La Nouvelle Tribune

Pour une véritable pédagogie du débat démocratique

La démocratie est une discussion. C’est l’art et la capacité pour des interlocuteurs de savoir échanger, de manière contradictoire, sur des sujets, des problèmes et des situations qui agitent l’opinion.

C’est un exercice sur la durée dont l’objectif ultime est d’asseoir l’Etat sur des bases stables en vue d’assurer le bien-être des populations. L’atteinte de cet objectif n’est pas chose facile, et le chemin pour y parvenir est une course d’obstacles dont chaque phase doit se négocier avec esprit de suite, mais sous le contrôle toujours vigilant des citoyens. A titre individuel ou dans le cadre de leurs organisations, associations et mouvements, les citoyens participent à cette discussion pour exprimer librement leurs  opinions sur la conduite des affaires de l’Etat.

Au-delà des discours, et des postures dans l’affirmation de convictions en faveur du triomphe des idéaux démocratiques dans un pays, c’est la manière dont les citoyens, pris individuellement ou au sein de leurs diverses organisations d’expression et de luttes, affirment leur détermination pour imposer ce mode de gestion de l’Etat à tous les acteurs de la vie politique qui est capitale. Et dans cette optique, l’ ancienne métropole coloniale des Etats francophones d’Afrique offre ces derniers temps des illustrations de ce que doit être  ce que les marxistes appellent, à juste titre, la praxis en politique ; c’est-à-dire l’ensemble des activités et comportements visant à introduire des transformations radicales dans la société .

En effet, dans la perspective de l'élection présidentielle de Mai 2017, la France vit une étape cruciale de son histoire fondée sur l’ évolution démocratique que de multiples et complexes développements des luttes des citoyens depuis la Révolution de 1789 n’ont pas réussi à altérer. La démocratie française, à travers le temps et l’espace, se développe et s’affirme par l’action et le combat  des Français ,dans la diversité des opinions et des sensibilités qui s’expriment à travers la vie des partis politiques. Les débats qui agitent depuis un certain temps  les deux principaux pôles  politiques de la vie nationale française –la Droite représentée par les Républicains et le Centre et la Gauche par le Parti Socialiste principalement- montrent que c’est au travers de discussions ouvertes en leur sein que les partis s’affirment et affichent leurs capacités à assumer la direction de l’Etat. Et au cours des débats internes, les membres et même les simples sympathisants du parti  ne ménagent aucune critique ou prise de position pour clarifier la situation à l’interne en vue de pouvoir aborder avec plus d’assurance le débat au niveau national.

C’est ainsi que les Républicains -l’ex-UMP dont Nicolas Sarkozy s’est servi pour conquérir l’Elysée en 2007 et tenter de rempiler en 2012- et leurs alliés du Centre ont choisi de faire le ménage en leur sein au cours de la première Primaire de leur histoire. C’est  pratiquement contraint par l’insistance et la détermination de la base soutenue par de potentiels candidats à l’élection présidentielle que Nicolas Sarkozy a consenti à faire organiser cette Primaire et à s’y présenter aux côtés de six(6) autres prétendants à la magistrature suprême de la république française. Candidat malheureux en 2012 face à François Hollande, Nicolas Sarkozy était donné comme l’un des deux grands favoris de cette élection primaire de la Droite et du Centre ; l’autre étant Alain Jupée, le maire indéboulonnable de Bordeaux, ancien Premier ministre, plusieurs fois ministres et surtout un des barons de la Droite du temps de Jacques Chirac. Présenté par les sondages comme un probable troisième au premier tour, François Fillon, le Premier ministre à qui le président Sarkozy a fait subir bien des avanies de 2007 à 2012, est choisi par les militants pour affronter au deuxième tour Alain Jupée qui se retrouve dans la position de challenger, alors qu’il était présenté comme un favori au premier tour. Après une campagne au cour de laquelle les Républicains ont frôlé la cassure, François Fillon est choisi pour défendre les chances de la Droite et du Centre en Mai 2017, dans une élection présidentielle que tout désigne déjà pour être exceptionnelle dans l’histoire de la France. Ainsi, les jeux d’appareil n’ont pas eu raison de la détermination des militants à choisir eux-mêmes le candidat qu’ils estiment être à même de porter leurs espoirs.

De son côté, la Gauche actuellement au pouvoir avec le Parti socialiste doit aussi clarifier la situation en son sein. Après un quinquennat plus que difficile pour le président François Hollande, l’élection de Mai prochain se présente sous de bien mauvais auspices pour les socialistes et ce qui reste de leurs alliés. Et c’est avec une très grande nostalgie que cette composante de la vie politique française doit se souvenir des deux mandats successifs de François Mitterrand à la tête de l’Etat français (1981-1995). Bien qu’ayant désigné son candidat en 2012 dans une Primaire, les Socialistes, cette fois-ci, sont terriblement à la peine pour se choisir un candidat. Pris entre les jeux des courants-une caractéristique du Parti socialiste- la forte personnalité des principaux aspirants à la candidature, et la  position longtemps restée floue du président en fin de mandat, les Socialistes ont présenté l’image d’un navire en dérive jusqu’au coup de théâtre qu’a été la déclaration  en directe à la télévision de François Hollande de ne pas se présenter à l’ élection présidentielle.

  Un président qui choisit de ne pas défendre son bilan en fin de mandat, alors que la constitution lui en donne la possibilité, pour ne pas dire le droit. C’est la première fois que cela arrive dans l’histoire de la cinquième République française qui date de 1958. Mais cela se comprend dans cette atmosphère de fin d’un quinquennat où les Français sont contraints de revoir bien de logiciels de leur vie démocratique. Mais cela se fait au sein des partis, et le Parti socialiste se prépare aussi à aller à une Primaire dans des conditions très éprouvantes pour sa cohésion  et son image historique.  De ce côté aussi, il va revenir aux militants de départager tous les prétendants se réclamant des idéaux du socialisme, et qui se battent pour son expression dans la vie politique française. Mais les sondages -s’il faut leur accorder encore du crédit-semblent laisser très peu de chances à ce courant dans la course à l’élection de Mai 2017.

  De tout ce qui précède, on peut déduire qu’il y a donc une vraie pédagogie du débat démocratique que l’on peut percevoir à travers tout le processus mis en place par les grands pôles représentatifs de l’opinion en France pour préparer l’élection présidentielle de Mai prochain. Cette pédagogie  prend sa source et s’appuie sur les militants qui ne se laissent pas enfermer dans des querelles d’appareil. C’est les membres qui sont les garants  de la vie démocratique au sein d’un parti, et non uniquement des dirigeants qui, de par leur position, peuvent transformer le parti en une machine au service d’un individu et de son clan