Capture de Maduro : pourquoi l'ONU reste-t-elle mesurée ?

Dans la nuit du 3 au 4 janvier 2026, les forces armées américaines ont lancé une opération militaire au Venezuela pour capturer le président Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores. Extraits vers les États-Unis, le couple se trouve désormais incarcéré à New York, où Maduro doit répondre d’accusations liées au trafic de stupéfiants. Washington affirme être « aux commandes » du pays sud-américain et envisage de diriger une transition politique dont les modalités restent floues. Cette intervention spectaculaire a immédiatement déclenché une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies le 5 janvier, où António Guterres a fait transmettre sa position par Rosemary DiCarlo, Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques.

Le chef de l’ONU s’est dit « profondément préoccupé » par le non-respect des règles du droit international concernant cette opération du 3 janvier. Son message rappelle que la Charte des Nations unies « consacre l’interdiction de la menace ou de l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État ». Guterres a également souligné l’importance du « respect des principes de souveraineté, d’indépendance politique et d’intégrité territoriale des États ». Cette formulation diplomatique contraste avec le ton employé dans d’autres situations similaires, soulevant des interrogations sur la cohérence du système multilatéral face aux violations de la souveraineté nationale.

Les condamnations contre Moscou révèlent un traitement différencié

Lorsque la Russie a annexé la Crimée en mars 2014, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution affirmant que le référendum organisé dans la péninsule « n’a aucune validité ». Le texte a recueilli 100 voix favorables et utilisait un vocabulaire sans ambiguïté : « annexion illégale », « violation flagrante ». Cette condamnation explicite a marqué le début d’une série de résolutions visant les actions de Moscou sur le territoire ukrainien.

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En février 2022, après l’invasion russe de l’Ukraine, la réaction onusienne s’est révélée encore plus ferme. La résolution ES-11/1, adoptée le 2 mars par 141 pays sur 193, emploie le terme « agression » pour qualifier l’offensive militaire russe. Le texte exige un « retrait immédiat, complet et sans condition » de toutes les forces militaires russes du territoire ukrainien. L’Assemblée générale a multiplié les résolutions condamnant les annexions des régions de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijjia, décrivant systématiquement ces actions comme des violations majeures de la Charte des Nations unies.

Les délégations occidentales au Conseil de sécurité ont régulièrement dénoncé les actions de la Russie comme constituant « une menace à la sécurité internationale avec de graves implications pour l’ordre juridique international ». La France a ainsi déclaré que « le résultat du vote est sans appel : la Russie est plus seule que jamais », tandis que plusieurs pays européens ont réclamé la création d’un tribunal spécial pour juger le « crime d’agression » commis contre l’Ukraine. Cette mobilisation diplomatique intense tranche avec la retenue observée dans le dossier vénézuélien.

L’intervention américaine en Irak n’avait pas suscité de résolution de condamnation

L’invasion de l’Irak par les États-Unis en mars 2003 offre un autre point de comparaison éclairant. Malgré l’opposition farouche de la France, de l’Allemagne, de la Russie et de la Chine au Conseil de sécurité, aucune résolution de condamnation n’a été adoptée après le déclenchement de l’offensive. Le 14 février 2003, le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin avait pourtant déclaré que « l’intervention militaire serait la pire des solutions », un discours applaudi par l’Assemblée – fait rarissime dans cette enceinte.

Washington et Londres ont lancé leur opération « Liberté irakienne » le 20 mars 2003 sans l’aval du Conseil de sécurité, ce qui constitue une violation de la Charte des Nations unies selon de nombreux juristes. Pourtant, l’ONU a rapidement légitimé l’occupation à travers la résolution 1483 du 22 mai 2003, qui levait les sanctions contre l’Irak et conférait à la coalition le droit de diriger le pays pendant un an. Cette normalisation rapide contraste avec le traitement réservé à la Russie, dont l’annexion de la Crimée reste systématiquement qualifiée d’« illégale » près de douze ans après les faits.

D’autres interventions militaires américaines en Amérique latine ont également échappé à des condamnations formelles comparables. L’opération « Urgent Fury » à la Grenade en octobre 1983 a certes été « largement déplorée » par l’Assemblée générale, mais sans résolution contraignante majeure. En décembre 1989, l’invasion du Panama et la capture du général Manuel Noriega – un scénario étrangement similaire à celui de Maduro – n’ont pas non plus provoqué de condamnation explicite de l’Assemblée générale, malgré les critiques de nombreux pays latino-américains.

Cette asymétrie dans les réactions onusiennes s’explique largement par les rapports de force géopolitiques. Les États-Unis disposent d’un réseau d’alliés plus étendu que la Russie au sein de l’Assemblée générale, ce qui leur permet de bloquer ou d’atténuer les initiatives visant à condamner leurs actions. Le droit de veto au Conseil de sécurité, détenu par les cinq membres permanents dont Washington et Moscou, paralyse régulièrement l’adoption de résolutions contraignantes lorsque les intérêts de ces puissances sont en jeu.

La modération du secrétaire général dans le dossier vénézuélien soulève néanmoins des questions sur la crédibilité du multilatéralisme. En utilisant l’expression « profondément préoccupé » plutôt que des termes comme « agression » ou « violation flagrante », Guterres adopte un registre nettement moins accusateur que celui employé contre la Russie. Cette prudence diplomatique pourrait refléter la volonté de préserver les canaux de dialogue avec Washington, mais elle alimente aussi les critiques sur l’existence d’un double standard au sein du système international. La communauté internationale observe désormais si cette retenue initiale évoluera vers une position plus ferme, ou si elle confirmera que certaines puissances bénéficient d’une plus grande latitude dans l’exercice de la force.

6 réflexions au sujet de “Capture de Maduro : pourquoi l'ONU reste-t-elle mesurée ?”

  1. L’ONU demeure mesurée parce que la Charte de cette organisation a été violée par le principal membre de l’organisation. L’ONU et l’OTAN deviendront désuètes comme organisations quand Trump poussera sa folie d’annexant Le Groenland.
    L’année 2026 s’annonce bien avec le kidnapping de Nicolas Madura. Cuba et la Colombie sont dans le rétroviseur de Trump.

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  2. Tu veux vivre..
    heee beh.. cherche à maîtriser la force de coercition..et oublies.les principes..l onu..et les condamnations de forme..d une certaine communauté internationale.. qui n existe que dans la tête des gens
    C est une réalité macro.et même infinitésimale.

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  3. L one..ua .la CEDEAO et les autres organisations.. dites incarner le droit international.. sont des chimères
    Le sultan Aziz.. observateur..analystes hors pair..a eu à dire depuis des années.. que le droit international..la justice..et l état de droit.. sont des vues de l esprit
    Celà n a jamais existé
    Trump..est un réaliste..et c’est là.ou il est différent de tous les rêveurs à travers le monde

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    • Ce qui compte..qui prime dans cette vie..c est la force et son utilisation
      Cette donne n a pas changé depuis les antiquités..
      Les facultés de droit international.. peuvent fermer.. partout dans le monde..
      C est une théorie..et seulement une théorie
      Israël..et les états unis.. sont les seuls pays réalistes

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      • Notre pays..a t il respecté..les décisions de justice.
        Notre pays reconnaît il l état de droit..et ses déclinaisons..
        C est la force..qui fait le droit..et la justice.. partout dans le monde
        Au nom de quel principe..on demandera aux usa.’de respecter.le droit international
        La Corée du Nord..a compris que leur vie.. dépend pas de la morale de l éthique et du droit..et ils ont misé.. faire des recherches scientifiques.. pour être inattaquable

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