Le Parlement européen a décidé ce mardi 20 janvier 2026 de geler la ratification de l’accord commercial conclu avec les États-Unis en juillet 2025. Cette suspension, validée par les principaux groupes politiques de l’institution, intervient en réponse aux récentes intimidations tarifaires brandies par Donald Trump. En refusant d’entériner un texte pourtant avantageux pour Washington, les eurodéputés privent potentiellement les entreprises américaines d’un accès privilégié au marché européen. Cette décision illustre comment la stratégie de pression maximale adoptée par la Maison-Blanche pourrait finalement desservir les intérêts économiques américains.
Le Parlement européen suspend l’accord commercial avec Washington
La riposte européenne s’est matérialisée avec une rapidité inhabituelle pour les institutions bruxelloises. Les formations politiques majeures du Parlement européen ont trouvé un terrain d’entente pour bloquer le processus de ratification qui devait initialement aboutir le 21 janvier. Iratxe Garcia Perez, à la tête du groupe social-démocrate, a confirmé l’existence d’un consensus majoritaire parmi les différentes familles politiques représentées à Strasbourg. Le Parti populaire européen, première force de l’hémicycle, s’est également rangé derrière cette position, conférant à la décision une légitimité transpartisane difficilement contestable. Cette convergence politique témoigne de l’exaspération croissante des Européens face aux méthodes employées par l’administration américaine depuis le retour de Donald Trump à la présidence.
Le texte visé par cette suspension avait été négocié dans des conditions particulièrement favorables aux intérêts américains. Signé en Écosse durant l’été 2025 par Donald Trump et Ursula von der Leyen, il établissait un régime douanier asymétrique entre les deux rives de l’Atlantique. Les produits européens expédiés vers le territoire américain se voyaient appliquer une taxation de quinze pour cent, touchant notamment le secteur automobile, les semi-conducteurs et l’industrie pharmaceutique. En contrepartie, les marchandises américaines bénéficiaient d’une exemption totale de droits à leur entrée sur le marché communautaire. Cette configuration avantageuse pour Washington risque désormais de voler en éclats si la ratification demeure gelée.
Groenland et droits de douane : les provocations américaines qui ont fait basculer l’Europe
Les tensions actuelles trouvent leur origine dans les ambitions territoriales affichées sans détour par le président américain concernant le Groenland. Ce vaste territoire arctique, doté d’un statut d’autonomie au sein du Royaume du Danemark, est devenu l’objet d’une convoitise américaine de plus en plus pressante. Donald Trump a multiplié les déclarations évoquant une possible annexion de cette île stratégique, riche en ressources naturelles et occupant une position géographique cruciale pour le contrôle des routes maritimes septentrionales. Face à l’opposition unanime des Européens, qui considèrent toute remise en cause de la souveraineté danoise comme inacceptable, le locataire de la Maison-Blanche a choisi l’escalade. Il a menacé huit pays européens de surtaxes douanières supplémentaires en représailles à leur refus de cautionner ses visées expansionnistes. Cette attitude coercitive, perçue comme une violation flagrante de l’esprit des accords conclus quelques mois plus tôt, a précipité la réaction européenne.
Les responsables européens ne cachent plus leur détermination à utiliser tous les leviers disponibles pour faire entendre leur voix. Manfred Weber, patron du groupe PPE, a qualifié la suspension de l’accord d’« outil très puissant » à disposition des Vingt-Sept. Sa collègue Valérie Hayer, présidente du groupe centriste Renew, partage cette analyse et estime que les entreprises américaines ne sauraient accepter de perdre leur accès privilégié au marché européen. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a pour sa part souligné que ce message devait être entendu comme un avertissement clair par l’administration américaine. La France avait d’ailleurs anticipé cette décision en annonçant son soutien à la suspension avant même le vote des groupes parlementaires.
Divisions européennes sur les mesures de rétorsion face à l’administration Trump
Si l’unité prévaut concernant le gel de l’accord commercial, les Européens demeurent partagés sur l’ampleur des mesures de rétorsion à adopter. Le mécanisme anticoercition, parfois surnommé le « bazooka » économique européen, fait l’objet de vifs débats. Cet instrument permettrait notamment de restreindre l’accès des entreprises américaines aux marchés publics du continent. Le PPE et le groupe ECR se sont prononcés contre son activation, privilégiant une approche de désescalade malgré les provocations américaines. Nicola Procaccini, vice-président d’ECR, considère même comme une erreur le gel de l’accord commercial. À l’inverse, les autres formations politiques soutiennent le recours à cet arsenal législatif si les circonstances l’exigent. Le groupe des Patriotes, présidé par Jordan Bardella, s’est rangé du côté des partisans de la fermeté, estimant que seul le rapport de force permet désormais de traiter avec Washington.
Un sommet extraordinaire réunissant les dirigeants européens est prévu jeudi à Bruxelles pour coordonner la réponse collective face aux pressions américaines. Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen ont déjà haussé le ton lors du Forum économique mondial de Davos, refusant de céder aux intimidations. Le président français a notamment déclaré préférer le respect aux méthodes brutales, tandis que la présidente de la Commission a qualifié d’erreur la stratégie tarifaire punitive envisagée par Trump. Cette fermeté affichée contraste avec les attentes initiales de l’administration américaine, qui tablait manifestement sur des divisions européennes pour faire avancer ses intérêts. En définitive, les menaces répétées de Donald Trump auront peut-être réussi là où tant d’efforts diplomatiques avaient échoué : souder les Européens autour d’une position commune face à une puissance alliée devenue imprévisible.



