La réforme du système partisan autour de deux axes: l’homme et la société

La réforme du système partisan autour de deux axes: l’homme et la société

Le problème de la réforme de notre système partisan nécessite une résolution qui donne satisfaction à tous les acteurs et réponde aux besoins d'une meilleure organisation de notre vie politique.

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Parler de multipartisme n’a jamais signifié que chaque village du Benin ait un semblant d’organisation qu’on appelle abusivement parti parce qu’on aurait trouvé un donateur assez généreux pour en financer le lancement.

Ce genre de regroupement n’a d’existence qu’épisodiquement ,surtout au lancement folklorique avec le maximum de tapage, de fanfare, de tricots et casquettes au nom de ladite formation .La kermesse une fois terminée, les leaders retournent dans l’anonymat dont ils étaient sortis pour ne réapparaître qu’à la veille des joutes électorales, chacun sait pourquoi. Car, la Constitution qui a fait de l’animation de la vie politique une obligation pour les partis politiques n’a pas les moyens de les y contraindre ni de sévir en cas d’absence sur le terrain .En conséquence, nous avons une vie politique atone ,absolument morne pour la simple raison que les partis ou clubs électoraux ainsi formés n’ont rien à proposer qui puisse emballer les foules.

Les clubs électoraux

Avec une population à 90% analphabète, la notion d’idéologie a très peu de chance de mobiliser les énergies. Cependant il faudra bien rappeler que les 3 grands partis politiques des années d’avant et d’après l’indépendance ont réussi à mobiliser les masses. Le Prd, l’Udd et le Mdd avaient réussi à créer des fiefs solidement attachés aux trois grands leaders de l’époque: Sourou Migan Apithy Hubert Koutoukou Maga et Justin Tomety Ahomadegbé.

Le facteur ethno-régional avait joué un rôle important et déterminant dans la prééminence de chaque parti dans une région donnée. Le parti de Maitre Adrien Houngbédji ne s’appelle pas Prd par hasard puisque c’était le nom bien enraciné du parti du leader légendaire de l’Ouémé-Plateau, Sourou Migan Apithy dans l’Ouémé et une partie du Mono-Nord. C’est tout simplement une chance que le soit à la fois pour la république du Parti Républicain du Dahomey que pour le Parti du Renouveau Démocratique. C’est dire que le parti politique a son ancrage géographique et ses loyautés régionales grâce au phénomène connu aujourd’hui sous l’appellation “fils du terroir“. Ce n’est pas dans ces conditions-là que le programme de gouvernement aurait un sens pour le paysan d’Avrankou ou de Kétou ou d’Athiémé, de Grand-Popo ou le paysan de Parakou, Boukoumbé etc …

Ce petit pays Dahomey était bien quadrillé avec des éruptions de violences de temps en temps, des cases brûlées, des coups de machettes dans les périodes électorales. Nos pères ont fait ces guerres fratricides pour assurer la victoire de leur champion avec pour conséquence la perpétuation de la pauvreté et la persistance du régionalisme a travers le “fils du terroir”.

Il est aujourd’hui difficile à un parti du Sud d’aller faire campagne et de faire des scores significatifs au Nord. Le Prd de Maitre Adrien Houngbédji pourrait en témoigner .De même, amener un fils du Septentrion en pays Adja ou Pédah ou Xwla serait considéré comme une trahison quand il y a le fils de l’oncle ou de la tante qui est également en campagne pour sa propre élection. Dans ces conditions la notion même de nation reste une aimable et douce illusion qui risque de durer encore bien longtemps si nous ne révisons pas les concepts et leur contenu.

Aucun parti n’aura une audience nationale même aux conditions de la Charte des partis exigeant un certain nombre de membres fondateurs par département.

Au commencement était la Grèce antique

Les partis politiques ont peut-être toujours existé par le passé, depuis la Grèce antique mais ce qui est sûr c’est que la Rome antique avait déjà une démarcation assez nette entre les patriciens propriétaires des terres avec leurs maisons cossue de l’époque qui avaient déjà pour nom villa. Opposés à ces patriciens qui formaient prioritairement le Senat, il y avait le peuple des campagnes et des villes appelés, eux, les plébéiens. Le fameux discours de Marc-Antoine sur la dépouille mortelle de César baignant encore dans son sang montrait bien la fracture sociale de la société romaine, une fracture fondée sur la propriété de la terre. La recherche de la justice sociale et de l’équité sera la politique de redistribution des terres par les frères Gracchus combattus par les patriciens soucieux de retenir leurs titres de propriété sur leurs terres..

Mais c’est au 17e siècle anglais que la notion de parti va prendre son essor avec la noblesse et l’aristocratie foncière réunie autour du roi Charles 1 et les Puritains et le peuple de Londres écrasés par les impôts d’un jeune roi extrêmement dépensier, autour des grands leaders qui défendaient les intérêts du peuple contre l’arrogance de la Monarchie. Le conflit était désormais entre la campagne où le roi recrutait l’essentiel de ses forces et la ville de Londres représentée par les guildes et les ouvriers avec une forte hostilité pour la personne du roi qui sera capturé et décapité.

Il n’y a pas l’ombre d’un doute que la notion de parti avait un contenu économique. Plus tard pendant la révolution industrielle le contenu économique sera même plus accentué avec la noblesse terrienne interdisant l’importation du blé alors que les patrons d’usine luttaient au contraire au Parlement pour le “corn bill” c’est-à-dire en faveur de l’importation massive de blé d’Australie surtout pour nourrir les ouvriers des villes.

Le conflit campagne et ville a vu naître le parti Tory(Conservateur) et le parti libéral soutenant le “free trade”,c’est à-dire la liberté du commerce. Les deux grands partis auront leurs très grands leaders qui feront les beaux jours de l’art oratoire dans la politique anglaise, Gladstone pour le parti libéral et Disraeli pour le parti conservateur.

Les peuples africains n’ont donc pas inventé les partis politiques; ils les ont hérités des maîtres d’hier mais en exagérant comme d’habitude et en essaimant les partis politiques aux quatre coins de leurs pays réciproques sans apporter rien de substantiel au tissu social sinon les cadeaux à la veille des élections .

Quand on regarde un peu les pays de la taille du Bénin, avec une population presque égale comme la Suisse, Israël, l’Estonie, le nombre de partis politiques est très limité ,4 en Suisse,6 en Israel. On me dira qu’il y a les partis qui ne sont pas représentés au Parlement pour cette prise en compte dans les calculs. Alors pourquoi existent-ils si c’est pour faire de la décoration? Si l’on regarde les plus grandes démocraties, on en dénombre 5 au Canada et 2 grands partis majeurs aux Etats-Unis. Qu’il me soit permis d’oser cette comparaison avec la natalité: ce sont les pauvres qui font le plus de bébés par une aberration mentale ou morale comme ils ont eu une propension incontrôlable à créer des partis .Sur le plan des formations politiques c’est bien parce qu’elles ne nous coûtent rien que nous en créons autant parce que si lesdits ou supposés membres devaient payer leurs cotisations, très certainement, il y en aurait beaucoup moins.

Si donc nous nous arrêtions un instant pour redéfinir le parti politique comme “une association organisée qui rassemble des citoyens unis par une philosophie ou idéologie commune dont elle recherche la réalisation, avec comme objectif la conquête et l’exercice du pouvoir .C’est donc une organisation au service d’une idée”. Et c’est là que le bât blesse .Aucun de nos partis jusque là n’a jamais réussi à conquérir le pouvoir pour la réalisation d’une ambition. Ceux qui ont gouverné se sont formés en partis autour des hommes déjà arrivés au pouvoir, donc après coup. Une fois le pouvoir perdu, le parti tout puissant perd sa pseudo vitalité s’étiole, s’épuise et se disloque.

Or il est bien possible d’inverser cette tendance en revoyant le mode de formation des partis en repartant à la fondation de la société. Il y a deux réalités incontournables dans toutes sociétés les données immédiates de la conscience que personne ne peut discute ,l’individu et l’ensemble des individus formant la société.

Les grandes tendances au sein de la société

Le parti politique qui se formera en prenant l’individu et ses besoins fondamentaux comme objectifs de son combat couvrira toute l’étendue du territoire national en s’adressant à ces problèmes communs de logement, de nourriture de santé,d’éducation. Les 5 besoins fondamentaux sont les mêmes du Nord au Sud et il n’y a pas que le fils du terroir qui puisse apporter de l’eau l’électricité aux populations .La transversalité des problèmes transcendent nos considérations ethnocentristes. L’acteur politique sera toujours le bienvenu si son message est de satisfaire ces besoins fondamentaux de l’homme et d’assurer le développement humain, en apportant le minimum social commun. Voilà ce que j’appellerai le Parti Social ayant l’homme et son épanouissement comme sa raison d’être. Ce parti social est une aile de ce que je crois que l’échiquier politique doit être.

La deuxième réalité tout aussi importante est l’ensemble de la société qui forme comme un corps compact et agissant comme un seul homme en face d’autres sociétés en compétition pour la jouissance de la prospérité et ayant la sécurité collective comme souci pour assurer cette prospérité. Ses deux éléments sont la puissance économique qui sera protégée par la puissance militaire pour la défense de l’intégrité territoriale. Ce parti se battra pour la grandeur du pays, autonome dans ses décisions, prêt à se défendre en cas d’agression mais également prêt à contribuer par sa puissance militaire au maintien de la paix dans son voisinage et au-delà. Ce parti assurera la permanence du pays sur la scène internationale par une diplomatie efficace épaulée par une puissance économique et militaire qui impose le respect. Ce parti sera sourcilleux de son indépendance et de sa souveraineté dans ses prises de décisions sans pour autant faire cavalier seul. Une diplomatie dynamique et efficace au service des idéaux de grandeur et de puissance. permet de donner de la visibilité au pays flattant ainsi l’orgueil national de tous

Ce deuxième parti développera l’agriculture, l’industrie et tous les secteurs de la vie économique en veillant à une juste répartition des investissements et de la richesse pour maintenir l’unité et la cohésion nationale. On appellera ce parti le Parti national de Centre droit si l’on tient à le situer dur l’échiquier national l’autre étant au Centre gauche pour son libéralisme et son humanisme .On trouvera certainement d’autres dénominations peut-être plus romantiques plus flamboyantes ou plus évocatrices mais au contenu très clair.

Nos pays n’ont pas besoin d’avoir une kyrielle de partis mais deux gros partis axés l’un sur l’homme ,l’autre sur la nation comme son objectif.

Ce genre de bipartisme englobera en son sein toutes les sensibilités qu’on appelle “courants politiques” comme il y en a toujours eu dans le parti socialiste français ,le courant Rocardien de cogestion à la yougoslave ,le courant Chevènementiste souverainiste et franchement anti-Union européenne par exemple mais avec un bureau politique incorporant harmonieusement tous ces courants avec l’esprit ouvert sans pour autant jamais laisser les courants l’emporter sur le tout, car la partie ne peut pas être plus grande que le tout.

Le Benin était assez proche de ce bipartisme au début du Renouveau démocratique avec le Président Nicéphore D.Soglo faisant la politique la croissance économique selon les normes des Institutions de Bretton Woods qui sacrifiaient un peu l’homme producteur de richesse .Le Président Soglo avait réussi sa politique ,bien entendu avec l’aide de la communauté internationale qui avait fortement cru en nous. Un deuxième mandat lui aurait assurément permis de mettre le Bénin sur la rampe de lancement pour le “take-off” mais le génie béninois de torpille a mis un frein à ce qui avait si bien commencé. Deux mandats de Soglo ouvriraient la voix à l’alternance de Adrien Houngbédji qui viendrait rétablir l’équilibre social en faisant de la redistribution pour panser les blessures de la politique impitoyable de la croissance de son prédécesseur.

C’est un fait classique de l’économie que quand les services dépassent les ressources accumulées, il y a tension budgétaire qui ramène le pouvoir de la rigueur budgétaire au pouvoir et ainsi de suite dans ce mouvement de balancier qui assure au pays sa tranquillité et sa foi en son destin. L’alternance politique s’imposera d’elle-même avec les excès d’une politique ou de l’autre .

Les meilleurs exemples sont encore ceux de la Grande-Bretagne, des Etats-Unis et de l’Allemagne .Ce sont les modèles qui ont réussi qu’il faut imiter et non les expérimentations inutilement oiseuses.

Quand on observe bien tous les partis politiques des pays donnés en référence, leurs politiques tournent autour de ces deux termes, l’homme et son bonheur d’un côté et la nation et sa puissance économique et militaire face aux autres nations de l’autre.

Deux grands partis, pas plus !

Avec le bipartisme chacun se retrouvera dans l’idéal du parti de son choix. Il y a un texte de Saint Augustin commentant l’Évangile selon Saint Matthieu 20,17-28 dans Confessions XIII,9 où il dit que chaque corps cherche son point d’équilibre. Une fois le point d’équilibre trouvé il trouve le repos. Il vaut mieux le citer:” Un corps de par son poids tend vers son lieu propre…Si quelque chose n’est pas à sa place, il est sans repos mais quand il se trouve à sa place, il reste au repos”. Ainsi, quand on a trouvé le repos il n’y aura plus aucun besoin d’émigrer d’un parti à un autre. Ainsi aussi prendra fin la transhumance car chacun connaitra la coloration politique de l’autre comme autrefois avec nos pères qui avaient le sens de l’honneur pour risquer la réprobation universelle de fausseté et de malhonnêteté.

Avec deux partis politiques sur l’échiquier politique, l’un au pouvoir et l’autre dans l’Opposition, le jeu est plus sain, chacun connaît les siens et on est en confiance entre soi.

Le bipartisme n’est pas impossible au Bénin. Une réflexion systémique et plus persuasive est certainement nécessaire. C’est des théoriciens qu’on a besoin pour la réforme du système partisan et non des prestidigitateurs, et une bonne connaissance de l’histoire des autres pour pouvoir les imiter.

Une chose que l’observation des partis européens a permis de relever ,c’est c’est la tendance des partis à se dupliquer au lieu de fusionner pour former de gros partis. Au Canada par exemple, il y a 3 partis du Centre gauche A part le Parti libéral du Canada qui est au centre, le Parti conservateur du Canada qui lui est au Centre droit ,tous les autres partis sont au Centre gauche: le Nouveau parti démocratique, le Bloc québécois et le Parti vert du Canada sont tous au Centre gauche. On ne dira rien des partis provinciaux ni des partis aussi pittoresques que le Parti pirate du Canada, le Parti marijuana, le Parti rhinocéros ou même le Parti de l’héritage chrétien du Canada.

Le seul pays où on a trouvé quelque chose qui ressemble à l’exception africaine est en Lituanie où il y a le Parti des retraités, le Parti de la résurrection, le Parti des Polonais, le Parti des Russes. Mais la Lituanie est un contre-exemple au modèle sérieux que nous cherchons à construire au Bénin pour mieux maîtriser le jeu politique chez-nous.

Je salue l’entrée dans le débat sur la réforme du système partisan de mon ami et collègue Amoussou -Yéyé professeur de psychologie à l’UAC mais surtout de l’ancien cadre des structures de la Renaissance du Bénin.Je ne doute pas un seul instant qu’il apportera un regard scientifique et technique sur le fonctionnement interne des partis politiques pour enrichir le débat

René Ahouansou

Professeur de littérature et civilisation américaines

Ancien secrétaire général de la Commission nationale pour l’Unesco

Commentaires

Commentaires du site 1
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    Napoléon1 Il y a 2 mois

    Une bonne réflexion à prendre au sérieux pour la réforme Partisane. Je persiste et signe que deux au plus suffisent pour mener á bon port la politique dans notre pays.