(Nous revenons ce jour sur l’affaire Houndégnon pour expliquer les raisons et les conséquences de son insubordination à la Cour constitutionnelle)
Le commissaire Louis Philippe Houndégnon est jeune, brillant, intelligent et a plutôt fière allure comme policier. Et à en croire les connaisseurs, son succès est garanti auprès de la gent féminine. Tant mieux pour lui ! Depuis environ vingt ans qu’il est dans la profession, sa silhouette longiligne est restée la même sans cette vilaine protubérance au niveau du ventre qu’on observe chez la plupart de ses collègues adeptes du dieu Bacchus* .Ceux qui le connaissent dans le privé parlent de lui comme d’un homme extrêmement courtois, chaleureux, affable et très poli envers ses aînés et….-malgré les apparences- ses supérieurs hiérarchiques aussi.
Malheureusement, ce commissaire au parcours professionnel élogieux, et à l’avenir prometteur, n’a pas bonne presse. Et cela, par sa propre faute mais surtout celle du pouvoir politique au service de qui, il a choisi de se mettre, semble-t-il corps et âme. Avec le comportement qu’il vient d’avoir dans l’affaire jugée par la cour constitutionnelle, son image risque d’être irrémédiablement ternie, s’il ne fait pas amende honorable et si ces proches continuent de lui cacher la vérité sur les conséquences de son excès de zèle et de ses dérives. Avant le verdict de la Cour constitutionnelle, on a évoqué son intervention tonitruante à cette réunion avec les hauts gradés de l’armée et de la police qui a failli dégénérer. Et bien avant la décision de la cour, d’autres faits sont souvent portés à son passif, des faits qui vont de l’écart de langage (envers les magistrats) aux méthodes pour le moins expéditives dont il use dans ses rapports avec les citoyens prévenus (cas Ernest Lalou). Aujourd’hui, il est au firmament. Commissaire central à un âge où certains, du fait des vicissitudes de la vie, (grèves, années blanches, modicité des moyens etc..) commencent leur carrière. Mais demain, il peut se retrouver en mauvaise posture, au creux de la vague, pour ainsi dire. Quand, celui qu’il aura servi aveuglément lui aura tourné le dos. La roue de l’histoire tourne! On a vu dans ce pays, des gens comme Martin Dohou Azonhiho, le tout puissant Mison des années de plomb du Prpb ou dans une moindre mesure, Antoine Allabi Gbègan, Gaston Zossou ou encore, plus près de nous , des griots comme Armand Zinzindohoué .Ce dernier a collé au chef de l’Etat le qualificatif « Haute Autorité »qu’il débite, pince-sans- rire, plusieurs fois dans ces discours,
Cela dit, les gens comme Zinzindohoué, Azonhiho, il y en a eu dans tous les régimes depuis nos indépendances. Au début des années 60, un certain Tévoèdjrè s’était rendu célèbre par ses chroniques journalières intitulées « où en sommes- nous ? ».Et en 1968-69 sous le président Zinsou, Emile Désiré Ologoudou était connu pour ses « exhortations au lever du jour » Et il y a une constante dans le comportement de ses griots ou séides du pouvoir : l’excès de zèle. Comme ces gens semblent avoir l’oreille du chef, Ils sont prêts à tout faire et à tout justifier. De ce point de vue, Les points de presse de Gaston Zossou sont restés inégalés à ce jour. Ces gens-là sont prêts à aller même au-delà de ce que le chef leur a demandé, pour assouvir une vengeance personnelle. Comme cette course- poursuite rocambolesque dans les rues d’Allada entre les sbires d’Antoine Allabi Gbègan et Thimothée Adanlin tous deux alors ministres, sous le régime Soglo. L’une des portières de la voiture d’Adanlin a été arrachée dans la poursuite comme dans un western de série B .Et il n’y a jamais eu d’enquête ni de poursuite judiciaire, parce qu’à l’époque, Allabi Gbégan, tout puissant ministre de l’Intérieur avait l’oreille du chef.
Et c’est ce qui se passe dans le cas Houndégnon à plusieurs années d’intervalle. Il semble, selon des témoignages concordants que ce jeune commissaire originaire de ce qu’on appelle aujourd’hui le « Zou Nord », a tapé très tôt dans l’œil de notre hyper président qui l’appelle directement pour lui confier des missions spéciales. Directement, c’est-à-dire, par dessus la tête du Directeur général de la police(Dgpn), son supérieur hiérarchique ou du ministre de l’Intérieur qui devrait être le premier interlocuteur du chef de l’Etat. Ce « chamboulement » dans la hiérarchie est à l’origine des comportements de suffisance qu’on observe chez des gens comme Houndégnon. Ils se sentent protégés et se croient tout permis. Dans une situation normale, le chef de l’Etat n’a pas à s’adresser directement au commissaire Houndégnon qui est trop loin dans l’organigramme de l’administration centrale de la police. En matière de procédures policières , le premier interlocuteur du chef de l’Etat est le ministre de l’Intérieur. Qui instruit son collaborateur direct qu’est le Dgpn, lequel instruit le collaborateur approprié. Lorsque le chef de l’Etat s’adresse directement au commissaire central sans s’en référer à son ministre, dans une affaire commerciale comme celle des intrants qui a conduit Talon à être gardé à vue au commissariat central, là où la brigade économique et financière compétente aurait suffi, il crée un hiatus dans la hiérarchie policière et fait du commissaire central un personnage plus important que son ministre de tutelle , plus important que le Dgpn, plus important que le Dpj (Directeur de la police judiciaire) etc…
Et il n’y a pas qu’à la police que le chef de l’Etat se comporte ainsi .L’hyper président qu’il est, fonctionne ainsi partout. Nous avons dit précédemment dans ces mêmes colonnes qu’il nomme directement les collaborateurs de ses ministres, mais de sources concordantes on sait aussi qu’il supervise directement certains concours comme ceux d’entrée à la police et surtout à la douane. Officiellement, c’est sur proposition des ministres que les Dg des sociétés sont nommés. Mais tout le monde sait que dans la réalité, c’est lui, l’hyper président qui nomme, en fonction de ses intérêts électoralistes entre autres. Apparemment, cette information semble anodine mais ces genres de nomination sont sources de conflits entre les Dg et leurs ministres, sources surtout des dysfonctionnements observés dans certains ministères avec à la base, une seule et même cause : l’insubordination du Dg à son ministre de tutelle. On encore en mémoire l’épisode Jérôme Dandjinou au port, sous Kérékou. Dandjinou n’obéissait qu’à ce dernier, lequel n’a rien dit quand feu Akobi, son ministre de tutelle l’a limogé. Et, sous Yayi, c’est lui-même qui l’a limogé, quand il n’a pas réussi à conquérir, comme on lui a laissé croire, la mairie de Cotonou. Un ministre, parmi les plus importants en cette saison de pvi et d’intrants agricoles en fait l’amère expérience ces jours-ci. Eh bien ! Le Dg d’une structure importante sous sa tutelle a limogé récemment un directeur, sur instruction directe du chef de l’Etat. Le pauvre ministre qui ne le savait pas, demande dans un premier temps au Dg de revenir sur sa décision, en vain ! Mais aujourd’hui, il le sait mais préfère se taire, pour respecter la maxime Chevènement : « un ministre, ça la boucle ou ça démissionne ».L’insubordination dans l’administration publique est source de dysfonctionnement et de conflit qui peuvent nuire à son caractère de service public. Mais on peut facilement corriger cela sans grande conséquence, en faisant jouer les principes de respect de la hiérarchie. Mais, quand l’insubordination concerne les agents assermentés et qui de surcroît, manient les armes de guerre, il y a péril. Passe encore si Houndégnon ne respecte pas son ministre de tutelle ! ça ne fait que l’affaire du président et de son ministre qui accepte ainsi de jouer les seconds rôles. Les usagers des services publics savent où se trouvent leurs intérêts. Mais si le commissaire Houndégnon chargé d’assurer la sécurité des personnes et des biens avec des armes de guerre, défie une institution comme la Cour Constitutionnelle qui régule le fonctionnement des institutions et tranche la constitutionnalité des actes posés par les institutions et les citoyens, qui peut l’arrêter dans ses excès? Si personne n’intervient pour l’arrêter, il pourra récidiver impunément et nous ne serons plus en sécurité et libres d’agir et de penser autrement. Et si, comme il se murmure, Houndégnon prend de nouveaux galons sans qu’on l’oblige à s’expliquer sur ces actes de torture physique et morale sur la personne du sieur Oussoukpèvi pour se repentir, alors, que valent les décisions de condamnation de la Cour Constitutionnelle?
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