Le gouvernement tchadien a réagi publiquement aux révélations du site d’investigation français Mediapart, qui affirmait le 10 mars 2026 que le président Mahamat Idriss Déby Itno et ses délégations auraient dépensé 867 533 euros au Royal Monceau, palace parisien, dont la quasi-totalité réglée en espèces. Le porte-parole du gouvernement, Gassim Cherif Mahamat, ministre de la Communication, a qualifié ces informations d’« allégations » dépourvues de toute « preuve matérielle » au micro de RFI.
N’Djamena demande des preuves, refuse la compétence française
S’exprimant au micro de Guillaume Thibault, Gassim Cherif Mahamat a mis en doute la solidité de l’enquête publiée par Mediapart : « Nous attendons que Mediapart produise les preuves matérielles de ces allégations. » Le ministre a aussi exclu toute obligation de rendre compte à la justice française, estimant que les dépenses d’un chef d’État souverain ne relèvent pas d’une juridiction étrangère.
« (…) nous n’avons pas à répondre à une justice française sur des dépenses que le chef de l’État aurait faites, ou sa délégation. Ça, c’est une réflexion plus globale qu’il faut élargir à d’autres pays. Le Tchad ne fait pas exception dans ce domaine, en la matière. Encore faut-il que ces montants dont on parle, que ces allégations, soient confirmés et corroborés par des preuves. . », a affirmé l’officiel tchadien.
Une visite officielle à Paris en toile de fond
Les faits évoqués par Mediapart couvrent la période 2021 à début 2026. Sur cette même période, Mahamat Idriss Déby Itno a effectué une visite d’État à Paris les 28 et 29 janvier 2026, à l’invitation d’Emmanuel Macron. Les deux présidents s’étaient entretenus à l’Élysée pour relancer un partenariat bilatéral mis à mal depuis novembre 2024, date à laquelle N’Djamena avait rompu l’accord de défense franco-tchadien. Aucun lien n’est établi par Mediapart entre ce déplacement officiel et les dépenses documentées au Royal Monceau.
Le ministre tchadien a rappelé que de nombreux dirigeants africains séjournent régulièrement en France pour des visites officielles, familiales ou professionnelles. Il a reconnu le droit de regard de la population tchadienne sur les dépenses publiques, sans fournir de données chiffrées alternatives
Une affaire aux ramifications judiciaires ouvertes
Le paiement en espèces de 784 918 euros — soit 90 % du total — constitue le point central de l’enquête. La réglementation française plafonne les paiements en liquide à 1 000 euros pour les résidents français et à 15 000 euros pour les non-résidents effectuant des transactions commerciales, ce qui rend les montants évoqués par Mediapart susceptibles d’attirer l’attention des autorités financières françaises, indépendamment du statut diplomatique des personnes concernées.
Mediapart n’a pas encore répondu publiquement aux déclarations du porte-parole tchadien. L’enquête du PNF, si elle est confirmée, suivrait une procédure dont les délais restent indéterminés à ce stade.
