« Calavi est un enjeu pour tous les candidats »
Celui que nous recevons ce jour dans la rubrique invité de la semaine, a connu une ascension qu’on pourrait qualifier d’extraordinaire. Est-ce par mérite ? Seul le président Boni Yayi détient la réponse. Car, c’est lui qui lui a permis de connaître ce destin. A l’avènement du régime du changement, il a été nommé Conseiller juridique. Quelques mois plus tard, il est promu Secrétaire Général du gouvernement.
Depuis le 22 octobre, il est Garde des Sceaux, ministre de la Justice, de la législation et des droits de l’homme et porte-parole du gouvernement. Il s’agit de Victor Prudent Topanou. Professeur d’Université, il était à la Chair Unesco avant sa nomination. Avec lui parcourons l'actualité partant de Calavi, sa ville d'origine, passant par ses fonctions et surtout l'état actuel de la justice et de la caisse de l’Etat.
M. le ministre, on note un trop plein d’activités politiques depuis quelque temps dans la commune de Calavi, dont vous êtes originaire et où vous résidez. Quelle appréciation en faites-vous ?
Je pense qu’il y a juste à prendre conscience de l’enjeu stratégique de Calavi. Tout le monde dit que Calavi est la deuxième commune du Bénin, mais ce que l’on ne dit pas, c’est que Calavi du point de vue électoraliste, concentre dans sa commune 10 à 15% de l’électorat national. Ce qui est de loin supérieur à certains départements entiers. A partir de ce moment-là, travailler à la maîtrise de Calavi devient un enjeu pour tous les candidats aux élections à caractère national. C’est certainement ce qui justifie l’intensité des activités politiques à Calavi.
Aujourd’hui, on constate que le technocrate bon teint que vous êtes, est désormais de plains pieds dans l’arène politique avec un mouvement politique que vous parrainez. Est-ce mentir que de dire que Victor Topanou est maintenant engagé comme politicien aux côtés du chef de l’Etat ?
Que Topanou ait cessé avec la vie exclusivement technocrate aux côtés du président de la République, est évident. Que Topanou fasse ses premiers pas en politique, là aussi, c’est certain. Par contre, être devenu politicien déjà en si peu de temps, je pense qu’il me faut encore beaucoup de temps pour y arriver. Ceci dit, c’est vrai que je parraine le Cercle de réflexion et de mobilisation d’Abomey-Calavi (Crm-AC). C’est aussi vrai qu’ayant son mot à dire sur les sujets d’ordre politique, on ne peut donc penser que c’est une structure exclusivement réservée à la réflexion comme en laboratoire ou à l’université. C’est un cercle de réflexion comme cela s’entend mais d’un ordre tout particulier.
Et quels sont les objectifs dudit mouvement ?
Calavi est la deuxième commune du Bénin, comme je le disais tantôt. Contrairement à beaucoup d’autres communes de notre pays, elle n’a pas les allures de ce titre-là. Vous sortez de Calavi centrale, déjà, vous n’avez plus l’électricité, vous n’avez plus beaucoup de points d’eau, plus d’assez d’établissements scolaires, les infrastructures routières. A titre d’exemple, en dehors de l’axe principal qui traverse la ville, c’est-à-dire la route inter Etats N°1, il n’y a plus d’axes parallèles bitumés qui puissent embellir la ville. Il y a donc beaucoup de choses à faire. Le nouveau maire a pris tous ces problèmes à bras-le-corps, mais il n’en demeure pas moins qu’il a besoin de structures qui réfléchissent au développement global de cette commune et au-delà faire des propositions importantes au niveau national.
Tout cet engagement présage-t-il d’un Topanou candidat aux législatives de 2011 ?
Loin de là. Ce n’est aucunement ma préoccupation. Comme le dirait l’autre, c’est le dernier de mes soucis. Pour l’instant, je fais ce que j’ai à faire. La vie nous réserve tellement de surprises. Je suis d’ailleurs très bien placé pour le savoir. Il y a trois ans seulement, j’étais loin de penser que je serais à ces fonctions aujourd’hui. J’ai fais un parcours relativement complet : j’ai fais le cabinet civil du président, le secrétariat général du gouvernement et depuis octobre membre du gouvernement. Je peux dire que j’ai côtoyé et fréquenté l’ensemble des centres décisionnels au niveau du sommet de l’Etat. Je ne pouvais donc pas penser, il y a trois ans à tout ça que je dois à la volonté exclusive du chef de l’Etat. Parce que je n’ai jamais été élu, j’ai été toujours nommé. Et c’est lui qui m’a toujours nommé. A partir de ce moment-là, je ne peux que lui être reconnaissant.
Justement, depuis le 22 octobre vous êtes le porte-parole du gouvernement. En dehors de ce qui se décide en Conseil des ministres, qu’y a-t-il de spécifique que le porte-parole du gouvernement a de plus à porter à l’attention des populations ?
Je pense que le porte-parole, à la limite, a des fonctions classiques. Il explique la position du gouvernement sur l’ensemble des sujets qui sont de son ressort. C’est le travail classique. Maintenant, selon la nature du régime, on ajoute ou on retranche telle fonction ou telle autre du cadre classique. Pour le régime du président Boni Yayi, nous sommes restés dans le schéma classique du porte-parole. Ici, le porte-parole ne remplace pas les ministres, il ne remplace pas le président de la République, mais à chaque fois que le gouvernement a besoin de faire connaître son opinion, sa position sur un sujet, que ce soit en interne ou à l’externe, c’est le porte-parole qui s’en charge.
Cela diffère-t-il de ce que le porte-parole du président a à faire ?
Bien sûr. Notre Constitution fait du président de la République chef de l’Etat et chef du gouvernement. Donc, le porte-parole du gouvernement peut être aussi celui du président de la République. Mais dans ses fonctions du chef du gouvernement. C’est vrai que beaucoup de nos concitoyens n’arrivent pas toujours à faire la limite entre les fonctions du chef de l’Etat et du chef du gouvernement. Et tant qu’on n’a pas une idée claire de ces deux fonctions, effectivement on a du mal à comprendre qu’on puisse avoir deux porte-parole. A l’évidence, je ne prononcerai jamais sur des décisions relevant de la qualité du chef de l’Etat ou du président de la République. Ce n’est pas moi qu’il enverra défendre cela.
Dans l’exercice de votre fonction de porte-parole, vos premiers interlocuteurs sont les hommes de la presse. M. le ministre, dites-nous si vous êtes fier des prestations de cette presse depuis l’avènement du changement et ce que vous pensez de l’avis qu’émettent les populations sur l’Ortb qui serait devenue l’organe de propagande du gouvernement et des Fcbe.
Il y a là deux questions en une. La première, c’est le fait de savoir si je suis fier de la prestation de la presse. J’avoue qu’il ne me revient pas de porter un jugement de valeur sur les médias. Ce n’est pas mon rôle. Nous avons un ministre de la communication qui est chargé du suivi. Il est vrai que je me sers beaucoup de la presse pour relayer la position du gouvernement chaque fois qu’il y a le besoin. Mais, mes fonctions s’arrête-là. Si je puis à la limite dire quelque chose, c’est qu’à ce jour, je n’ai jamais été trahi dans les opinions que j’ai émises pour le compte du gouvernement. A partir de ce moment-là, mes appréciations ne peuvent pas être négatives.
Mais par contre, sur le deuxième volet de la question, je ne suis pas sûr que ce que vous êtes en train de dire soit vrai. A savoir que les Béninois pensent que l’Ortb soit un organe de propagande. Je pense que c’est plutôt l’appréciation d’une certaine partie de la presse. Je pense que ce n’est que l’Ortb qui diffuse les éléments sur les activités de l’opposition avec une portée nationale. Je pense que l’Ortb a toujours été présente chaque fois que l’opposition a fait des activités qui nécessitent une couverture nationale. Si non, beaucoup de gens n’auraient jamais été informés de leur sortie de Bohicon, pas plus que d’ailleurs celle du stade de l’amitié le 12 mars 2008, etc. A partir de ce moment-là, souffrez que je ne puisse pas servir de relais à cette critique à mon sens complètement infondée, non seulement d’une certaine partie de la presse mais aussi d’une partie de l’opposition dite non déclarée. Fondamentalement, ce qui conduit à cette observation, c’est le fait que les gens ont l’impression que sur l’Ortb, il y a beaucoup d’actions du chef de l’Etat et de son gouvernement qui sont relayées. Mais, nous n’y pouvons rien. Lorsque vous avez une opposition qui n’a pas d’activités, l’Ortb n’ira pas les inventer à leur place. Lorsque le gouvernement travaille et même en surrégime, c’est normal qu’on n’ait que ces images à la télé. Au lieu de s’en prendre à des organes qui font de manière très professionnelle leur travail, il vaut mieux qu’on s’en prenne à cette opposition qui ne donne pas des éléments de travail à cet organe. Vous avez pu observer que chaque qu’ils interviennent à l’Assemblée nationale, c’est relayer. C’est cela mon appréciation.
Vous êtes aussi ministre de la justice et des droits de l’homme. Quel est l’état des lieux qu’on peut dresser aujourd’hui dans ces deux domaines. ?
Le ministère de la justice est probablement l’un des ministères les plus conservateurs. Parce qu’étant garant de la justice dans tous ses sens, il n’est donc pas aussi facile de le transformer. Comme le dirait l’autre, la justice étant atemporelle, il n’y a pas de raison de l’adapter au temps. Si non, ce n’est pas la justice. Il y a juste à apporter des améliorations sur les aspects collatéraux de la dimension judiciaire. Dans ces dimensions collatérales, vous avez par exemple, la partie pénitentiaire. Lorsque la justice a été dite, que malheureusement quelqu’un doit se retrouver derrière les barreaux, celui-là, il faut bien lui créer une nouvelle vie. Il faut que cette vie ne lui soit pas une source de déstructuration. Il faut donc travailler à mettre le maximum d’efforts dans ces structures afin de faciliter la reconversion de ces personnes après leur sortie des prisons. Il y a un certain nombre de travail qui se fait par rapport à cela. Par exemple, nous sommes dans un pays où jusqu’à aujourd’hui, seulement un repas est servi aux prisonniers. C’est l’un des aspects sur lesquels je mène mes actions et où le gouvernement peut encore fournir des efforts. Il y a aussi, le travail de renforcement du personnel magistrat que l’Etat a fait depuis quelques années déjà. Nous avons 25 que nous avons intégrés récemment dans le corps et réserve d’une quarantaine qui attend. De toutes les façons, il y a du travail qui se fait. Même si du point de vue général, on ne voit pas les choses bouger comme au ministère de l’économie et des finances où vous prenez toute de suite des décisions en terme d’augmentation ou de diminution du Tva et que le consommateur l’observe en même temps. C’est l’un des secteurs les plus lourds, les plus importants aussi surtout que cela fait partie de l’Etat de droit que nous avons choisi de construire depuis 90.
Vous oubliez le volet des droits de l’homme.
Je pense que globalement le pays est l’un des plus avancés sur le terrain du respect des droits humains en Afrique. Il y a moins de trois semaines, le Bénin a eu à présenter son rapport sur l’état de droit au Bénin devant la commission africaine des droits de l’homme à Banjul. Et nous avons reçu les félicitations du jury. Ce qui démontre que nous avons la volonté politique de continuer dans la voie tracée par la conférence nationale et de renforcer la démocratie dans notre pays.
M. le ministre, vous savez que la justice n’a pas bonne presse au sein de la population pour qui elle est soit partisane, soit corrompue ou encore très lente. La semaine écoulée, le gouvernement a gagné en appel dans l’affaire Padme. D’aucuns pensent à tort ou à raison que c’est le résultat d’une certaine pression du gouvernement sur les juges. Car, il paraîtrait qu’au sommet de l’Etat, on ne voudrait jamais plus entendre dire qu’on a perdu devant un individu dans un procès.
Vous touchez-là un problème important de notre société. Je ne sais si ceux qui font la remarque ont raison. Mais, on a toujours considéré que la justice moderne n’est pas de notre culture et qu’on connaissait plus la justice traditionnelle dont les règles ne sont pas toujours établies par avance, et où les verdicts sont donnés à base de la tête du client. Je le dis autant plus aisément qu’aujourd’hui y compris au niveau des cadres de notre pays, chaque fois que quelqu’un perd un procès, c’est nécessairement que la justice est mauvaise, corrompue, achetée. Mais chaque fois qu’il gagne, c’est la justice modèle. J’ai suivi une émission tout récemment où Baparapé avec le ministre Montcho parlaient de la justice. Il a parlé pendant près d’une heure pour dire que la justice béninoise était ce qu’il y avait de plus idéal au monde. Parce qu’il a gagné. Vous venez de donner l’exemple du Padme. En première instance, on a perdu. Cette personne que je refuse de nommer, a fait une grande campagne de médiatisation pour montrer comment la justice béninoise se soustrait à toutes les pressions du sommet. Nous en étions tous fiers. Pourquoi aujourd’hui pense-t-on, après avoir perdu en appel que la justice a subi des pressions ? Je pense qu’il faudrait que tout le monde commence à faire confiance à notre justice. Chaque fois que quelqu’un perd, c’est toujours quelqu’un d’autre qui gagne et que ceux qui perdent comme ceux qui gagnent, ce sont des Béninois. Et qu’en conséquence plus nous jetons l’anathème sur cette justice, plus nous perdons en crédibilité. J’en appelle donc à la conscience collective, que l’on cesse d’attaquer comme çà cette justice-là, qui a été la seule dans notre sous région africaine à s’être autocritiquée et à s’être auto jugée. Chose rarement vue dans les autres corps soit de la police, de la douane etc. Je pense à cette affaire de frais de justice criminelle
La justice, ce n’est pas que dans les tribunaux. C’est également ce qu’on a pu voir lors des élections communales dernières. Pensez-vous que justice a été rendue quand les conseils communaux n’ont pas été installés conformément à la loi ? De votre position de juriste, l’Etat n’a-t-il pas violé la Constitution ?
Le gouvernement n’a jamais violé la loi. Ce qui s’est passé, c’est qu’au lendemain des élections communales, le gouvernement a convoqué l’ensemble des conseillers communaux en vue de l’installation des différents conseillers communaux. Le gouvernement l’a fait, les actes préfectoraux sont-là, le démontrent à qui veut encore en douter. Sauf que au soir de ce jour là, certains conseils ont été installés et d’autres ne l’ont pas été. Dans les rapports des préfets, il ressortait au moins deux hypothèses les cas où ils n’ont pas été installés, les cas où les conseillers se sont opposés à son installations, et d’autres les cas où ce sont les populations qui se sont opposées. L’exemple qui me revient à l’esprit est le cas d’Abomey-calavi et celui de Sèmè-kpodji. Toutes les autres communes peuvent être alignées dans l’une ou l’autre des catégories. C’est vrai que ce qu’on pourrait reprocher au gouvernement c’était de ne pas imposer ses élections là par la force, soit aux conseillers, soit aux populations. C’est là où le gouvernement s’est retrouvé face à ces deux prérogatives essentielles. Quel bénéfice politique le gouvernement avait à obliger les populations par la force pour installer les conseils communaux dont les populations sont convaincues de leurs illégitimités. Est-ce qu’on avait vraiment un intérêt particulier à forcer la main aux populations au motifs qu’on voulait faire respecter la loi. Vous savez que lorsque l’application de la loi doit porter atteinte à l’ordre public il revient au pouvoir politique d’arbitrer. Il y a une troisième voix, c’était celle des contentieux électoraux. Les populations ayant introduire des recours, il est revenu à la cour suprême de se prononcer dans les plus brefs délais afin que nous sachions ce qui avait à faire. Comme par hasard les 90 à 95% des décisions sont allés dans le sens des recours introduits par les populations. Elles avaient donc raison de s’opposer.
Allons sur un autre registre. Selon le Dg du trésor public donne priorité aux salariés. Pendant ce temps, des fournisseurs et prestataires de services de l’Etat se plaignent de ce qu’ils ne sont pas payés depuis plus d’un mois. N’est-ce pas là des preuves que le trésor public manque d’argent ?
Il n’est un secret pour personne qu’actuellement il y a une crise économique qui traverse le monde entier, à commencer par les Usa et tous les pays européens. Tous s’attendent à ce que les comptes de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique Latine et d’ailleurs, que ses effets soient encore plus terribles. Traverser une crise n’est pas une surprise. Le seul problème est que face à cette crise les gouvernements ont réagi de façons différentes. Nous n’avons pas connu la crise sociale, contrairement à certains pays. Cela est dû à la perspicacité du gouvernement, du président de la République, de prendre des mesures anticipatrices. On peut avoir le sentiment qu’il y a une tension sur la trésorerie de l’Etat, mais je puis vous rassurer, qu’il y a un capitaine à bord du navire. Le directeur du navire sait mieux que quiconque qu’il y a des problèmes dans le navire qui est d’ailleurs bien tenu. Quand le directeur dit que les salaires sont la priorité, c’est logique. Je ne suis pas capable de dire l’ampleur de la dette intérieure, mais je pense qu’il y a encore six mois, l’Etat ne devait plus quasiment un centime aux fournisseurs. Quand il y avait des retards, c’était des retards de 15 jours, qui étaient dus à des problèmes techniques. Je ne pense pas qu’il y ait une dette intérieure suffisamment inquiétante.
Les gens relient plutôt cette situation au nom respect de l’orthodoxie financière par le gouvernement.
On ne peut pas nous taxer de non respect de l’orthodoxie financière. Nous avons fait la preuve de notre capacité à bien gérer. Lorsque le président prenait le pouvoir, le budget de l’Etat était l’avant dernier de tous les Etats de l’Uemoa. En moins de trois ans, on est passé de cette place à la troisième place derrière la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Nous avons eu récemment des missions de la banque mondiale et du Fmi. C’était des satisfecit. Mais, dans notre pays, il y a toujours une certaine frange de la population qui se plaît à noircir tout ce que le gouvernement fait de façon systématique.
Réalisation : Benoît Mètonou
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