La Nouvelle Tribune

«Le chroniqueur du PR» :Une pièce de Daté sur un prédateur devenu Président

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Après «Les confessions du PR»  l’écrivain béninois multi-genre Daté Atavito Barnabé-Akayi vient de commettre aux éditions Plumes Soleil, «Le chroniqueur du PR» une nouvelle pièce politique assez audacieuse qui décrypte, à travers des dialogues crus de deux journalistes, les agissements d’un impitoyable monstre asservissant son peuple et tuant les serviteurs de la vérité dans un apparat de démocrate bon teint venu construire Paris en un seul jour.

Une nouvelle race de Chefs d’Etat voit le jour sous les tropiques. Raffiné, illusionniste, d’apparence incontestablement démocrate et avec des formules messianiques pouvant mettre en extase au moins dix millions d’âmes, cette espèce d’hommes politiques se révèle plus dévastateur dans le fond des nations où elle s’émancipe. C’est ce qu’on découvre dans «Le chroniqueur du PR» une nouvelle pièce de l’écrivain béninois Daté Atavito Barnabé-Akayi publiée en 2016 aux éditions Plumes Soleil. A résonnance politique, cette pièce de théâtre plonge dans les méandres de la politique des puissants, des impitoyables, des sans vergogne, avec des dialogues sans complaisance de deux journalistes, un chroniqueur et son confrère, offrant une lecture crue des bouleversantes réalités politiques contemporaines. On y découvre le tyran-démocrate soutenu par des politiques parasites sans une once  d’esprit.

Un dictateur moderne et avancé !

«Cet éléphant…Ce qu’il fait là,…J’ai peur qu’il ne développe des réflexes de dictateur», «Développer des réflexes ? Tu dis ? Et moi qui dis qu’il est un dictateur moderne et avancé !», «Tu n’as pas tort. Moi j’ai plus peur de parler maintenant qu’au temps où seule une personne avait le droit de bondir». Située entre les pages 26 et 27, cette portion de dialogue entre le chroniqueur et son confrère, illustre le sentiment de peur paralysante qu’inspire ce type de Président en quelques mois de gouvernance dans un pays imaginaire avec des personnalités aux caractères assez suggestifs. En effet, découvre-t-on à la lecture de cette pièce du dramaturge Barnabé-Akayi, le «dictateur moderne et avancé» dont parle le chroniqueur est animé par le désir de la possession, du contrôle et de la domination avec une méthode de ruse faite de montages grossiers contre des partenaires politiques gênants. Alors, on assiste à des affaires qui à l’analyse des journalistes sont difficilement admissibles : «Détecter de la coke à l’œil nu, détecter son poids à l’œil nu, c’est comme détecter de la radioactivité à l’œil nu ! Marie  curie n’est plus morte irradiée !» P20. Aussi parvient-il à installer un système sans opposition en s’acoquinant avec des partis et hommes politiques qui ne jurent que par leurs intérêts au détriment d’un peuple appauvri et en proie à des vendeurs d’illusion.

Des manipulations aux crimes !

Postulant que la politique est assimilable à la jungle, la pièce dans sa seconde partie déroule un tableau tragique où le confrère placé dans la peau du Président, inflige au chroniqueur un châtiment des plus  cruels pour son amour de la vérité qui ne laisse pas la tâche facile à un régime de prédateur qui pratique enlèvement, violence, torture, assassinat sur toute personne, y compris un ami ou un frère qui se met au travers de ses ambitions hégémoniques. On assiste à un dialogue chargé d’affliction entre le bourreau, journaliste-Président et sa victime, le chroniqueur que le premier précipite  dans l’antre de la mort ainsi : « Ta vérité que je respecte est bonne pour les enfants… Meurs tranquille. Meurs bien. ».  Une scène qui fait dire à Florent Couao-Zotti, postfacier  de l’œuvre, que «''Le chroniqueur du PR'', c’est la chronique annoncée d’une tyrannie africaine moderne habillée en démocratie de paillettes. C’est en quelque sorte, l’autre variation de Ubu en jungle africaine».

Une pièce analytique

Avec des dialogues qui montrent «la complexité de la mauvaise foi» selon les mots de l’écrivain togolais Kangni Alem, ''Le chroniqueur du PR'' traitant du politiquement africain, se veut aussi, une pièce analytique qui situe les responsabilités dans la tragédie politique africaine. Les deux personnages s’accordent sur la responsabilité du peuple dans ce qu’il subit. «On ne fait pas de la politique dans notre pays ! Et les vrais assassins, c’est la base ! La base, c’est le peuple !» P39. «Les hommes politiques que  nous combattons tous les jours n’émanent que de nous» P41. Alors, l’un et l’autre, proposent une cure  qui se résume à l’éducation des citoyens en commençant par les tout-petits, la redéfinition du statut d’électeur et l’instauration d’un système politique avec de véritables partis et non des clubs électoraux dirigés par d’éternels jouisseurs