Les tensions diplomatiques entre Paris et Alger atteignent un niveau inédit depuis l’indépendance algérienne de 1962. Le revirement français sur le Sahara occidental en juillet 2024, lorsqu‘Emmanuel Macron a soutenu le plan d’autonomie marocain, a déclenché une crise majeure avec l’Algérie, alliée du Front Polisario. Les arrestations d’écrivains et journalistes, les expulsions réciproques de diplomates et les différends sur les questions migratoires ont aggravé la situation tout au long de 2025. C’est dans ce climat complexe que Ségolène Royal tente une médiation inédite.
Un message de souveraineté qui résonne à Alger
La nouvelle présidente de l’Association France-Algérie a choisi l’offensive diplomatique. Reçue par Abdelmadjid Tebboune lors de sa visite de cinq jours à Alger, Ségolène Royal a multiplié les déclarations qui résonnent comme autant de critiques à peine voilées de la politique française actuelle. Son message central : la France doit reconnaître pleinement la souveraineté algérienne.
L’ancienne ministre socialiste ne mâche pas ses mots. Elle dénonce ouvertement les « postures politiciennes » et les « provocations » qui, selon elle, empêchent l’Algérie d’avancer. Plus audacieux encore, elle pointe du doigt « ceux qui ne veulent pas encore admettre la souveraineté nationale de l’Algérie« , appelant les autorités françaises à modifier leur approche. Un positionnement qui tranche radicalement avec la ligne de l’Élysée.
D’après 20 minutes, la réception par Tebboune constitue en soi un signal politique fort. En accordant cette audience, le président algérien montre qu’il privilégie les interlocuteurs français disposés à reconnaître les griefs d’Alger. Royal y voit la preuve d’une « volonté de dialogue dès lors que le respect et la considération sont au rendez-vous » – une formule qui sonne comme un reproche implicite à la diplomatie française actuelle.
Des revendications concrètes pour réparer le passé
Sur le terrain mémoriel, particulièrement sensible, Royal défend une vision pragmatique du devoir de mémoire. Elle rejette l’idée d’une « rente » ou d’une « culpabilité héréditaire« , mais insiste sur la nécessité de nommer les blessures historiques, de les réparer et de présenter des excuses sans conditions. Cette approche équilibrée vise manifestement à désamorcer les accusations de repentance excessive que brandissent certains responsables politiques français.
Les demandes concrètes de l’ex-candidate présidentielle sont précises : restitution de biens culturels algériens, transmission d’archives et surtout divulgation complète du dossier sur les essais nucléaires français au Sahara. Ce dernier point touche une plaie toujours ouverte pour l’Algérie, qui réclame depuis des décennies la transparence sur les conséquences environnementales et sanitaires de ces tests.
Ségolène Royal affirme qu’elle portera ces revendications directement auprès d’Emmanuel Macron à son retour. Elle rappelle que le président français avait lui-même évoqué certaines de ces questions au début de son premier mandat, suggérant qu’il suffirait de tenir ces engagements initiaux. Reste à savoir si l’Élysée donnera suite à cette initiative individuelle d’une personnalité politique qui n’occupe aucune fonction officielle.
Cette initiative intervient quelques jours après la diffusion d’un documentaire de France 2 qui a ravivé les tensions. Royal tente manifestement de créer un canal de dialogue alternatif, fondé sur la reconnaissance des torts passés et le respect de la souveraineté algérienne. Son pari : démontrer qu’une autre approche est possible pour sortir de l’impasse diplomatique qui paralyse les relations franco-algériennes depuis plus d’un an. En plaçant au cœur de son discours les attentes d’Alger, l’ancienne ministre propose une feuille de route qui devrait séduire le pouvoir algérien, tout en questionnant la stratégie française actuelle.


