La Nouvelle Tribune

En pleine période de révision constitutionnelle: Azannaï lâche Talon

Il a fini par jeter le froc aux orties. Le ministre délégué auprès du Président de la république chargé de la défense Candide Azannaï, a déposé hier matin au cabinet du Chef de l’Etat sa démission, mettant ainsi fin à presque une année de collaboration difficile. Retour ici sur une démission à la fois historique et mystérieuse.

Comme il est de coutume ces derniers temps à Cotonou, c’est des réseaux sociaux qu’est partie l’information sur la démission de Candide Azannaï. Postée sur sa page facebook en fin d’après midi, l’information a été vite assimilée aux rumeurs abondantes que colportent les réseaux sociaux. Mais contrairement à ces rumeurs qui finissent toujours dans la poubelle, celle de la démission de Candide Azannaï s’est avérée vraie. Passée la courte période du doute, de l’agitation de la thèse du piratage de son compte facebook, on s’est vite rendu à l’évidence d’une information sérieuse. Et c’est son suppléant Guy Dossou Mitokpè qui en donne la certitude en relayant la même information sur sa page facebook, et en confirmant l’information à certains confrères.

« Face aux derniers développements de l’actualité politique dans notre pays, j’ai décidé de remettre ma démission du gouvernement. La lettre de ma démission dans laquelle j’ai prié Monsieur Patrice Talon, président de la république, Chef de l’Etat, Chef du gouvernement d’accepter ladite démission … », a écrit succinctement celui qui était jusque là le ministre délégué à la défense du gouvernement Talon depuis le 06 avril 2016.

En début de soirée, on a fini par joindre un de ses proches collaborateurs qui a confirmé cette démission en même temps qu’il nous a informés de sa convocation à la présidence de la république, pour une réunion de crise. Il n’y a donc pas plus de doute à avoir : Azannaï a bel et bien démissionné. Les mêmes sources racontent que le Chef de l’Etat qui a convoqué la réunion de crise à cet effet n’aurait pas accepté cette démission.

La révision de la constitution, la pomme de discorde

Depuis plusieurs mois déjà, on soupçonnait {accessText} un malaise entre Patrice Talon et son ministre délégué à la défense. Bien qu’enfermé dans le mutisme, le visage de Candide Azannaï cachait à peine sa déception et son opposition à certaines choses. Sur le dossier du déguerpissement des espaces publics, on l’a vu montrer quelques générosités et solidarité vis-à-vis des victimes des déguerpissements sauvagement par le gouvernement.

Une posture différente de celles des autres membres du gouvernement qui n’ont pu rien dire face à cette opération inhumaine. Sur plusieurs dossiers, racontent des sources concordantes, Candide Azannaï ne partage pas les options du gouvernement. On le sentait « isolé » dans un gouvernement où il a de moins en moins les coudées franches. La mésintelligence avec le garde des sceaux n’a pas arrangé la situation. Ce dernier a, quant à lui, pris des galons et compte aujourd’hui parmi les plus proches collaborateurs du Chef de l’Etat. Mais la goutte d’eau qui a fait déborder le vase est le projet de révision de la constitution. Selon une source proche de lui, il n’a pas digéré le fait de n’avoir pas été associé à la conception du projet. Mieux, il en récuse l’opportunité.

« En un moment de crise, l’urgence doit être accordée à la résolution des problèmes des populations », aurait-il confié à ses proches.

Ce mécontentement est doublé du fait que c’est son rival politique qui aurait confectionné le document, en intelligence avec quelques membres du cabinet du Chef de l’Etat. Cette démission ouvre la voie à une crise politique qui risque de faire trembler le régime. Dans un contexte politique marqué par une phobie des hommes politiques à s’opposer à Talon, une démission peut être un déclic. Plusieurs personnes pourraient trouver l’assurance et les moyens psychologiques nécessaires pour démissionner ou s’opposer à Talon. Il affaiblit du coup la cohésion du gouvernement et plonge la république dans une crise politique. {/accessText}