La Nouvelle Tribune

Promotion “Victoire”, déjà 40 ans !

Le 16 janvier prochain marquera le quarantième anniversaire de l’agression mercenaire, et aussi de cette aventure très particulière vécue par la troisième promotion des assujettis au SCPIM, baptisée «Promotion Victoire» sur l’agression de l'«armée impérialiste ». Pour commémorer ce moment marquant de leur vie, les membres de la Promotion Victoire se retrouveront, le lundi 16 janvier 2017, au cours de différentes manifestations.

Un petit détour dans le passé pour situer le lecteur .En septembre 1975, pour pallier le manque d’enseignants dans les collèges et lycées, renforcer la cohésion nationale, consolider le sens patriotique de ses futurs cadres et les préparer à défendre leur pays, le gouvernement béninois d’alors institue le Service Civique, Patriotique, Idéologique et Militaire (SCPIM).

Tous les étudiants ayant achevé le premier cycle d’études universitaires et tous les diplômés se préparant à accéder à un poste dans la Fonction Publique ou dans les sociétés d’Etat sont astreints à une formation militaire à l’Ecole des Cadres de l’Armée de Terre, ECAT, à Ouidah, et à un service civique de plusieurs mois sous la forme d’une « mission d’enseignement » dans les établissements maternels et secondaires des différentes régions du Bénin.

Le 16 novembre 1976 est admise, au camp militaire de Ouidah, la 3e promotion de ceux que l’on appelait les « assujettis » au SCPIM. Cette promotion, formée de jeunes cadres ou futurs cadres des deux sexes, ne sait pas encore qu’elle est appelée à un destin particulier parmi toutes celles qui passeront par l’ECAT, de 1975 à 1981. D’abord, elle est sans doute celle qui a eu le plus grand effectif : au moins 612 personnes ; ensuite, elle a été la première, sinon la seule à effectuer rigoureusement trois mois de formation commune de base (FCB) d’affilée, sous un strict régime militaire. 

Ce statut militaire affirmé se manifestait par l’obligation de se rendre au travail (école ou bureau) en tenue militaire : tenue de combat ou tenue claire. L’assujetti(e) devait aussi signaler son arrivée à son poste dans l’unité des Forces Armées Populaires la plus proche (compagnie ou brigade de gendarmerie, commissariat de police ou garnison militaire), et y solliciter une permission à chaque fois qu’elle ou il voulait s’absenter de son poste. La troisième promotion participera aussi, de façon remarquée, deux semaines après son admission au camp, au défilé du 30 novembre 1976 qui inaugura la place de l’Etoile Rouge.

 La date historique du 16 janvier 1977 

En plus de ces particularités, un événement historique marquera d’un sceau indélébile cette promotion et constituera un lien unique, dont la plupart, sinon la totalité, de ses membres se revendiquent avec fierté : l’agression armée mercenaire du 16 janvier 1977. Ce dimanche-là, en effet, la ville de Cotonou avait subi, et repoussé, l’assaut d’un groupe de mercenaires, et le camp militaire de Ouidah – y compris l’ECAT qui s’y trouvait – avait été mis en alerte maximum. L’émotion était d’autant plus grande que le camp de Ouidah, à cause des unités qui s’y trouvaient, à savoir le 3e Bataillon Inter-Armes, la 1re Compagnie Motorisée et le Sous-groupement Blindé d’Appui, sans oublier l’ECAT, constituait une cible potentielle pour les assaillants à l’œuvre à Cotonou. Ce fameux dimanche et les jours d’après, la 3e promotion s’était comportée avec beaucoup de courage, de discipline et de détermination, ce qui prouvait le bon niveau de formation militaire atteint en tout juste deux mois.

L’ECAT, et le camp militaire de Ouidah, n’a pas eu à participer aux combats, même si la rumeur s’était répandue dans tout le pays que des dizaines de stagiaires avaient été tués. Mais toutes les personnes, assujettis ou militaires de carrière, qui se trouvaient à Cotonou le 16 janvier 1977 furent plus ou moins directement impliqués dans les événements. Du côté des militaires de carrière, tous ceux qui étaient en permission à Cotonou se sont rendus au Camp Ghézo pour se mettre à la disposition de l’Etat-Major. Les assujettis présents à Cotonou étaient essentiellement des agents et des cadres du Ministère chargé des Finances, appelés en renfort pour l’élaboration du budget 1977. Les services centraux des finances publiques étaient encadrés par les deux itinéraires empruntés par les mercenaires, et situés très près des principales zones de combat ; les assujettis ont donc reçu de façon inopinée un baptême du feu en situation réelle.

A Ouidah la journée du 16 janvier 1977 fut très animée, marquée par les allées et venues des blindés et des half-tracks et aussi par les déplacements ordonnés des assujettis qui s’entraînaient au combat rapproché et au tir au jugé avec le PM MAT 49. A l’arrivée de son chef, le sous-groupement a fait mouvement vers Cotonou pour appuyer les troupes de la ville. Les premières nouvelles fiables sont arrivées de Cotonou avec le retour de certains membres de l’encadrement de l’ECAT, comme le caporal Damado et le lieutenant Kodja Gandonou. Tout le camp a alors appris le décès sur le champ de bataille du caporal Kassim, très estimé de ses camarades. 

 Le clou de la formation : la marche fourragère  

Le 18 janvier en pleine nuit, les assujettis de sexe masculin ont reçu l’ordre de s’équiper, ont été embarqués à bord de camions militaires surnommés « cargos », et « largués » de Djègbadji, près de Ouidah, jusqu’à Agonninkanmè, dans les environs de Grand-Popo. Ils avaient la mission de patrouiller dans toute cette zone et d’effectuer des contrôles pour « empêcher certains mercenaires en déroute de se replier sur le pays voisin ». Pendant une ou deux semaines, ils ont parcouru la brousse, la cocoteraie et les marécages. Leur mission était parfois ponctuée d’incidents graves comme des morsures de serpent ou des moments de grande tension pendant les patrouilles nocturnes, où des coups de feu fratricides ont failli être échangés. En bons soldats, les assujettis étaient aussi astreints à des factions, de jour comme de nuit, avec la compagnie active des moustiques.

Après le temps estimé nécessaire par l’encadrement, les assujettis ont été ramenés du terrain, parfois relevés par d’autres assujettis. Ils rapportaient de leur séjour en brousse une odeur qui signalait fortement les nombreux jours passés en « treillis » et en « rangers » sans se laver. Leur peau portait des marques d’amitié faites par les moustiques et les fourmis, pendant leur couchage sur les toiles de tente. Leurs pieds blafards montraient depuis combien de temps ils n’avaient pas vu le soleil.

Le 16 janvier prochain marquera le quarantième anniversaire de l’agression mercenaire, et aussi de cette aventure très particulière vécue par la troisième promotion des assujettis au SCPIM, baptisée à la fin de la FCB « Promotion Victoire sur l’agression armée impérialiste », et ceci au cours d’une grandiose  cérémonie qui eut lieu à Abomey-Calavi. C’était après une marche fourragère d’une centaine de kilomètres effectuée en trois jours entre Ouidah, Azohouè Aliho, les Torris, Houèdo et Calavi, dans la palmeraie et sous les câbles à haute tension rougeoyants et chantants.

Pour commémorer ce moment marquant de leur vie, les membres de la Promotion Victoire se retrouveront, le lundi 16 janvier 2017, au cours de cérémonies religieuses à la mosquée, au temple et à l’église, et autour d’un repas fraternel. Les différents membres de la promotion qui souhaiteront participer à l’événement pourront joindre : Mme Blandine Ogounchi , épouse Adjou Moumouni au 65373434 ou Messieurs Fidèle Ayikoué (97767778) Anselme Adégbidi (61257289), Calixte Houessou (96 217098), Octavien Kuakuvi(95053754).