Côte d'Ivoire : le PPA-CI de Laurent Gbagbo ouvre la porte au dialogue avec le pouvoir Ouattara

Le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire a signalé sa disponibilité à engager des discussions avec l’administration du président Alassane Ouattara. Cette annonce, formulée par le directeur de cabinet de Laurent Gbagbo, intervient dans un climat politique encore marqué par les exclusions électorales de 2025. Le parti d’opposition entend néanmoins poursuivre son combat politique tout en privilégiant une approche responsable. Cette main tendue pourrait constituer un tournant dans les relations entre les deux camps qui s’affrontent depuis plus d’une décennie sur la scène politique ivoirienne.

La formation politique fondée par l’ancien chef d’État ivoirien semble amorcer un virage stratégique notable. Ackah Emmanuel Auguste, proche collaborateur de Laurent Gbagbo, a en effet laissé entendre que des échanges avec les autorités en place ne relevaient pas de l’impossible. Lors d’une intervention médiatique récente, le directeur de cabinet a insisté sur le caractère impératif du dialogue dans la construction d’une paix durable. Pour lui, ceux qui détiennent les rênes du pouvoir portent la responsabilité première d’initier des démarches d’apaisement. Cette position traduit une évolution sensible dans le discours d’un parti qui s’était montré particulièrement critique envers le gouvernement ces derniers mois, notamment autour des échéances électorales contestées.

Le PPA-CI entre opposition ferme et quête de stabilité nationale

Le collaborateur de l’ancien président a tenu à rappeler que cette ouverture ne constituait en aucun cas un abandon des convictions politiques du mouvement. La formation entend demeurer une force d’opposition porteuse d’une vision alternative pour l’avenir du pays. Toutefois, cette posture contestataire doit s’exercer de manière constructive et orientée vers la résolution des problèmes qui minent la cohésion nationale. « Nous avons hérité d’un pays. Nos devanciers ont bâti un État. Aujourd’hui, notre responsabilité est de construire une Nation », a-t-il déclaré, appelant simultanément à davantage de tolérance et à l’arrêt de la diabolisation entre adversaires politiques. Cette rhétorique apaisée contraste avec les tensions qui avaient caractérisé les mois précédents, particulièrement lors des périodes électorales où les accusations mutuelles avaient atteint leur paroxysme.

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L’année politique 2025 a profondément éprouvé les relations entre le pouvoir et l’opposition ivoirienne. La publication de la liste électorale définitive en juin dernier avait provoqué une onde de choc au sein des partis contestataires. Plusieurs personnalités majeures de l’opposition, parmi lesquelles Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam, Charles Blé Goudé et Guillaume Soro, s’étaient retrouvées dans l’impossibilité de participer au scrutin présidentiel d’octobre. Le PPA-CI avait alors multiplié les démarches pour obtenir l’inscription de son leader sur les listes, sans succès. Face à cette situation jugée inacceptable, le parti avait choisi de boycotter les élections législatives de décembre, dénonçant un environnement politique qu’il qualifiait de délétère et pointant du doigt l’arrestation de plusieurs de ses militants. Le Front Commun regroupant diverses formations d’opposition avait tenté d’organiser des manifestations, rapidement interdites par les autorités gouvernementales.

Présidentielle et législatives 2025 : un climat électoral sous haute tension

Le président Alassane Ouattara avait finalement remporté le scrutin d’octobre après avoir longtemps affirmé vouloir passer le flambeau à une nouvelle génération. Sa décision de se représenter, justifiée par les défis auxquels fait face le pays, avait été perçue comme un revirement par ses opposants.

Les législatives qui ont suivi se sont déroulées dans un calme relatif malgré une participation en deçà des attentes, permettant au Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix de conserver sa majorité parlementaire, bien qu’en léger recul. C’est donc dans ce contexte de fractures politiques persistantes que les déclarations récentes du PPA-CI prennent une résonance particulière, laissant entrevoir une possible détente après des mois de crispation.

Congrès du PPA-CI : vers une nouvelle stratégie politique en 2026

La direction du parti a par ailleurs défini ses priorités pour les mois à venir lors de sa première session stratégique de l’année. Sous la présidence du professeur Sébastien Dano Djédjé, président exécutif, et en présence du secrétaire général Tchéidé Jean-Gervais, plusieurs échéances importantes ont été arrêtées. Une cérémonie de présentation des vœux au président du parti est programmée, suivie d’une rentrée politique nationale et de la célébration de la Fête de la Renaissance. Un atelier consacré à la réforme interne du mouvement doit également se tenir, préparant le terrain pour une convention puis un congrès. Cette feuille de route ambitieuse témoigne d’une volonté de structuration et de mobilisation militante accrue. Les recommandations remontées de la base insistent notamment sur le renforcement des fédérations locales, le respect de la discipline partisane et la libération des personnes considérées comme des prisonniers d’opinion.

Cette séquence d’ouverture au dialogue, conjuguée à un travail de consolidation organisationnelle, dessine les contours d’une stratégie qui cherche à concilier fermeté idéologique et pragmatisme politique. À l’approche du congrès qui doit marquer une nouvelle étape dans l’histoire du mouvement, le PPA-CI semble vouloir se positionner comme un interlocuteur crédible capable de peser sur le destin national sans renoncer à ses principes fondateurs. Reste à observer si cette main tendue trouvera un écho favorable du côté du pouvoir et si elle parviendra à amorcer un véritable processus de réconciliation dans un pays encore marqué par les cicatrices de ses crises passées.

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