L'arme secrète de l'Iran : viser les yeux du bouclier américain avant les missiles

Un radar AN/TPY-2 de la société américaine RTX Corp., composant central des batteries de défense antimissile THAAD déployées par l’armée américaine, a été détruit sur la base aérienne jordanienne de Muwaffaq Salti dans les premiers jours du conflit opposant l’Iran aux États-Unis et Israël. La destruction de l’équipement, d’abord révélée par des images satellites commerciales analysées par CNN, a été confirmée par un responsable américain cité par Bloomberg.

Un capteur à 300 millions de dollars neutralisé en Jordanie

Le radar AN/TPY-2 constitue le dispositif de détection principal d’une batterie THAAD — Terminal High Altitude Area Defense —, système conçu pour intercepter les missiles balistiques en phase terminale de vol. Sans ce capteur, la batterie déployée à Muwaffaq Salti perd la capacité de calculer des solutions d’interception et de guider ses missiles. Selon le budget 2025 de l’Agence américaine de défense antimissile, chaque unité AN/TPY-2 représente une valeur proche de 300 millions de dollars.

Des images satellites datées du 2 mars 2026 montrent le radar noirci, entouré de débris, avec plusieurs cratères de près de quatre mètres à proximité immédiate. La Foundation for Defense of Democracies recense deux frappes iraniennes sur la base jordanienne : l’une le 28 février, l’autre le 3 mars, toutes deux initialement présentées comme interceptées par les défenses américaines.

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« La perte d’un tel radar constitue un événement opérationnellement significatif », a déclaré N. R. Jenzen-Jones, directeur du cabinet de recherche Armament Research Services, cité par CNN.

Une stratégie iranienne de neutralisation des capteurs

La frappe en Jordanie ne constitue pas un incident isolé. Selon des données compilées par le James Martin Center for Nonproliferation Studies de Monterey, un radar AN/FPS-132 — installation fixe d’alerte avancée déployée au Qatar — a également été endommagé lors d’une attaque iranienne. Des terminaux de communication satellitaire auraient aussi été visés à Bahreïn. Des images satellites analysées par CNN montrent des dommages sur des installations abritant des radars THAAD aux Émirats arabes unis, dans deux sites distincts, sans que l’état des équipements à l’intérieur n’ait pu être confirmé.

La séquence des frappes révèle une stratégie cohérente : neutraliser les capteurs de détection et de guidage avant d’engager les systèmes d’interception eux-mêmes, exposant le dispositif défensif américain dans le Golfe à des angles morts.

Un conflit qui s’étend depuis la mort de Khamenei

Cette offensive militaire a été déclenchée fin février 2026 sous le nom d’opération « Rising Lion », lancée par les États-Unis et Israël contre des installations nucléaires et militaires iraniennes. Le guide suprême iranien Ali Khamenei est décédé au cours du conflit, ouvrant une crise de succession à Téhéran dont les contours restent incertains.

L’armée américaine dispose au total de huit batteries THAAD, déployées notamment en Corée du Sud et à Guam. Tom Karako, expert en défense antimissile au Center for Strategic and International Studies, souligne que cette dotation est déjà inférieure aux neuf batteries jugées nécessaires depuis 2012, laissant peu de marges pour compenser la perte jordanienne sans redéploiement depuis d’autres théâtres d’opérations. Des sous-traitants de défense, dont Lockheed Martin et RTX, ont été convoqués à la Maison-Blanche vendredi pour accélérer la production d’intercepteurs face aux stocks en diminution rapide.

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