Exposition Kancícà à Ouidah : un projet immersif pour relier l’Afrique et ses diasporas

Le vernissage de l’exposition immersive Kancícà a eu lieu à la Maison de la culture de Ouidah le mardi 13 janvier 2026. Kancícà qui signifie lien en langue fon, est une œuvre afro-atlantique qui explore, à travers les technologies immersives, les mémoires, spiritualités et trajectoires partagées entre l’Afrique et ses diasporas. Porté par une équipe internationale entre le Bénin, la France et le Brésil, le projet a été présenté comme un geste artistique, pédagogique et politique en faveur d’une relecture du passé depuis le continent africain.

Conçue comme un conte immersif, Kancícà suit la quête de Dotou, jeune cartographe initiée au vodun, envoyée sur les traces de la reine Na Agontimé, figure historique du royaume du Danxomè déportée au Brésil au XVIIIᵉ siècle. À travers animation 3D, théâtre d’ombres, cartographie dessinée à la main et projection sous dôme, l’œuvre invite à une traversée à la fois historique, spirituelle et sensible de l’Atlantique noir.

Un geste de retour et de transmission

La directrice de MansA-Maison des mondes africains, Élisabeth Gomis, a attiré l’attention sur la portée symbolique du retour de l’œuvre au Bénin. « Si Kancícà revient aujourd’hui au Bénin, ce n’est pas un hasard. C’est ici que commencent des histoires qui ont traversé l’Atlantique dans la violence, mais aussi portées par des savoirs, des spiritualités et une capacité remarquable à transmettre et à créer », a-t-elle déclaré.

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Pour elle, Kancícà est avant tout un geste de retour, de mémoire et de transmission, dédié notamment à la jeunesse africaine et afro-descendante afin de lui rappeler que son histoire est plus vaste, plus complexe et plus puissante que ce qu’on a parfois voulu lui faire croire.

Le directeur général de l’Agence de développement des arts et de la culture (Adac), William Codjo, a souligné la dimension temporelle et technologique du projet. « Pour moi, Kancícà est le lien entre le passé, le présent et le futur. Le passé à travers l’histoire racontée, le présent par les technologies immersives utilisées, et le futur par cet objet que vous allez découvrir, ce dôme futuriste », a-t-il déclaré. Il a également salué l’innovation que représente ce médium au Bénin.

Une œuvre pour penser l’histoire autrement

Le ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, Jean-Michel Abimbola, a rappelé la charge mémorielle particulière de la ville de Ouidah. « Ouidah n’est pas une ville comme les autres. Elle est une cité-musée, une mémoire vivante, un carrefour d’histoires entremêlées, de douleurs anciennes et de renaissances obstinées. Projeter une œuvre comme Kancícà ici n’est ni un hasard ni un simple choix logistique : c’est un acte de sens », a-t-il laissé entendre.

Pour le ministre, Kancícà dépasse le statut d’œuvre artistique pour devenir un outil de conscientisation. « Le cinéma et plus largement la création artistique sont des outils puissants de transmission, de dialogue entre les générations et de reconstruction d’une mémoire vivante. Sans mémoire partagée, aucun avenir durable ne peut être envisagé », a-t-il insisté.

Fruit d’un partenariat entre MansA, Dream Feel Factory et l’Adac, avec le soutien de l’Institut français du Bénin et de plusieurs institutions, Kancícà s’inscrit dans une dynamique de coopération culturelle internationale. L’ambition est de replacer l’africanité au centre des récits contemporains, valoriser les héritages matériels et immatériels, et proposer de nouvelles formes de médiation culturelle accessibles au plus grand nombre.

À Ouidah, l’exposition se veut ainsi un espace de rencontre entre art, mémoire et technologie, invitant le public à traverser l’histoire non comme un simple passé figé, mais comme une matière vivante à comprendre, à discuter et à transmettre.

Plus qu’une projection, Kancícà apparaît comme une invitation collective à repenser les liens entre Afrique et diaspora, entre héritage et modernité, entre mémoire et avenir. Une traversée qui, selon les mots du ministre, « ne s’achève pas avec le générique, mais continue de vivre dans les consciences qu’elle éveille ».

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