L'Europe sous chantage : Trump agite l'arme du gaz pour forcer la ratification de Turnberry

L’ambassadeur américain auprès de l’Union européenne, Andrew Puzder, a averti Bruxelles que l’accès privilégié des Vingt-Sept au gaz naturel liquéfié américain pourrait être remis en cause si le Parlement européen refuse de ratifier l’accord commercial de Turnberry. La mise en garde, publiée lundi par le Financial Times, intervient à quarante-huit heures du vote en séance plénière prévu ce jeudi 26 mars.

Dans cet entretien, Puzder a formulé la menace en ces termes : « Je ne sais pas ce qu’il adviendra du secteur de l’énergie s’ils ne donnent pas suite à l’accord. » Washington conditionne ainsi explicitement la sécurité d’approvisionnement énergétique européenne à la ratification sans modification d’un texte que de nombreux responsables politiques européens qualifient d’asymétrique.

Un accord contesté, un vote sous pression

Signé le 27 juillet 2025 par Donald Trump et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen au golf resort écossais de Turnberry, l’accord prévoit des droits de douane à 15 % sur la majorité des exportations européennes vers les États-Unis, tandis que l’UE supprime intégralement ses propres barrières tarifaires sur les importations américaines. Il engage l’Union à acheter pour 750 milliards de dollars d’énergie américaine d’ici 2028, incluant GNL, pétrole et technologies nucléaires civiles.

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La ratification a accumulé les retards. En janvier, les menaces de Trump sur le Groenland ont provoqué une première suspension des travaux en commission. En février, l’invalidation par la Cour suprême américaine de la majorité des droits de douane imposés via l’IEEPA a semé le doute sur la base juridique de l’accord. La commission du commerce international du Parlement européen n’a donné son feu vert que le 19 mars, en réclamant des garanties formelles sur le maintien du plafond tarifaire à 15 %.

Une dépendance énergétique qui amplifie la pression

La menace américaine prend sa pleine mesure au regard de l’évolution récente des approvisionnements gaziers européens. Les États-Unis fournissaient 5 % du GNL importé par l’Europe en 2021 ; cette part dépasse désormais 58 %, conséquence directe du sevrage du gaz russe engagé depuis 2022.

La pression s’exerce dans un environnement énergétique mondial déjà dégradé. La guerre au Moyen-Orient paralyse le détroit d’Ormuz depuis plusieurs semaines, perturbant les exportations de GNL qatari qui représentent près d’un cinquième de la production mondiale. Plusieurs États membres, dont l’Italie, s’approvisionnaient jusqu’à un tiers de leur GNL au Qatar, ce qui renforce mécaniquement leur exposition aux conditions posées par Washington.

Le vote du Parlement européen réuni en séance plénière ce jeudi 26 mars constituera le premier test formel de la résistance européenne face à cette pression énergétique.

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