La Nouvelle Tribune

Mais quel cirque n’a-t-on JAMMEH vu en Afrique ?

L’inénarrable homme du cirque gambien, avec son numéro de yo-yo, n’en est plus à une outrance et même à un outrage près.

Avec son « un coup j’ai perdu les élections, un coup je ne suis point perdant », le Président Yaya Jammeh vient de clochardiser, de manière quasi définitive, la fonction de président sortant. En foulant au pied cette élégante tradition de reconnaître une défaite en appelant le challenger politique pour le féliciter.

A dire vrai pourtant, le Président gambien n’est que l’archi caricature des autres clowns qui tiennent, depuis des années, le haut de l’affiche antidémocratique sur le continent.

Et ce revirement du gambien constitue le clou du festival de cirque, avec ses clowneries que sont véritablement en Afrique certaines élections présidentielles, et plus particulièrement celles tenues depuis début 2016.

Les cirques continuellement à l’affiche

L’ordre des affiches actuelles ou récentes se décline de manière identique et les acteurs jouent les mêmes rôles, quand bien même les scènes paraissent quelquefois différentes.

Le N’djamena Circus

L’homme qui l’anime remonte sans interruption sur scène depuis plus de 25 ans. Il mime avec perfection un dictateur, qui, en résumé, réduit son peuple à la famine. Ce, après avoir dilapidé les ressources financières tirées du pétrole. Et pathétique est l’acrobate Deby, quand il entonne la douce mélodie annonçant la fin de la rente des générations futures pour cause d’achat d’armes pour la défense de la terre du Tchad.

En fond sonore, on entend, mêlée à l’écho des sirènes de police et des bruits de bottes, la complainte de la jeunesse tchadienne, privée de bourses d’études.

Le Cirque du Pool du Congo Brazza

On y joue une pantomime, où un ex-général, l’officier supérieur N’guesso, s’est mis et remis en scène ou plutôt en selle. Cela se résume à une compétition dont l’issue est connue d’avance. Ce qui n’empêche pas le brutal acrobate de jeter en prison les concurrents et de bombarder, dans son propre pays, les récalcitrants, taxés de rebelles, qui ont eu tort de protester avec quelques pétards, conservés par devers eux, à l’issue de la guerre civile provoquée par l’ex-général soi-même.

L’ancien gradé des forces armées congolaises joue ensuite le rôle d’un forcené du dialogue. Maniant cet art de façon bien insidieuse, il contraint au dialogue les plus impressionnables de ses adversaires et embastille, pour impertinence, tous ceux qui sont réfractaires à ce genre de cirque.

Le Cirque de Libreville

Ce cirque, dont le principal jongleur a hérité de son défunt père toutes les astuces du voleur d’urnes, est encore à l’affiche. Son succès repose sur le numéro qui permet au jongleur de faire toute la recette électorale grâce une seule urne. Ce jeune mime compte, pour le succès de son tour de passe-passe électoral, sur « la baguette magique constitutionnelle » qu’il tire de sa poche, sous le regard complaisant de deux protagonistes, habituels spectateurs, plutôt célèbres sous leur acronyme, UA et UE ; de véritables malentendants ou même malvoyants devant les fraudes électorales.

La dernière sortie de ladite UE à propos du vol électoral de Bongo laisse songeur. Ses observateurs ont, en ne le dénonçant pas de façon claire et précise, cautionné la victoire du jongleur. Celui-ci ira bientôt se produire devant les spectateurs et téléspectateurs ivres de football à la CAN, organisée à domicile. Chose extrêmement coûteuse pour le Gabon, mais éminemment politique pour l’acrobate boudé par la majeure partie des gabonais.

La RDC Circus Band

Le spectacle donné jusqu’à ces dernières heures par la troupe des comiques de Kinshasa est aussi affligeant que la représentation antidémocratique que joue actuellement le Président gambien. Un homme cristallise toute l’attention autour du cirque, et, semble-t-il, sous le regard approbateur de certains acteurs. Avec le point d’orgue que constitue l’ultime et navrante représentation que tentent de jouer Kabila et sa troupe de prédateurs. Obstinément, et au-delà du temps règlementaire.

Chef de troupe, Kabila est comparable à un clown, qui, ayant fini son piteux numéro, refuse farouchement de quitter la scène. On en est là. L’UA, toujours elle, a apparemment béni le compromis de voir Kabila prolonger son rôle un certain temps.

Le clergé de la RDC, lui, si l’on ose dire, réunit en conclave les acteurs politiques du pays, les pour et les contre une prolongation. De ce qui convient d’appeler une usurpation de rôle, le comique Kabila devant quitter les habits présidentiels à partir de ce 19 décembre 2016.

Mais la foule des spectateurs que sont les chefs d’états de la région des grands lacs attend que la crise constitutionnelle et institutionnelle en RDC dégénère.

Absence de bonnes institutions ou de bonnes résolutions

Le caractère pervers des acteurs et de leur pitoyable spectacle devraient d’ailleurs entraîner plus de sanctions de la part des instances ou des institutions ad hoc, et ceci de façon plus vigoureuse. Des gestes diplomatiques et des décisions plus significatives plutôt que ces condamnations formelles et surtout autre chose que ces ballades présidentielles chez le parfait décliquant (au sens latin de delinquere.) que représentent ces présidents qui considèrent le vote sanction comme une machination politique. Ou qui voient une fin de mandat présidentiel comme le temps de tous les subterfuges pour garder le pouvoir.

Ce genre de mission de chefs d’Etat n’est rien de plus, aux yeux de ces pourfendeurs de l’ordre démocratique, et à en juger par le résultat, qu’une certaine reconnaissance de leurs pairs de la grande famille africaine du Cirque.

Ainsi en est-il de ce rituel, un genre de casting où on évite de faire figurer les pas trop mal élus et surtout ceux que le « contrevenant » tient à imiter dans son refus obstiné d’abandonner le pouvoir.

Les représentations récentes ou actuelles en disent long sur l’efficacité de ces types d’émissaires choisis pour des missions de bons offices suivant les crises ou plutôt selon les cirques.

Et si la comédie continue, on n’aura plus aucun de nos chefs d’état pour de telles tâches. En majorité, ils ressemblent de plus en plus au comique à qu’ils sont censés aller dicter le bon texte.