Groenland : l'Italie refuse d'envoyer des troupes et qualifie les déploiements européens de « plaisanterie »

Alors que plusieurs nations européennes ont dépêché des contingents militaires au Groenland pour affirmer leur soutien au Danemark face aux ambitions américaines, Rome a choisi une voie différente. Le ministre italien de la Défense Guido Crosetto a catégoriquement écarté toute participation de son pays à ces opérations, estimant qu’elles manquent de pertinence stratégique. Cette position singulière intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Washington et ses alliés traditionnels autour de ce territoire arctique. L’enjeu dépasse la simple question territoriale et touche aux *fondements mêmes de la cohésion occidentale.

Rome critique la stratégie militaire européenne au Groenland

La position adoptée par l’Italie tranche nettement avec celle de ses partenaires européens. Le chef de la diplomatie militaire italienne n’a pas mâché ses mots pour exprimer son scepticisme quant à l’utilité des déploiements en cours sur l’île arctique. « Que peuvent faire cent, deux cents ou trois cents soldats ? Cela ressemble au début d’une plaisanterie », a-t-il déclaré, balayant d’un revers de main l’idée d’une participation italienne. Selon lui, l’envoi de quelques dizaines de militaires ne saurait constituer une réponse appropriée aux défis géopolitiques actuels, et cette question ne doit pas se transformer en compétition visant à déterminer qui enverra son armée le plus loin.

Cette critique acerbe vise directement les opérations menées par plusieurs membres de l’Alliance atlantique. La France a effectivement acheminé une quinzaine de militaires vers Nuuk, la capitale groenlandaise, tandis que l’Allemagne en a déployé treize avant de les retirer rapidement. D’autres nations comme la Finlande, la Norvège, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont également contribué avec des effectifs encore plus modestes, portant le total du contingent européen à quelques dizaines de personnes seulement. Des renforts canadiens et suédois seraient par ailleurs attendus prochainement sur ce territoire de plus de deux millions de kilomètres carrés.

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Les ambitions américaines et les droits de douane de Trump sur le Groenland

Les revendications de Donald Trump concernant cette île stratégique ne datent pas d’hier, mais elles ont pris une dimension nouvelle depuis son retour à la Maison Blanche. Le président américain a clairement exprimé sa volonté d’acquérir ce territoire autonome rattaché au royaume danois, invoquant des impératifs de sécurité nationale et des intérêts économiques liés aux ressources naturelles considérables que recèle le sous-sol arctique. Cette ambition s’inscrit dans une vision plus large de domination américaine sur les routes maritimes du Grand Nord, rendues de plus en plus accessibles par le réchauffement climatique.

Face à la résistance européenne, Washington a choisi l’escalade économique comme levier de pression. Le locataire de la Maison Blanche a annoncé le 18 janvier l’instauration de taxes douanières majorées de dix pour cent sur les importations en provenance des pays contestant ses projets groenlandais. Cette mesure pourrait même atteindre vingt-cinq pour cent dès le mois de juin si aucun accord n’était trouvé pour ce que l’administration américaine qualifie d’acquisition complète du territoire. L’administration Trump a par ailleurs signifié que la présence de soldats européens sur l’île ne modifierait en rien sa détermination à mener ce projet à son terme.

L’OTAN au cœur des divisions transatlantiques sur l’Arctique

Pour Guido Crosetto, la réponse aux tensions actuelles ne peut être que collective et institutionnelle. Le ministre italien plaide vigoureusement pour que l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord endosse un rôle de coordination dans ce dossier brûlant plutôt que de laisser chaque État membre agir de manière dispersée. Il estime fondamental de préserver l’unité du monde occidental et considère que les initiatives nationales fragmentées risquent d’affaiblir la position européenne au lieu de la renforcer. Cette approche privilégiant le multilatéralisme reflète également la volonté de Rome de maintenir des canaux de dialogue ouverts avec Washington.

La première ministre Giorgia Meloni semble d’ailleurs s’être positionnée comme médiatrice potentielle dans cette crise transatlantique. Un entretien téléphonique entre la dirigeante italienne et le président américain s’est tenu le 18 janvier, témoignant de la stratégie diplomatique choisie par Rome. Selon les déclarations officielles italiennes, des difficultés de compréhension et de communication persisteraient entre les deux rives de l’Atlantique concernant les contributions respectives à la sécurité collective. L’Italie n’est d’ailleurs pas isolée dans sa réticence puisque la Pologne a également décliné toute participation aux opérations groenlandaises.

Les analystes militaires tendent à donner raison aux réserves exprimées par le gouvernement italien. Les effectifs actuellement présents sur le territoire arctique demeurent bien trop limités pour modifier quelque équilibre stratégique que ce soit, conférant à ces déploiements une dimension essentiellement symbolique. La question demeure de savoir si cette démonstration de solidarité européenne envers Copenhague produira les effets diplomatiques escomptés ou si elle contribuera paradoxalement à creuser le fossé avec l’allié américain. Dans tous les cas, la crise groenlandaise révèle les profondes lignes de fracture qui traversent désormais l’alliance occidentale et pose la question de sa capacité à maintenir une posture commune face aux défis géopolitiques contemporains.

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