Dans les zones rurales, les fèves s’accumulent et les paiements tardent. À l’approche de la fin de la récolte principale, la filière cacao ivoirienne s’expose à un blocage susceptible d’immobiliser des volumes importants.
Dans les zones de production, les sacs de fèves s’accumulent tandis que les circuits d’écoulement ralentissent nettement. Dans certaines localités, des producteurs attendent encore le règlement de leur récolte. À l’approche de la fin de la campagne principale, une part non négligeable des volumes pourrait rester sans débouchés. Selon plusieurs sources concordantes du négoce, près de 200 000 tonnes de cacao pourraient ne pas être écoulées d’ici fin mars si la situation se prolonge.
À l’origine de ce blocage, un décalage de prix. Fixé en début de campagne, le tarif garanti aux producteurs dépasse désormais les niveaux du marché international, fragilisé par la baisse récente des cours. Face à ce différentiel, les acheteurs internationaux réduisent leurs engagements, certains suspendant leurs opérations. Les échanges ralentissent, puis se contractent.
Prix élevés, chaîne commerciale fragilisée
Sur les marchés internationaux, les cours du cacao ont reculé ces derniers mois, après une phase de hausse marquée. La baisse atteindrait près de 50 % depuis le début de l’année, ramenant les prix à un niveau qui n’avait plus été observé depuis près de trois ans. Ce repli accentue l’écart avec le prix garanti en Côte d’Ivoire, désormais supérieur aux conditions du marché.
Dans ce contexte, plusieurs négociants internationaux ont réduit, voire suspendu, leurs achats de fèves issues de la récolte principale. Les flux à l’export ralentissent. Dans les zones de production comme dans les ports, les stocks s’accumulent. L’ensemble de la chaîne commerciale se tend.
Exposés en première ligne, les acheteurs locaux peinent à écouler les volumes acquis auprès des producteurs. Certains opérateurs ivoiriens n’auraient pas honoré leurs engagements. D’après des sources du commerce, des défauts pourraient porter sur au moins 100 000 tonnes. La pression financière s’intensifie sur ces intermédiaires, tandis que les producteurs se retrouvent confrontés à des retards de paiement et à des volumes immobilisés.
Intervention de l’État et incertitudes persistantes
Face à l’accumulation des fèves, les autorités ivoiriennes ont engagé une première réponse. Fin janvier, l’État s’est engagé à racheter 100 000 tonnes de cacao invendu, pour un montant estimé à 500 millions de dollars. L’objectif affiché consiste à injecter des liquidités dans la filière et à faciliter le paiement des producteurs.
Selon plusieurs observateurs du secteur, ce volume pourrait s’avérer insuffisant si le blocage se prolonge. Les quantités à reprendre pourraient augmenter dans les prochaines semaines. Dans le même temps, des signaux contrastés apparaissent. D’après des sources commerciales, environ 200 000 tonnes de la récolte intermédiaire, attendue entre avril et septembre, auraient été cédées récemment à des négociants internationaux.
Une évolution qui ne règle pas la situation de la récolte principale. Premier producteur mondial, la Côte d’Ivoire assure environ 40 % de l’offre mondiale et, avec le Ghana voisin, près de la moitié des volumes disponibles. Dans les zones rurales, le cacao reste la principale source de revenus pour des millions de personnes.
Le mécanisme de prix garanti protège les producteurs contre les fluctuations du marché, mais complique les ventes lorsque les cours internationaux reculent. Le dilemme persiste. Maintenir le prix actuel soutient les revenus agricoles. Le réduire pourrait relancer les échanges, au risque de fragiliser les planteurs.