Le corps du leader du parti politique « Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (MANIDEM) » reste aux mains des autorités, trois mois après son décès en détention selon le Président National du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Maurice Kamto, du MRC, dénonce des pratiques « barbares et inhumaines ».
La dépouille d’Anicet Ekane n’a toujours pas été remise à sa famille depuis le 1er décembre 2025, date à laquelle le Président National du MANIDEM succombe en détention, Yaoundé garde le corps sans explication officielle selon le parti politique MRC.
Le 21 février 2026, Maurice Kamto, Président National du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), rompt le silence. Un communiqué tombe de Yaoundé. Son ton ne lisse rien. « Cette rétention du corps d’un citoyen camerounais, de surcroît dirigeant d’un parti politique, dont les éléments connus indiquent que sa mort fut orchestrée, est incompréhensible, si ce n’est qu’elle renforce le sentiment d’un assassinat politique », écrit le leader de l’opposition.
Un opposant arrêté la veille du scrutin
Anicet Ekane était un politicien de 74 ans, né à Douala le 17 avril 1951, figure de proue du MANIDEM, parti d’opposition dans un paysage politique dominé par le régime en place. Le 24 octobre 2025, les gendarmes l’interpellent à Douala. Les circonstances : veille de l’annonce officielle de la victoire de Paul Biya à la présidentielle. « Encagoulé comme une bête sauvage », selon le libellé du communiqué de Kamto, Ekane est transféré à Yaoundé, enfermé au Secrétariat d’État à la Défense (SED).
Sa condition médicale complique le tableau. Atteint de plusieurs affections chroniques, Ekane dépendait d’un appareil respiratoire. Cet appareil ne l’accompagne pas en cellule selon l’annonce. Trente-huit jours plus tard, le 1er décembre, il expire. Les autorités militaires évoquent un décès naturel, conséquence de ses pathologies. La famille brandit une version radicalement différente : Ekane « étouffait depuis une semaine », son matériel médical « avait été confisqué ». Ses avocats vont plus loin, parlant de privation « d’oxygène jusqu’à son décès ». Le ministère de la Défense s’engage alors à ouvrir une enquête.
Des demandes ignorées, une famille sans réponse
Selon le communiqué, depuis décembre, la famille multiplie les demandes. Elles restent lettres mortes. Pas de raison donnée. Pas de dépouille restituée. Pas de possibilité d’enterrement. Kamto monte au créneau : « Quel que soit ce que le régime en place reprochait à Anicet Ekane, celui-ci ne méritait pas le traitement odieux dont il a fait l’objet à la fin de sa vie, ni la souillure abjecte de sa mémoire et le châtiment obscène qu’il inflige à sa famille, ses proches et les membres de sa formation politique. »
Le MRC exige alors deux choses. D’abord, « libérer le corps d’Anicet Ekane et le remettre à sa famille éplorée ». Ensuite, « la libération immédiate de tous les prisonniers politiques et autres prisonniers d’opinions, y compris les personnes arrêtées dans le cadre de la crise postélectorale d’octobre 2025, dont une partie importante est constituée de mineurs ». Aucun commentaire officiel du gouvernement n’a suivi ce communiqué à ce jour.
