USA: des documents révèlent l'ampleur des secrets vendus à la Russie par un Australien

L’affaire était connue depuis octobre 2025. Les documents judiciaires rendus publics cette semaine en dévoilent l’étendue réelle : huit outils cyber classifiés cédés à Moscou, plus d’1,26 million de dollars versés en cryptomonnaie, et une audience de condamnation attendue dans les prochains jours à Washington.

Huit outils arrachés au renseignement occidental

C’est un mémo de condamnation, publié début février, qui relance l’affaire Peter Williams. Australien de 39 ans, ancien directeur général de Trenchant — filiale cyber du géant américain de la défense L3Harris —, Williams avait plaidé coupable en octobre 2025 pour vol de secrets commerciaux. Les documents désormais accessibles précisent ce que la justice américaine avait jusqu’ici tu : l’identité des outils volés, le mode opératoire, et l’ampleur financière du préjudice.

Depuis les bureaux de Trenchant à Sydney et à Washington, Williams exfiltre méthodiquement, entre avril 2022 et juillet 2025, huit composants d’exploitation zero-day — des failles informatiques inconnues de leurs fabricants, parmi les actifs les plus sensibles du renseignement occidental. Leur destination : Operation Zero, un courtier russe qui se présente publiquement comme revendeur d’outils cyber auprès de gouvernements non membres de l’OTAN, dont Moscou.

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Sous le pseudonyme John Taylor, Williams signe plusieurs contrats structurés avec le courtier : paiement initial à la livraison, versements périodiques pour « support technique » continu, avec une promesse totale pouvant atteindre 4 millions de dollars. Les fonds arrivent en cryptomonnaie, transitent par des portefeuilles anonymisés avant de financer un train de vie dispendieux — voitures de luxe, bijoux, vacances onéreuses, et un acompte de 1,5 million de dollars sur une propriété à Washington. Au total, plus de 715 000 dollars dépensés en biens matériels.

Une enquête du FBI délibérément ignorée

Le FBI ouvre une investigation. Williams en prend connaissance et poursuit malgré tout ses livraisons jusqu’en juillet 2025, date de son arrestation à Washington. Détail aggravant : alerté en octobre 2024 par les autorités de la fuite de l’un de ses produits, son employeur Trenchant lui confie la conduite de l’enquête interne. Williams dirige alors lui-même les investigations sur ses propres crimes.

Avant Trenchant, Williams avait officié au sein de l’Australian Signals Directorate, l’agence australienne de renseignement électromagnétique, dans les années 2010 — un profil qui rendait son accès aux outils les plus sensibles de l’alliance Five Eyes — États-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande — à la fois légitime et redoutable. Roman Rozhavsky, directeur adjoint de la division contre-espionnage du FBI, tranche sans nuance : «Il a choisi la cupidité plutôt que la liberté et la démocratie» (NDLR : traduit de l’anglais).

Les pertes subies par les entreprises victimes dépassent 35 millions de dollars. Les procureurs réclament neuf ans de prison, 35 millions en restitution, une amende de 250 000 dollars et trois ans de liberté surveillée, auxquels s’ajoute la confiscation de sa propriété de Washington, de 22 montres de luxe, de bijoux et de l’ensemble de ses avoirs en cryptomonnaie. L’audience de condamnation doit se tenir prochainement devant le tribunal fédéral du district de Columbia, à Washington.

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