La Nouvelle Tribune

Lettre ouverte: Réalisation de la Liste Électorale Permanente Informatisée (Lepi)


Excellence Monsieur le Président de la République,
Le rapport des experts a présenté deux grandes catégories de technologies: celle des kits biométriques et celle des fiches optiques OMR.
Il importe de préciser que la fiabilité, la transparence et le niveau de sécurité de chacune de ces technologies est prouvée et reconnue par les auteurs du rapport. Si la première a été utilisée au Congo démocratique, au Togo,..., la deuxième a fait ses preuves en Zambie, au Malawi ...
Les critères qui devraient déterminer le choix de l’une ou l’autre technologie restent donc les avantages comparatifs que sont: la compatibilité avec nos réalités endogènes, la possibilité d’utilisation intégrée et ultérieure et le coût.
Dans le cas de kits biométriques, il s’agit de faire transporter sur le terrain par chaque agent recenseur un ensemble composé de: un ordinateur portatif pour saisir les données personnelles et nominatives des impétrants, un scanneur d’empreintes digitales et un appareil photo numérique pour recueillir les données biométriques, batteries de rechange ou groupes électrogènes pour les régions dépourvues d’électricité ou en cas de coupure d’électricité.
Toutes les données recueillies seront convoyées vers un centre national de traitement qui, après dédoublonnage et apurement, constitue la base de données, et édite les listes électorales. Par la suite, on commandera les cartes d’électeurs qui seront retournées sur le terrain pour être distribuées à leurs destinataires.
Cette opération, achat et location de kits compris, revient selon les auteurs mêmes du rapport à un coût total de: 5,5 milliards F CFA environ.
En ce qui concerne les fiches OMR, le mode d’utilisation est le suivant: les agents recenseurs vont sur le terrain avec des fiches optiques spéciales dites OMR munies chacune d’un identifiant unique, donc impossible à falsifier, auxquelles sont joints un appareil photo numérique et son imprimante. Les données personnelles et nominatives des postulants sont transcrites au crayon sur les fiches, leurs empreintes biométriques sont recueillies sur la fiche OMR, à laquelle est déjà intégrée la carte d’électeur. Chacun retire donc sur place sa carte d’électeur sécurisée et plastifiée comportant sa photo et son empreinte digitale.
Les fiches sont ramenées au centre national de traitement et passées dans des scanners spéciaux de très forte capacité qui peuvent lire et stocker les données de milliers de fiches en une journée. Il est ensuite procédé au dédoublonnage et à l’édition des listes électorales.
Tout le matériel utilisé (scanneurs, ordinateurs, imprimantes, logiciels, licences,) est fourni par le prestataire et reste la propriété du Bénin au terme du processus. Mieux, il est possible d’intégrer dans ce système la gestion des candidatures, la gestion des résultats. On peut également l’adapter à des utilisations autres qu’électorales.
C’est cette dernière technologie, conçue et fournie par les Sud africains qui avait obtenu l’adhésion à l’époque du Ministre de la Justice, Me Abraham Zinzindohoue du Sap/Cena, M. Athanase Lanwogni et de l’Assistant de Votre Directeur de Cabinet devenu entre temps votre Conseiller Technique, M. Eric Adja qui, après l’avoir visitée et observée à l’oeuvre, ont estimé qu’elle était la plus appropriée pour réaliser tant le Ravec que le Rena
Toute cette opération devait revenir il y a deux ans à environ 5 milliards et demi de francs CFA pour une population électorale estimée à 4,5 millions, avec une marge d’erreur de +596.
Au vu de tout cela, on peut se demander sur quelles bases objectives se fondent le choix technologique opéré dans le rapport des experts.

A t-on besoin de 16 milliards pour réaliser la Lepi ?
Excellence Monsieur le Président de la République,
La réponse à cette question se trouve bien entendu dans le choix méthodologique et technologique qui sera fait.
Mais, la raison voudrait qu’on opte pour la technologie des fiches OMR qui, non seulement permet d’acquérir définitivement le matériel, mais évite également d’affecter des fonds séparés à l’établissement et la distribution des cartes d’électeurs (1572 000 000 francs CFA prévus) et dispense enfin de recourir à une certaine opération dite cartographie censitaire et recensement ménage par ménage censée coûter 2 milliards de francs CFA.
Ainsi donc, sans avoir touché à d’autres rubriques qui pourraient être revues à la baisse ou purement et simplement supprimées, on aura déjà économisé près de 3 milliards et demi de francs CFA.

Qu’en est il enfin de la possibilité de réaliser la Lepi avant 2011 ?
Excellence Monsieur le Président de la République,
Mon point de vue sur cette question se trouve clairement exprimé dans mon ouvrage où on peut lire ceci: « ... Cependant, il faudrait se garder de confondre vitesse et précipitation. Car, avec le cadre législatif et réglementaire actuel du Bénin, il serait difficile, voire impossible qu’une Lepi fiable soit réalisée dans ce délai... ».
En effet, réaliser une Lepi fiable avant 2011 suppose d’abord de régler la question des articles 11 et 15 de l’actuelle loi électorale comme l’ont si bien souligné les auteurs du rapport. Il faudra même revoir l’article 10 en ce qui concerne le Système d’information Géographique (S.I.G) qui ne peut pas être réalisé de si tôt dans la forme que préconise la loi.
Or, l’institution qui doit procéder à ces révisions est l’Assemblée Nationale et ce serait pratiquer la politique de l’autruche que de ne pas voir la crise qui oppose aujourd’hui la frange majoritaire du Parlement à Votre gouvernement. Dans ces conditions, est il réaliste d’espérer que les députés donnent leur quitus à ces réformes assez tôt pour atteindre l’objectif de la Lepi pour 2011 ? Rien n’est moins sûr. Et dans le cas d’espèce, la prise d’une ordonnance serait rien moins qu’un suicide collectif pour tous les Béninois.
C’est d’ailleurs pourquoi, je conditionne dans mon ouvrage la réalisation de la Lepi entre autres, à « un plaidoyer civil et politique sérieux et sincère pour obtenir l’adhésion du peuple, convaincre les décideurs politiques de la nécessité de réviser le cadre juridique électoral et faire participer au projet toutes les forces sociales et politiques... ».

Ma proposition
Excellence Monsieur le Président de la République,
Permettez moi encore une fois de me référer à mon ouvrage qui dit ceci: « ... En effet, l’idéal aurait été de mener assez rapidement à son ter me le Recensement Administratif à Vocation Etat Civil (Ravec), puis de s’en servir comme passerelle pour réaliser une Liste Électorale Permanente Informatisée (Lepi) qui sera régulièrement mise à jour avant chaque échéance électorale.
A défaut, il faudra se contenter d’une L.E.1 pour 2011 et poursuivre le RAVEC après les élections de 2011 en vue de réaliser la Lepi  pour 2013.
A moyen ou long terme, on pourra introduire les Ntic dans tout le système électoral ».
Il est évident aujourd’hui que la pertinence de la Lepi est unanimement reconnue par toutes les forces politiques et civiles du Bénin. C’est sur les méthodes et les conditions pour y aboutir qu’il y a des résistances.
Le véritable problème qui se pose actuellement est le manque de confiance des acteurs politiques de l’opposition parlementaire dans les mécanismes et structures mis en oeuvre pour la réalisation de la Lepi.
Dans ces conditions, il est préférable de s’abstenir, car le préalable essentiel pour la réussite de l’opération de manière fiable est crédible est précisément la confiance de tous les acteurs.
L’objectif principal de la Lepi est de réduire les fraudes électorales et de rationaliser un peu plus l’organisation des élections.
Cet objectif peut également être atteint à titre provisoire par la Lei. Ce qui permet de mettre le temps à profit pour asseoir toutes les conditions requises en vue de la poursuite du processus plus tard, en amenant tout le monde à adhérer et participer au Ravec dont la finalisation constitue le seul et véritable tremplin idéal pour une Lepi  effective.
Cette option (la LEI) ne nécessitera même pas un toilettage profond de l’actuelle loi électorale. Il suffira d’acquérir à temps la technologie appropriée et de rendre la Cena permanente ou à défaut, de l’installer un peu plus tôt que d’habitude (6 à 8 mois avant le mois prévu pour les élections).
Le processus devant se poursuivre par la suite et non reprendre à zéro, on pourra encore réaliser des économies plus substantielles pour l’avenir.
D’aucuns disent que les partenaires au développement n’entendent financer que la Lepi  et rien d’autre.
C’est leur droit le plus absolu et il faut le leur concéder.
Mais, je suis convaincu que dans leur mission d’accompagnement des actions du gouvernement du Bénin, ces partenaires comprendront que Vous leur demandiez un peu plus de temps, afin d’offrir plus de garanties à une utilisation plus rationnelle de leurs fonds. Pour l’heure je ne doute pas que le Bénin est parfaitement capable de puiser dans ses ressources propres pour financer la LEI et le Ravec  en attendant la LEPI.
D’ailleurs, ne serait ce pas parce qu’ils sentent que le Bénin n’est pas encore prêt que nos partenaires privilégiés, notre « mère patrie » la France, a réservé son adhésion au financement de la LEPI pour plus tard, selon révolution du processus ?

Excellence Monsieur le Président de la République,
L’histoire retiendra que Vous avez été le premier Chef de l’Etat béninois à avoir pris à bras le corps les réformes que nécessite le système électoral du Bénin en général et la réalisation de la Lepi  en particulier.
Ne tombez pas dans le piège de la précipitation et du passage en force sur ce dossier hautement sensible et déterminant pour tout Votre peuple et pour les générations à venir.
Sur ce, je Vous prie de recevoir, Excellence Monsieur le Président de la République, tous mes voeux  de succès et l’expression de ma très grande déférence.

Clotaire A. Olihidé
Diplômé de l’école Nationale d’Administration Spécialiste des questions électorales