La Nouvelle Tribune

Bénin : « Dieue » a-t-elle lâché les Daagbovi ?

Pauvres d’eux ! Ces temps-ci, ils ne doivent pas être si heureux que ça ces « Daagbovi », appellation loufoque par laquelle se font désigner les adeptes de la secte de Banamè, dirigée depuis quelques années par un gourou nommé Parfaite. Daagbovi signifie «enfant de Daagbo », qui est l’autre surnom trivial du même gourou.

Sur eux, semble s’abattre une saison de malheur qui a du mal à prendre fin. Tout récemment, ils ont été battus à mort à Djimè par des populations exacerbées par les blasphèmes proférés à l’encontre du très vénéré souverain Béhanzin. Les uns pleurent, encore pour leurs les motos et  leurs voitures saccagées par les populations surexcitées. Les autres se battent encore, sur des lits d’hôpitaux, contre de graves traumatismes qui ont entamé leur intégrité physique et morale. L’un d’eux qui vit  à dans une banlieue nord de Porto Novo, n’a eu la vie sauve que grâce à la providence.

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Après avoir chié du sang pendant des jours, il ne marchait plus que sur quatre pattes, totalement affaibli, abandonné par son épouse qu’il avait tout le temps persécutée pour son refus de le suivre dans sa foi religieuse. Après la mésaventure de Djimè, voilà un groupuscule de Daagbovi armés de fusils, de machettes et de gourdins, qui décident nuitamment d’attaquer Djimè. Tous prêts à mourir en combattants d’une guerre sainte. Leur mission était précise : venger leurs « frères » en Jésus, violentés la veille par les populations, mais ils se feront arrêter par les forces de l’ordre à Sodohomè, un arrondissement de Bohicon. On en était là quand vint l’épisode lugubre des morts nocturnes à Porto Novo, quelques jours plus tard. Le 27 janvier, d’autres Daagbovi trouvent la mort dans un exercice spirituel nocturne fait avec des bougies rouges. En un mois environ, ils ont passé des moments difficiles, éprouvés dans leur foi par des évènements aussi malheureux les uns que les autres.

Il y a quelques années, ils avaient courageusement pris la décision de s’affranchir du joug de leurs différentes confessions religieuses. Qui du catholicisme, qui du protestantisme, qui des missions évangéliques ou même des religions endogènes, persuadés d’avoir trouvé le bon chemin. Par hordes successives, ils se déversèrent à Banamè Sovidji, pour faire allégeance à la « petite déesse » qui venait de commencer ses premiers « miracles ». Dans un pays où la faiblesse spirituelle a fait passer la croyance rapide aux choses immatérielles comme seul salut, leurs nouvelles aventures ne devraient guère surprendre. Dans le lot des bondieusards, ils étaient les mieux lotis car contrairement aux autres qui louent Dieu et lui parlent sans jamais le voir, sans jamais rêver le voir que le jour du jugement dernier, les Daagbovi avaient trouvé leur Dieue à côté… Ils avaient la possibilité de la voir, de la toucher, puisqu’elle est toute en chair ! De lui poser leurs problèmes et d’avoir les solutions en même temps. Quelle aubaine spirituelle?

Mais depuis quelques jours, beaucoup parmi eux sont désillusionnés. Alors que certains trainent encore dans les hôpitaux avec les séquelles de leurs pugilats au nom de Daagbo, celle-ci se la coule douce. On la verra d’abord avec son compagnon de pape, fêter l’amour au Majestic. Tous deux vêtus de tunique blanche, chantant et dansant au rythme d’une bonne musique. On la verra aussi parler de l’exercice spirituel qui a donné la mort à plusieurs de ses adeptes dans la nuit du 27 janvier. Au cours d’une interview le samedi 04 février à Sèkandji, elle affirma face à la presse, sans aucun égard pour ces morts ceci : « il a été dit de façon formelle à tous ceux qui sont sorciers, tous ceux qui ne sont pas prêts de ne pas chercher à éprouver Dieu (..). Ceux qui ont cherché à défier Dieu, voilà ce qui leur est arrivé ».  A comprendre Daagbo, c’est une purge spirituelle pour liquider ceux des siens qui sont préposés à la sorcellerie et aux forces diaboliques. Comme quoi, ceux qui sont morts sont des sorciers dont l’église de Banamè devait se débarrasser. Inutile de revenir ici sur les autres aberrations colportées par cette secte et que whatsapp nous permet souvent de voir et d’écouter. Heureusement qu’il y a une justice courageuse qui décide de rendre justice à ces compatriotes anonymes, qui meurent dans le silence d’une hypothétique foi en Daagbo