Les États-Unis et le Danemark ont annoncé l’ouverture de discussions pour réviser leur accord de défense signé en 1951 sur le Groenland. Cette initiative intervient dans un contexte géopolitique marqué par l’intérêt croissant pour l’Arctique et par les déclarations de Donald Trump, qui a évoqué à Davos « le cadre d’un futur accord » avec l’Otan précise 24heures. L’enjeu clé porte sur la redéfinition des responsabilités militaires et stratégiques dans une région devenue centrale pour la sécurité euro-atlantique. Les autorités danoises, groenlandaises et américaines insistent sur le respect des équilibres institutionnels existants. Aucune modification de souveraineté n’a été annoncée.
L’Arctique s’impose progressivement comme un espace stratégique majeur, à la croisée des intérêts militaires, économiques et climatiques. Dans ce contexte, Washington et Copenhague ont confirmé leur intention de moderniser l’accord de défense qui encadre depuis plus de sept décennies la présence américaine au Groenland. Signé en 1951 dans le sillage de la création de l’Otan, ce texte autorise notamment l’installation de bases militaires américaines sur ce territoire autonome relevant du Royaume du Danemark. À l’époque, il s’agissait avant tout de contenir l’influence soviétique dans l’Atlantique Nord. Aujourd’hui, les priorités ont évolué, et les discussions visent à adapter le cadre juridique aux nouveaux défis sécuritaires de la région arctique.
Les autorités danoises ont précisé que cette renégociation se ferait en concertation avec le gouvernement groenlandais, qui dispose d’une large autonomie en matière de politique intérieure. Le Groenland conserve toutefois une dépendance à Copenhague pour les questions de défense et de relations internationales. Pour Washington, l’objectif affiché est de renforcer la coopération avec ses alliés nordiques, dans un contexte où les routes maritimes, les ressources naturelles et la surveillance stratégique de l’Arctique gagnent en importance.
Une renégociation stratégique de l’accord de 1951
L’accord de 1951 constitue la pierre angulaire de la présence militaire américaine au Groenland, notamment autour de la base de Pituffik, anciennement Thulé, utilisée pour la défense antimissile et la surveillance spatiale. Sa révision pourrait permettre d’actualiser les modalités de coopération, les règles d’accès aux infrastructures et les mécanismes de coordination avec l’Otan. Les discussions portent également sur la répartition des responsabilités, la protection des installations et la prise en compte des préoccupations environnementales, de plus en plus présentes dans les politiques arctiques.
Du côté danois, les autorités soulignent que cette renégociation n’implique aucune remise en cause du statut politique du Groenland. Le gouvernement insiste sur le fait que toute évolution se fera dans le respect du droit international et des accords existants. Les responsables groenlandais, quant à eux, cherchent à faire valoir leurs intérêts économiques et sociaux, notamment en ce qui concerne les retombées locales des activités militaires et les enjeux de développement durable.
Pour les États-Unis, l’Arctique représente un espace clé pour la surveillance des trajectoires balistiques et pour le contrôle des voies aériennes transpolaires. La modernisation de l’accord de 1951 pourrait aussi faciliter une meilleure intégration des dispositifs américains dans les structures de planification de l’Otan, à un moment où l’alliance renforce son attention sur les régions nordiques.
Un « cadre d’accord » encore peu détaillé
C’est dans ce climat que Donald Trump a déclaré, lors du Forum économique mondial de Davos, avoir élaboré avec le secrétaire général de l’Otan « le cadre d’un futur accord » concernant la coopération en Arctique. Le président américain n’a pas précisé la nature exacte de ce projet, se contentant d’affirmer qu’il serait « très avantageux » pour les États-Unis et leurs alliés. Selon plusieurs sources diplomatiques, cette initiative viserait à renforcer l’implication collective de l’Otan dans la sécurité de la région arctique, sans pour autant modifier les équilibres institutionnels existants.
Le chef de l’Otan, Mark Rutte, a rappelé que les questions de souveraineté ne faisaient pas partie des discussions et que toute évolution nécessiterait un consensus entre les États membres. L’annonce de ce « cadre » a toutefois été perçue comme un signal politique fort, montrant la volonté de Washington de repositionner l’alliance sur les enjeux nordiques. Elle a également coïncidé avec la suspension de menaces de sanctions commerciales que le président américain avait évoquées à l’égard de certains partenaires européens.
Malgré cette communication, de nombreuses zones d’ombre subsistent. Aucun calendrier précis n’a été présenté, et les contours juridiques du futur accord restent flous. Les observateurs notent que l’Otan, déjà engagée sur plusieurs fronts, cherche à éviter une militarisation excessive de l’Arctique, tout en répondant aux préoccupations de ses membres les plus exposés géographiquement.
Groenland – Trump – Europe : des semaines de tensions avant le changement de ton
Dans les semaines ayant précédé l’annonce de Davos, le dossier groenlandais avait suscité de vives tensions diplomatiques. Donald Trump avait multiplié les déclarations évoquant la possibilité pour les États-Unis de prendre le contrôle du Groenland, y compris par des moyens coercitifs. Parallèlement, il avait brandi la menace d’imposer des droits de douane élevés à plusieurs pays européens si ces derniers ne soutenaient pas ses positions. Ces propos avaient provoqué une réaction ferme du Danemark et des autorités groenlandaises, qui avaient rappelé que le territoire n’était « pas à vendre ».
Sur place, des manifestations avaient rassemblé des milliers de personnes, exprimant leur opposition à toute remise en cause du statut politique du Groenland. Plusieurs responsables européens avaient également exprimé leur inquiétude face à une rhétorique jugée incompatible avec l’esprit de coopération transatlantique. Dans ce climat tendu, l’Otan avait appelé à la retenue et au dialogue, soulignant l’importance de préserver la stabilité dans une région déjà fragilisée par les effets du changement climatique.
Le revirement observé à Davos, avec l’abandon des menaces tarifaires et l’accent mis sur une approche multilatérale, a été interprété comme une tentative de désescalade. Les déclarations plus conciliantes du président américain ont ouvert la voie à une reprise des discussions dans un cadre institutionnel, plutôt que sur le terrain de la pression économique ou politique.
Une recomposition prudente des équilibres arctiques
La renégociation de l’accord de défense de 1951 et les annonces autour d’un futur cadre avec l’Otan traduisent une volonté commune de moderniser les instruments de sécurité en Arctique. Toutefois, les acteurs concernés avancent avec prudence, conscients des sensibilités politiques et des enjeux de souveraineté. Le Groenland, au cœur de ces discussions, cherche à préserver ses intérêts tout en tirant parti de son importance stratégique.
Pour Washington, il s’agit de consolider sa présence dans une région clé sans fragiliser ses alliances. Pour Copenhague, l’objectif est de maintenir l’équilibre entre coopération militaire, respect de l’autonomie groenlandaise et stabilité régionale. Quant à l’Otan, elle tente d’inscrire ces évolutions dans une logique collective, évitant toute initiative susceptible de diviser ses membres.



