Bénin : Plaidoyer pour plus de rationalité dans la gestion des affaires publiques

Bénin : Plaidoyer pour plus de rationalité dans la gestion des affaires publiques

C'est désormais une cruelle évidence que cinquante-huit ans après son indépendance, le Bénin reste un pays qui n'a toujours pas réussi à trouver ses repères.

Soutien à Patrice Talon: Les 3S des CCC se mobilisent autour du PAG

Le socialisme marxiste-léniniste du PRPB, a pu un temps nous donner le sentiment que nous avions trouvé la voie juste. Le parti occupait le terrain, et tous les aspects de la vie politique, économique et sociale étaient occupés et organisés.

Mais l’excès de zèle de l’avant-garde dite révolutionnaire, a fini par nous faire perdre de vue que la politique est faite pour les hommes et non les hommes pour la politique. La leçon du Printemps de Prague de 1968 d’un socialisme à visage humain des marxistes tchèques, n’a pas trouvé son chemin dans les esprits ici chez-nous. Très certainement, le schéma d’un socialisme de ce type n’ayant pas eu le temps de se mettre en place, n’a convaincu personne qu’on puisse trouver autre chose entre le socialisme africain des Julius Nyerere et le marxisme-léninisme pur et dur des Brejnev, ou le maoïsme chinois. Aujourd’hui, la Chine post-Mao a trouvé sa voie entre l’idéologie et l’efficacité économique. De même que la Russie depuis l’éclatement de l’URSS.

Pendant ce temps, où en sont les pays africains, anglophones, francophones, lusophones ? A vrai dire nulle part, si ce n’est d’être à la remorque des modèles de pensée qui changent aussi vite que les modes vestimentaires. Que sont devenus le NEPAD, le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), l’UA? Le débat sur le CFA a agité un peu les esprits, puis semble avoir perdu de son souffle ou de sa pertinence.

Et le Bénin dans tout cela ? Où va-t-il sous La Rupture? Nous avons assisté à deux années d’une gouvernance totalement stérile de Patrice Talon, et nous sommes entrés de plain-pied dans les trois dernières années, sans trop savoir de quoi elles aussi seront faites.

Il serait fastidieux de revenir sur la morosité économique et la crise sociale d’ampleur, matrice d’une crise de confiance qui aurait dû susciter de la part de dirigeants plus concernés par le bonheur de leurs concitoyens, une inflexion rendue nécessaire par le décrochage des populations qui ne croient plus du tout en leurs leaders.

On a atteint le comble du ridicule le 28 avril dernier, avec la soi-disante marche de soutien du PRD à Patrice Talon, à qui on tresse des lauriers pour la stérilité et la nocivité de sa gouvernance antisociale, antidémocratique et totalement irrationnelle, faite de violations quotidiennes de notre Constitution et de la mise aux ordres de la justice et de la police, abusivement appelées républicaines, comme si le Bénin était tombée sur la tête…

Quand on parle d’une gouvernance irrationnelle, c’est vraiment qu’elle va à contresens de ce que le bon sens aurait dicté. Que disent les indicateurs économiques ? Un pays en bonne santé économique ne se traîne pas péniblement comme un patient anémié qui aurait besoin de perfusions multiples, pour tenir debout sur ses jambes. Les appels presque hebdomadaires de fonds sur le marché monétaire ouest africain, ne sont pas signe d’une santé économique à toute épreuve, car l’endettement extérieur croissant de notre pays est symptomatique de l’incapacité de l’Etat à mobiliser l’épargne intérieure, qui soit n’existe pas, soit ne veut pas prendre le risque d’une aventure économique sans lendemain.

Normalement, si ce gouvernement avait l’adhésion des entrepreneurs nationaux, ce n’est certainement pas à l’extérieur qu’il irait négocier ce prêt de soixante milliards de francs, pour certains aspects du PAG. L’enthousiasme et la fierté nationale nous auraient interdit d’aller crier notre pauvreté et notre misère sur la scène internationale. Cette mauvaise publicité qu’on se fait, n’est d’ailleurs pas de nature à rassurer d’éventuels investisseurs. A combien se chiffrent aujourd’hui nos emprunts obligataires ? Nous avons, me semble-t-il, des banquiers qui devraient périodiquement nous faire le point et nous situer sur la direction qu’on prend, si elle est porteuse d’espoir de développement ou d’un endettement qui mettrait le Bénin dans une situation d’insolvabilité comme la Grèce.

Nous entendons que des milliards sont accordés à des pays voisins comme la Côte-d’Ivoire, pour le soutien à des secteurs précis de son économie, parce que ces pays-là rassurent par leur capacité de remboursement. La Côte-d’Ivoire a une carte de visite impressionnante, avec ses 40% de la richesse de l’UEMOA. La solvabilité d’un État autre qu’un État voyou comme le Bénin, est un facteur de crédibilité.

Le Bénin n’a malheureusement pas cette crédibilité, avec une gestion que le peuple dans sa très grande majorité, trouve mafieuse. De quelle respectabilité peuvent-ils se prévaloir pour inciter les investisseurs étrangers à s’intéresser à notre pays? S’ils ne l’ont pas à l’intérieur ce n’est pas à l’extérieur qu’ils l’auront.

La santé économique se manifeste par des créations d’emplois dans tous les secteurs, dont l’ensemble redonne joie et confiance au monde du travail. Ce retour de la confiance fait bouger toute la société dans le sens des initiatives privées, de réalisation de projets personnels comme dans le bâtiment. Il est un dicton selon lequel quand le bâtiment va, tout va. Chacun peut facilement imaginer tous les corps de métiers qui interviennent dans le bâtiment, avec comme corollaire la redistribution de la prospérité nationale.

Avec une masse monétaire abondante en circulation dans l’économie, la petite économie de quartier reprend vie. Il n’y a pas un seul secteur de la vie sociale qui ne soit pas impliqué dans ce mouvement national vers la prospérité. Le capitalisme des petits épargnants élargit la base de la richesse nationale.

Il faut regarder l’essor économique de la Chine post-Mao, pour s’en convaincre. Le commerce avec la Chine n’avait jamais été aussi florissant et aussi dynamique. Dans les années 1970-80, notre commerce se faisait prioritairement avec l’Europe occidentale, quelque peu avec le bloc soviétique, mais aujourd’hui sauf erreur, la Chine s’impose dans nos relations commerciales, tous domaines confondus.

Mais je ne maintiendrais pas cette tendance d’importations intensives de toutes sortes de biens, si j’étais un économiste ayant une vision de développement pour mon propre pays. Tous ces articles chinois que nous importons devraient pouvoir être fabriqués chez-nous ici au Bénin pour la sous-région en attendant de pouvoir fabriquer sous licence, les motos chinoises, coréennes et plus tard des voitures. La Chine était la capitale du vélo mais aujourd’hui, les voitures ont chassé les deux roues dans les rues et sur les routes chinoises. Ce n’est pas un rêve, ni une douce utopie.C’est l’évolution normale du développement économique. L’Afrique et le Bénin n’ont pas vocation à être seulement agricoles.

Ce n’est un secret pour personne que depuis les années 1960, l’Afrique était présentée comme le continent de l’avenir avec sa grande superficie et sa population jeune qui augmente à un rythme soutenu. Les entreprises étrangères auraient tout à gagner en se délocalisant en Afrique, où la main d’œuvre n’est pas et ne sera pas chère avant bien longtemps. Pourquoi le Maroc attire-t-il les grands groupes industriels comme l’avionneur canadien Bombardier ? La formation technique de qualité supérieure et non artisanale comme dans le reste de l’Afrique est la réponse.

La réflexion stratégique doit se faire au plus haut niveau de décision, et ce n’est pas “Talon 10 ans ou 5ans + 7ans “ qui contribuerait à cette réflexion, ni les débats spéculatifs totalement inutiles de révision de la Constitution. Aucune constitution n’a jamais développé un pays si les investissements adéquats ne se font pas.

On se rappellera que la Corée du Sud s’est développée en moins d’une génération sous le régime du général Park Chung Hee, qui n’était pas un tendre mais parce que la réflexion stratégique de développement y a été menée et que les capitaux américains se sont rendus disponibles dans l’effort géostratégique de lutte contre le Communisme. Cf les doctrines de Truman et d‘Einsenhower.

Ici en Afrique négro-africaine, que faisons-nous de cette réflexion stratégique de développement? Rien ! Nous sommes plus intéressés par les manipulations électorales que par les investissements en vue de donner le pain et le gîte à nos populations.

Notre manque de coordination donnerait facilement raison aux suprématistes blancs que le Nègre est resté un grand enfant qui rit à gorge déployée de tout et laisse passer les occasions de prendre son destin en mains. Si l’on veut une bonne preuve de manque de coordination, il n’y a qu’à voir l’acharnement avec lequel on a déguerpi et détruit le petit commerce de quartier dans les villes du Bénin, surtout à Cotonou.

Si l’on considère le besoin de mobiliser l’administration qu’on voulait une administration de développement, on comprend mal le mépris, la désinvolture, l’arrogance avec lesquels les grèves des travailleurs sont traitées.

Vouloir faire de l’éducation le fer de lance d’une politique de décollage économique et étouffer l’école et l’Université n’a pas de sens. On peut multiplier les exemples à l’infini. C’est à ne rien comprendre à la logique de ceux qui nous gouvernent!

Le Bénin a besoin d’une nouvelle classe politique pour penser et conduire son développement en coordination avec les autres États de l’UEMOA et de la CEDEAO pour plus de cohérence et une plus grande intégration de nos économies. Ce n’est certainement pas ceux qui nous gouvernent actuellement qui confondent aussi allègement le droit avec son contraire et font litière des aspirations permanentes des populations à leur bien-être et à leurs droits de citoyens libres qui en seraient capables. Ils ont eu amplement le temps de nous montrer leurs limites, pour ne pas dire plus.

L’eau, l’électricité, la route oui, mais l’école et la paix sociale ne sont pas un luxe. Ces lignes, sont écrites le 1er mai qui représente la fête du travail. Si l’on considère que le Bon Dieu Lui-même a été le premier travailleur qui a tout créé et a fait de l’homme le garant de Sa création par son travail, ceux qui nous gouvernent auraient plus de respect pour les travailleurs et traiteraient leurs doléances avec célérité et respect. C’est le travail qui perpétue la société, pour la satisfaction de tous et de tous les besoins. Mon Dieu, beaucoup n’ont certainement pas été à l’école parmi ceux qui nous gouvernent, ou alors ils n’y ont rien appris. Les poèmes sur la noblesse du travail sont légion, pourtant. Quand ce ne serait que la fable bien connue de La Fontaine.

Pour conclure, je dirai qu’une définition fine des priorités est nécessaire et indispensable. L’économie passe au premier rang, en ceci qu’elle crée la richesse qui sera redistribuée dans les services sociaux. Et l’économie ce ne sont pas des discours et des séminaires repris année après année pour faire du surplace. Je citerai encore et encore ce bréviaire de James Rostow, intitulé “Les Cinq étapes de la croissance”, autour duquel nos gouvernants devraient se réunir en séminaire pour savoir quoi faire du pouvoir qu’ils ont. Deux ans pour ne rien faire, c’est le signe d’une extrême pauvreté intellectuelle, quand on a déjà tout tracé pour vous dans Bénin Alafia 2025, et autres documents de stratégies de croissance et de réduction de la pauvreté. On peut y apporter sa touche personnelle, mais on ne fera pas ce travail grotesque de Sisyphe, à vouloir tout recommencer par mégalomanie

René Ahouansou

Professeur de littérature et civilisation américaines

Ancien secrétaire général de la Commission nationale pour l’Unescos

Ancien secrétaire général de commission del’Unesco

Commentaires

Commentaires du site 13
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    Impulser un changement sur les habitudes au Bénin, implique forcément que les responsables à tous les niveaux : parents, leaders, etc., soient eux mêmes des modèles, parce l’exemple vaut mieux que tout bavardage. On n’a jamais changé le monde en disant seulement aux autres ce qu’il fallait faire. On n’a aussi jamais réussi à faire changer les mentalités sans que les leaders eux mêmes ne pratiquent ce qu’ils recommandent.

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    Joe l'embrouille Il y a 2 semaines

    Beaucoup de remontrances, mais peu de propositions. La critique est aisée, l’art est difficile.

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    OLLA OUMAR Il y a 2 semaines

    Qu’il est dense ce professeur René Ahouansou , je ne me lasserai jamais de me délecter de ses tribunes trés instructives .
    Ces cours en amphi devraient faire le plein des étudiants .
    Oui professeur , et.cela je l’ai toujours dit sur ce forum , le developpement a sa base , son essence , son ADN , dans ce que Rostov a écrit depuis des années , et qu’il définit en 5 étapes , surtout d’actualité dans nos pays africains , avec des micros états , pour des minis-marchés, avec des douteux chefs d’état, aux cervelles de moineau comme ce talon du benin , qui ne comprend rend aux enjeux de développement efficace , tout extraverti et de manière inefficace et avilissante pour notre benin .
    Désespérant 

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    Le développement du Bénin ne sera jamais isolé de celui des autres pays de sa sphère géographique comprenant tout au moins l’espace CEDEAO  étendu aux pays d’Afrique Centrale.
    Ce dont cet ensemble a besoin est un secteur industriel produisant l’essentie de ses besoin de consommation.

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      Dans les prochaines années si chaque pays ne s’interesse qu’a son marché local en important l’essentiel de ses besoins de consommation, rien ne sera fait. Bien que présentant des aspects à améliorer, notre système éducatif actuel a produit des agents économiques pouvant assurer son développement. Ce qui nous manque, c’est une vision de développement objectif, mise en place par un leader qui ose ce qui pourrait être considéré comme impossible aujourd’hui.

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        Arrêter et jeter en prison des personnes ayant détourné les deniers publics ne fera pas le développement de nos pays. Ce ne sont pas non plus les considérations philosophiques ou autres comme le “changement de mentalité” qui de manière absolue fera notre développement. Le changement de mentalité sera une conséquence de notre développement économique.

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    Jojolabanane Il y a 2 semaines

    Bof
    Rien d’objective

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    GbetoMagnon Il y a 2 semaines

    Erreur mon cher. Je vous invite à considérer que vous n’avez, vous rien compris. out est dit et bien de surcroit. L’article quoiqu’orienté politiquement reste intellectuellement honnête.

    Le bilan sur 58 ans
    traite solidairement les incuries de TOUS les dirigeants depuis les indépendances et celles de la classe politique béninoise (“Le Bénin a besoin d’une nouvelle classe politique…penser et conduire son développement”).
    Qu’il interroge les années à venir tombe sous le sens.
    J’adhère à l’idée que l’éducation et une part plus belle à la formation technique supérieure (savoir faire), permettrait d’échapper à l’impuissance des rhéteurs et autres beaux parleurs.
    Personnellement je pense :”sécurité, agriculture, santé et investissements”, avec sur les moyen et long termes “une définition fine des priorités…nécessaire…”.
    Quant à la borne intellectuelle qui a fait souche dans l’esprit de ceux qui ont grandis sous la révolution (“du passé faisons table rase”), dont les pulsions du préfet TOBULA sont la caricature : “pas ce travail grotesque de Sisyphe, à vouloir tout recommencer”. Je n’aurais pas pu mieux dire.

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    Réflexion stratégique de développement, l’expression est belle. Mais si on veut être réaliste, l’homme africain moderne semble avoir de gros problèmes avec deux concepts, la réflexion et la stratégie. Faut donc pas lui parler de réflexion stratégique de développement. Cet homme qui mesure toujours le développement au nombre d’immeubles de grande hauteur dans nos villes, à la qualité de nos parcs automobiles… Bref, le chemin est long mais nous ne perdons pas espoir. La vraie rupture finira par avoir lieu

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    Le Benin a tout (cerveau, terre, ressources en eau etc) pour aller de l’avant, mais le premier ennemie du Beninois, c’est lui-meme. Il cherche tout le temps, quand il est en haut, a’ toujours se venger de son frere (soeur) en le tirant completement vers le bas.

    La suite, on la connait, au lieu de batir pour les generations a’ venir, quand un autre dirigeant vient a’ la tete du pays, apres le depart du predecesseur, il est oblige’ de tout reprendre a’ zero. Vu cet etat de choses, le pays ne peut jamais evoluer.

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      Il n’est pas obligé de tout reprendre à zéro. C’est plutôt leur médiocrité congénitale qui les empêche de savoir séparer le bon grain de l’ivraie et de bâtir sur l’existant

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    Alban Avougnakou Il y a 2 semaines

    Vous n’avez rien dit on cher. Votre plume n’apporte rien au Benin. Vous avez fait des comparaisons inutiles. Notre pays a enclenché son développement.