Les autorités libyennes viennent de lancer des accusations spectaculaires contre plusieurs organisations humanitaires internationales. Le 2 avril, elles ont annoncé la fermeture des sièges de dix ONG et la suspension de leurs activités, les accusant de participer à un prétendu « complot international » visant à « installer des migrants d’origine africaine en Libye ».
Des accusations qui défient la logique et la géographie
Ces allégations, portées par Salem Gheith, porte-parole de l’Autorité de sécurité intérieure (ASI), relèvent de la théorie du complot. Le responsable accuse ces ONG de vouloir « modifier la composition démographique du pays » et de « menacer la société libyenne », pointant du doigt l’Union européenne comme cerveau de l’opération.
L’argument concernant un prétendu « projet d’installation de migrants d’origine africaine en Libye » atteint des sommets d’absurdité. On croirait presque que la Libye se trouve quelque part dans la péninsule arabique et non sur le continent africain. Cette rhétorique qui oppose « Libyens » et « Africains » ignore délibérément la réalité géographique du pays et sa propre histoire. La Libye a toujours été un carrefour de populations, avec une présence significative de personnes noires, y compris des Libyens noirs de naissance dont les racines remontent à plusieurs siècles.
Les véritables trafiquants ne sont pas ceux qu’on accuse
La Libye est devenue l’un des principaux hubs du trafic d’êtres humains en Afrique, et les premiers responsables sont les Libyens eux-mêmes. De nombreuses enquêtes internationales ont documenté l’implication directe des autorités libyennes dans ces trafics lucratifs. Des responsables gouvernementaux, des garde-côtes et des milices affiliées au pouvoir organisent et profitent de ce commerce humain avec l’assentiment tacite des plus hautes sphères de l’État.
Ces réseaux de trafic opèrent au vu et au su de tous en Libye. Ils contrôlent des centres de détention où les migrants sont soumis à des traitements inhumains, réduits en esclavage, torturés et rançonnés. Ces pratiques ne pourraient pas exister sans la complicité active des dirigeants libyens qui reçoivent par ailleurs des fonds européens pour prétendument lutter contre l’immigration clandestine.
Accuser les ONG de « trafic » et de « blanchiment d’argent » relève donc du renversement des rôles le plus cynique. C’est précisément parce que les autorités libyennes organisent elles-mêmes ce trafic qu’elles cherchent maintenant à faire taire ceux qui pourraient en témoigner.
Une manœuvre de diversion transparente
Ces accusations s’inscrivent dans une stratégie visant à détourner l’attention des véritables problèmes du pays et de la responsabilité de ses dirigeants. En créant un ennemi extérieur, les autorités libyennes tentent de masquer leur propre implication dans le trafic d’êtres humains qui rapporte des millions.
La réaction de dix-sept ambassadeurs occidentaux, dénonçant la convocation « d’au moins dix-huit membres du personnel » d’ONG, dont certains ont dû « signer des engagements à ne plus jamais travailler pour une ONG internationale », montre l’ampleur de cette purge.
Cette fermeture des ONG n’a rien à voir avec la protection de la souveraineté libyenne. Elle vise à éliminer des témoins gênants et à conserver le monopole d’un trafic lucratif. Les conséquences pour les migrants piégés dans ce système seront désastreuses, les laissant à la merci de leurs exploiteurs sans aucun recours possible.
L’accusation selon laquelle les ONG seraient impliquées dans un complot pour installer des migrants en Libye est une manœuvre grossière qui ne trompe personne. Dans un pays où les autorités sont les principaux organisateurs du trafic de migrants, cette tentative de renverser les rôles relève de la farce plutôt que d’une préoccupation sécuritaire légitime.
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