La Nouvelle Tribune

Réclamation de trésors culturels, le grand coup du Bénin en 2016

L’année 2016 prend fin avec son lot de faits marquants. Au Bénin, dans le secteur de la culture,  2016 est retenu comme l’année de l’audace béninoise avec la requête du gouvernement béninois réclamant à la France, « des trésors royaux d’Abomey emportés lors des conquêtes de novembre 1892 ». Retour sur un fait  marquant qui dès l’annonce en juillet, a  suscité beaucoup de réactions.

«4ème dossier important, le retour au Bénin des trésors royaux d’Abomey emportés lors des conquêtes de novembre 1892. Le conseil a instruit le  ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération  et le ministre du Tourisme et de la Culture à engager les négociations avec les autorités françaises et l’Unesco pour le retour au Bénin de ses biens culturels. Les deux ministres rechercheront toutes les compétences nationales et étrangères susceptibles de contribuer au recensement approfondi de tous les biens royaux emportés et répartis dans les musées à l’étranger et dans les collections privées ».  Annonce faite, dans la soirée du mercredi 27 juillet 2016 par Pascal Irenée Koupaki, Ministre d’Etat béninois Secrétaire Général à la Présidence de la République dans son point de presse sur les sujets clés du Conseil hebdomadaire des ministres dirigé de main de maître par le Président Patrice Talon. Innocemment ou à dessein, le gouvernement béninois jette ainsi un pavé dans la mare. Pendant plusieurs semaines, le sujet autrefois tabou voire passé sous silence sera au cœur des débats sur les réseaux sociaux, dans les médias locaux et internationaux.

Le grand débat culturel

Si on s’en tient aux explications données par les autorités béninoises, loin d’être fantaisiste ou un coup d’éclat dans un contexte de panafricanisme passionné, cette réclamation s’inscrit dans un projet global de développement du tourisme au Bénin. Marie-Cécile Zinsou, présidente de la Fondation Zinsou juge « logique » la demande du retour de ces trésors. « Je pense qu’il était temps que cette demande arrive, c’est une demande logique » a-t-elle confié à La Nouvelle Tribune. Comme elle, beaucoup de Béninois saluent l’idée. Mais, réalisme oblige, chacun ne manque pas de souligner les devoirs du gouvernement avant que le pays n’accueille ses précieux  trésors. « Il y a des préalables, il y a un certain nombre de conditions à réunir pour accueillir ces biens pour qu’ils soient biens conservés » signale Soubérou Océni, fonctionnaire à l’Ecole du patrimoine africain.  « Récupérer, rapatrier, faire un retour…, tout ce que vous voulez,  c’est peut-être une bonne chose, mais c’est l’au-delà qui est important » prévient l’éminent Professeur  d’Histoire béninois, Joseph Adandédjan invité d’une des Rencontres culturelles organisées par le Forum culturel du Bénin sur le sujet à Artisttik Africa aux mois de septembre et octobre. Le Professeur Victor Topanou et spécialiste du droit culturel estime que le retour des trésors coûterait les yeux de la tête au Bénin en terme de dédommagement à verser à la France pour avoir entretenu pendant des siècles ces objets. « Si la France consent effectivement à jouer le jeu, il va falloir que la direction du Quai Branly fasse une première évaluation de ces œuvres,  Ce qu’elles ont coûté en entretien  à la France depuis la colonisation. Ensuite ce que vont coûter le transfert, le transport et le dédommagement » a-t-il dit. Les interventions relèvent l’absence d’un inventaire de l’ensemble des œuvres ciblées et l’état de délabrement des musées du pays. « Malheureusement la question de l’inventaire se pose. Le Bénin n’a pas une liste exhaustive de ses biens » regrette Happy Goudou, gestionnaire de patrimoine béninois dans un autre débat du Forum culturel du Bénin. « Il faut avoir visité les réserves d’un musée français pour savoir de quoi nous parlons… Dans les musées du Bénin, il n’y a pas un seul restaurateur » constate le professeur Adandédjan. En fait c’est l’état des musées eux-mêmes qui pose problème dans un pays où la culture n’a pas été véritablement pensée. « Il n’y a pas eu de véritable réflexion nationale sur l’importance de la culture au niveau de l’État. On le voit bien avec l’entretien des musées qui souffrent énormément » fait savoir Marie-Cécile Zinsou. Pour elle, « Quand on voit cette situation, on se dit que le  gouvernement  a un chantier gigantesque ». C’est dire qu’on ne sait pas encore combien de temps mettra le rêve culturel béninois de 2016 pour devenir réalité