La Nouvelle Tribune

Bénin : 4 millions d’électeurs aux urnes pour départager «continuité» et «rupture»

Pour la septième fois depuis l’avènement du Renouveau démocratique en 1990, les Béninois se rendent aux urnes pour choisir leur président de la République. Il s’agira d’élire le quatrième président de l’ère post-conférence nationale, en désignant un successeur à Thomas Boni Yayi dont le second mandat prend fin le 5 avril prochain. Enjeux et suspense.

Qui, pour succéder à Thomas Boni Yayi ! Ce dimanche 06 mars, plus de 4 millions d’électeurs béninois (4.726.923) se rendront au vote dans le cadre du premier tour de la présidentielle de 2016.  Répartis dans 13.701 bureaux de vote, les électeurs devront départager 33 candidats. C’est la septième élection présidentielle depuis l’adoption du Renouveau démocratique, à l’issue de la Conférence nationale de février 1990.  Initialement prévu pour le 28 février dernier, le premier tour du scrutin a été reporté au 06 mars à cause du retard dans la confection et la distribution des cartes d’électeurs. Ils sont appelés à choisir entre la «continuité» et « rupture ». Le premier camp prône  la pérennisation de l’héritage politique de Boni Yayi, la consolidation de ses acquis et l’amélioration de ses réalisations. Le second penche pour la « rupture » d’avec la mal-gouvernance à la tête du pays depuis maintenant 10 ans ainsi que les tares que traine le pays depuis 1990. Pour le Bénin, le principal enjeu de cette élection est la consolidation de son processus démocratique et la préservation de sa stabilité politique, retrouvée depuis le grand rendez-vous de l’hôtel Plm Aledjo.

Frank Underwood à Cotonou

Dans un autre registre, cette élection est un autre round, le dernier sans doute, du long bras de fer politico-juridique entre le président Boni Yayi et son ancien ami et soutien financier, Patrice Talon. Présumée victime et présumé bourreau des affaires empoisonnement et coup d’Etat s’était déjà mesurés sur le ring électoral lors des Législatives. Patrice Talon, grand soutien financier et stratège des candidats anti-révisionnistes (de la Constitution) l’avaient emporté sur Boni Yayi dont les partisans étaient qualifiés de révisionnistes. Mais il y a eu des bouleversements entre les législatives du 26 février et la présidentielle de mars 2016. D’autres acteurs sont entrés dans le jeu à visage découvert. Des partis et leaders politiques, opposés à Boni Yayi pour les législatives ont fini par s’allier à la candidature de Lionel Zinsou, dauphin de Boni Yayi. D’autres soutiennent des candidats autres que le magnat du coton.  Globalement, en dehors des invectives du Président de la République, très impliqué dans la campagne au profit de son dauphin, la campagne électorale qui prend fin ce jour s’est bien déroulée. Cinq favoris se dégagent des 33 personnalités, dont deux femmes, en lice. Ce sont Pascal Koupaki, Abdoulaye Bio Tchané, Lionel Zinsou, Patrice Talon et Sébastien Ajavon. Lesquels des cinq passeront pour le second tour ? Aura-t-on un second tour ? Si non, lequel d’entre eux pourra se faire élire dès le premier tour? Entre continuité et rupture, dysfonctionnements dans la distribution des cartes d’électeurs et la psychose de fraude, pour cet épisode du «House of Cards» en terre béninoise, les populations attendent ce qu’il adviendra dès la soirée du dimanche 06 mars.