler et promouvoir.

Madame Marcos née Guedegbé, est ingénieur agronome sortie de l’UNB de l’époque. Elle a une plantation d’ananas dont elle fait du jus de fruit. Si on lui en assurait les moyens, je suppose qu’elle ne se limiterait pas à la production du jus de fruit mais qu’elle ferait aussi d’autres produits comme les tranches d’ananas en conserve, la confiture d’ananas comme la Sonafel en faisait autrefois. L’ananas entre dans beaucoup de choses dont la pâtisserie et le porridge de tapioca qu’on nous donnait en dessert dans l’école anglaise où je suis passé. Une organisation horizontale autour de l’ananas occuperait un certain nombre de travailleurs pendant que ses déchets contribueraient à faire de l’engrais organique qui enrichirait la terre pour éviter l’emploi des engrais chimiques. On pourrait multiplier les exemples d’industries agroalimentaires pour les besoins du marché intérieur et pour notre commerce extérieur.

On reprochait au Président Boni Yayi de trop voyager. Trop voyager n’est pas le problème mais voyager dans une stratégie d’ensemble de négociation d’accords économiques, de transferts de technologies dans les domaines qui sont prioritaires pour notre économie doit être l’objectif de ces voyages. Si l’on regarde un peu autour de nous, dans le seul bâtiment, par exemple quels sont les produits que nous importons le plus et qui drainent nos ressources financières hors du pays?

Les carreaux nous venaient d’Europe, d’Italie surtout. Aujourd’hui nous sommes tellement experts dans le domaine que nous sommes fiers de montrer nos carreaux importés d’Italie de préférence à ceux qui nous viennent de Chine qui, dit la rumeur ,ne durent pas. Qui dit carreaux dit argile ou kaolin à partir duquel on les fabrique, en monocuisson ou double cuisson et les grès céram.Avons-nous ce kaolin au Bénin? Si oui ,pouvons-nous fabriquer nos carreaux sous licence et inonder la sous-région avant que d’autres pays n’aient la même idée ? Que ce soit les Chinois ou les Européens, ils seraient ravis de délocaliser et de venir fabriquer ces carreaux sur place pour un marché immense, qui existe déjà sans avoir à attendre les commandes et les complications de change du commerce international. Ensuite la main d’oeuvre y est moins chère.

De l’avis des spécialistes l’Afrique est le continent de l’avenir parce que encore vierge avec une population jeune qui à un rythme géométrique. Donc le marché et la main l’oeuvre existent déjà..Ce qu’on a appelé au XIXe siècle la ruée sur l’Afrique (Scramble for Africa), nous le connaitrons à nouveau, mais cette fois pour son développement et non pour le partage ou sa balkanisation .

Qui peut faire les carreaux fera aussi les articles en porcelaine comme les sanitaires. Dans les années 1980, l’Obemines avait fait fabriquer des échantillons très réussis de lavabos en Italie. Ce devait être sous feu le Général Ohouens, quand il était Ministre des Mines et de l’Energie. Qu’est devenu le projet? Cela fait plus de 40 ans aujourd’hui et nous avons continué à importer ce que nous pouvions produire sur place, sous licence. A partir du seul kaolin, nous pouvons également fabriquer la craie pour nos écoles et le plâtre pour nos hôpitaux .Voilà pour le kaolin.

Qu’est-ce que nous en avons fait jusqu’à présent et que pouvons-nous en faire? Les besoins existent que nous pouvons et devons satisfaire impérativement si nous voulons aller de l’avant. Cette partie de l’économie basée sur un marché déjà existant est ce qu’on appelle économie de la demande.

Que dire maintenant de l’économie l’offre? On a l’impression que nous marchons sans regarder autour de nous. A tous les coins de rue il y a des boutiques en plein air vendant des balais à fibre de toutes les tailles, de toutes les couleurs qui nous viennent tout droit de Chine avec des pelles pour ramasser les balayures. Les Chinois qui sont des Levantins, sont des commerçants-nés comme certains sont des compétiteurs- nés, disent-ils. Ils nous connaissent dans notre psychologie d’acheteurs et de consommateurs de tout ce qui se trouve sur le marché a petits prix si ça ne demande pas l’effort de le produire. Alors ils produisent pour nous, sûrs que nous allons nous jeter dessus par snobisme. Les anciens magasins européens comme les Monoprix, Valla Richard et autres ayant fermé pour cause de rentabilité incertaine, ils ont laissé le marché aux économies émergentes. Ainsi chaque année ,nous avons les foires iraniennes, tunisiennes, turques, marocaines qui font la joie des promeneurs et des clients grossistes et semi-grossistes. Les articles s’envolent en un temps record parce que la clientèle se crée toute seule autour de ces produits qui répondent au concept de l’économie de l’offre. Dans cette forme d’économie, l’axiome est que le produit de par la vertu de son existence ,créé lui-même son marché.

Il faut faire remarquer que tous les pays qui étaient à la conférence des peuples colonisés à Bandoung en 1955, les pays africains sont encore les seuls à se chercher au point que le Vietnam qui a connu plus de cinquante ans de guerre est en train de se faire sa place parmi les économies émergentes. L’Afrique a-t-elle refusé le développement? Et préfère-t-elle voir ses enfants prendre la route de l’exil par l’océan et par le désert dans la recherche d’un Eldorado hypothétique, recherche désespérée qui se termine bien souvent tragiquement comme on le sait !

Définir une politique économique claire ?

Pour conclure, qui est à même de nous dire dans quelle forme d’économie est le Bénin? Avons-nous un discours articulé en matière de formulation d’une politique économique cohérente et convaincante ? Quel est le rapport entre notre commerce et notre capacité de production par laquelle je remplace l’effort d’industrialisation?

A la place de Patrice Talon, ce n’est pas le rapatriement des trésors royaux qui retiendrait ma priorité puisqu’ils ne vont pas fuir. La Convention de l’Unesco sur le sujet existe et le moment venu , avec des musées dignes de les accueillir déjà construits, nous pourrons exiger leur rapatriement. Cette agitation autour des biens culturels est brouillonne et inutilement sensationnelle parce que populiste pour celui qui dit ne pas aimer le populisme. Le musée d’Abomey n’est pas encore prêt pour accueillir ces trésors royaux véritables .En attendant ,pour apprendre à faire de la conservation de vrais trésors nous pourrions faire nos classes sur des copies .Il y a des choses plus urgentes à faire pour créer les 500.000 emplois que nous a promis Monsieur Abdoulaye Bio Tchané.

Nous avons trois Ministères qui s’occupent de notre développement dont certainement deux sont inutiles. Au Chef de l’Etat de mesurer leur efficacité et leur impact pour faire des économies pour le pays et nous donner une chance pour enfin une politique cohérente car celle qu’on suit manque de crédibilité: on ne sait même pas quelle est la tendance actuelle de l’économie :, inflationniste, déflationniste ou stagflationniste, avec la rareté de l’argent dans le pays? Le jeune Ministre des Finances même ne saurait le dire

René Ahouansou

Professeur de littérature et civilisation américaines

Ancien secrétaire général de commission de l’Unesco

Commentaires

Commentaires du site 3
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    Mon professeur fait une analyse limite et passe a cote de l’essentiel. Il pense avoir la science infuse.

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      Napoléon1 Il y a 1 mois

      Les béninois improductifs comme vous ont la particularité d’ouvrir grande leur gueule pour pour feindre être quelque Chose.
      Le professeur lui au moins, fait des analyses pertinentes qui vous incitent, se faisant, Il fait ce qu’il peut. Il faut que infine, “tout le monde soit en droit de dire, j’ai fait ce que j’ai pu”.
      Quand à vous autres, Il faut se la fermer, lorsqu’on a rien à offrir.

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    Fédé Il y a 1 mois

    RAS. Analyse parfaite. .