Alertes américaines en Amérique latine : de nouvelles frappes après le Venezuela ?

La Federal Aviation Administration américaine a émis vendredi 16 janvier une série d’avertissements aux compagnies aériennes concernant des « activités militaires » au-dessus du Mexique, de l’Amérique centrale et de plusieurs pays sud-américains. Ces alertes, valables soixante jours, interviennent alors que Donald Trump a explicitement évoqué des frappes terrestres contre les cartels mexicains. Le précédent vénézuélien, marqué par la capture spectaculaire de Nicolás Maduro deux semaines plus tôt, alimente les spéculations sur une possible extension des opérations militaires américaines dans la région.

Les autorités aéronautiques américaines ont publié plusieurs avis aux navigants couvrant un vaste périmètre géographique s’étendant du golfe de Californie jusqu’aux côtes colombiennes et équatoriennes, en passant par le Panama et une partie substantielle du Pacifique oriental. Ces notifications, entrées en vigueur immédiatement et maintenues jusqu’au 17 mars prochain, signalent l’existence de « risques potentiels pour les aéronefs à toutes les altitudes », y compris durant les phases de décollage et d’atterrissage. La Federal Aviation Administration invoque également des perturbations possibles des systèmes de navigation par satellite, sans toutefois préciser la nature exacte des opérations susceptibles d’affecter une zone aussi étendue.

La FAA étend son périmètre de sécurité du Mexique à la Colombie

L’administrateur de la FAA, Bryan Bedford, a confirmé cette semaine auprès de l’agence Reuters qu’une coordination étroite existait entre son administration et les forces armées américaines avant l’intervention au Venezuela. Cette nouvelle alerte constitue manifestement un élargissement du dispositif de précaution vers les itinéraires aériens habituels reliant l’Amérique du Nord au continent sud-américain. Les compagnies aériennes opérant dans la région ont été invitées à revoir leurs trajectoires pour éviter d’éventuels dangers, tandis que le gouvernement mexicain s’est empressé de préciser que ces mesures ne concernaient que les opérateurs américains et n’affectaient nullement le fonctionnement normal de l’aviation civile nationale. La Secretaría de Infraestructura, Comunicaciones y Transportes a réaffirmé la souveraineté du pays sur son espace aérien dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux.

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L’annonce de ces restrictions aériennes ne survient pas dans un vide géopolitique. Le 3 janvier dernier, des forces spéciales américaines ont mené une opération d’envergure à Caracas, aboutissant à la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores, tous deux transférés vers New York pour y être jugés dans le cadre d’accusations de narcotrafic. Cette intervention, présentée par Washington comme une action contre le « narco-terrorisme », avait été précédée de plusieurs mois de frappes maritimes contre des embarcations soupçonnées de transporter de la drogue dans les Caraïbes et le Pacifique oriental. L’administration Trump revendique trente-cinq opérations connues ayant entraîné la mort d’au moins cent quinze personnes. Des avertissements similaires à ceux émis vendredi avaient été diffusés pour l’espace aérien vénézuélien dans les jours précédant le raid sur Caracas, contraignant les grandes compagnies à annuler des centaines de vols à travers les Caraïbes.

Donald Trump menace de frappes terrestres contre les cartels mexicains

Cette chronologie prend une dimension particulière à la lumière des déclarations récentes du président américain. Lors d’un entretien diffusé le 8 janvier sur Fox News, Donald Trump a affirmé que les forces américaines allaient désormais « frapper sur terre » les organisations criminelles mexicaines, après avoir selon lui neutralisé la quasi-totalité du trafic maritime de stupéfiants. Le locataire de la Maison Blanche a qualifié le Mexique de pays « dirigé par les cartels », une rhétorique qu’il a étendue à d’autres nations de la région. Le président colombien Gustavo Petro a lui-même révélé que son homologue américain lui avait indiqué lors d’une conversation téléphonique que Washington « préparait déjà » une opération militaire sur son territoire. Ces menaces ont provoqué des réactions contrastées au sein même du camp républicain, le Sénat ayant adopté une résolution sur les pouvoirs de guerre visant à encadrer toute nouvelle intervention sans autorisation préalable du Congrès.

Face à cette pression croissante, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum déploie une stratégie combinant fermeté sur les principes et coopération renforcée sur le terrain. Lors de sa conférence de presse de vendredi, elle a défendu le bilan de son administration en matière de lutte contre les trafiquants, évoquant des « résultats convaincants » et une réduction de moitié des saisies de fentanyl à la frontière américaine selon les données officielles de Washington. La dirigeante mexicaine a néanmoins réitéré son opposition catégorique à toute présence militaire étrangère sur le sol national, rappelant que « la souveraineté et l’autodétermination ne sont ni optionnelles ni négociables ». Un groupe de travail bilatéral sur la sécurité doit se réunir le 23 janvier, suivi d’une rencontre ministérielle prévue à Washington en février pour évaluer les progrès accomplis.

Amérique latine : entre coopération diplomatique et risque d’escalade militaire

Plusieurs analystes estiment toutefois que la situation mexicaine diffère fondamentalement du cas vénézuélien. David Mora, chercheur principal à l’International Crisis Group, souligne que Claudia Sheinbaum ne fait l’objet d’aucune inculpation devant les tribunaux américains et demeure considérée par Washington comme une présidente légitime. Cette distinction juridique et politique pourrait constituer un frein significatif à toute velléité d’intervention directe. Le Mexique représente par ailleurs le premier partenaire commercial des États-Unis, une réalité économique qui complique considérablement tout scénario de confrontation ouverte. Les experts anticipent plutôt un renforcement des mécanismes de coopération existants, incluant l’échange de renseignements et le soutien technologique, comme stratégie de Claudia Sheinbaum pour « apaiser la possibilité d’arrangements militaires » selon les termes de David Mora.

L’incertitude demeure néanmoins sur les intentions réelles de l’administration américaine dans les semaines à venir. La durée inhabituelle des restrictions aériennes, fixée à soixante jours, ainsi que l’ampleur géographique du dispositif laissent planer le doute sur d’éventuelles opérations en préparation. Donald Trump a indiqué avoir renoncé à une « seconde vague » de frappes contre le Venezuela en raison de la coopération du gouvernement intérimaire, tout en précisant que l’armada navale américaine restait déployée dans les Caraïbes pour des raisons de « sécurité ». La région latino-américaine, longtemps considérée comme une zone de paix relative, se trouve ainsi confrontée à une redéfinition potentielle des règles du jeu géopolitique continental, dont les contours restent encore à déterminer.

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