Affaire Epstein : le dalaï-lama réfute toute rencontre avec le milliardaire, Pékin attise la polémique

Le leader spirituel tibétain, Tenzin Gyatso, traîne depuis plusieurs années des controverses qui ternissent son image de figure mondiale de la paix. En avril 2023, une vidéo le montrant demander à un jeune garçon de lui « sucer la langue » lors d’une cérémonie à Dharamsala avait déclenché une vague d’indignation planétaire. Avant cela, son apparition en 2009 à un événement organisé par NXIVM — la secte sexuelle dirigée par Keith Raniere, condamné à 120 ans de prison — avait déjà soulevé des questions. Lors de cette cérémonie à Albany (New York), le dalaï-lama avait placé une écharpe cérémonielle tibétaine autour du cou de Raniere, un geste que les adeptes de la secte avaient alors présenté comme une caution morale. Le Daily Mail avait rapporté en 2018 qu’un million de dollars aurait été versé en échange de cette apparition, une allégation que le bureau du dalaï-lama a catégoriquement démentie. Aujourd’hui, c’est l’affaire Jeffrey Epstein qui relance la controverse autour du prix Nobel de la paix.

Le bureau du dalaï-lama dément formellement tout lien avec Jeffrey Epstein

Ce dimanche 8 février 2026, le bureau du chef spirituel bouddhiste a publié un communiqué sur X pour couper court aux spéculations. « Nous pouvons confirmer sans équivoque que Sa Sainteté n’a jamais rencontré Jeffrey Epstein et n’a jamais autorisé quiconque à le rencontrer ou à interagir avec lui en son nom », indique le texte publié depuis Dharamsala, en Inde.

Cette mise au point intervient après la publication par le département américain de la Justice de plus de trois millions de pages de documents, 2 000 vidéos et 180 000 images dans le cadre de l’Epstein Files Transparency Act. Une recherche dans cette masse documentaire fait apparaître le mot « Dalai » entre 154 et 169 fois selon les décomptes. Le chiffre, impressionnant en apparence, masque toutefois une réalité bien plus nuancée.

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L’AFP, qui a eu accès aux fichiers, n’a identifié aucune mention ni suggestion d’une rencontre effective entre le dalaï-lama et Epstein. Les références se limitent à des articles de presse transférés par e-mail, des mentions informelles par des associés du financier et des tentatives avortées d’organiser des événements. Un e-mail de 2012 montre un expéditeur anonyme évoquant un événement sur une île où le dalaï-lama devait se rendre. Un autre, daté de 2015, fait état de démarches d’un intermédiaire pour « obtenir le dalaï-lama » lors d’un dîner. Rien dans ces échanges ne prouve un contact direct.

Le journaliste américain Michael Wolff, qui fréquentait la résidence d’Epstein à Manhattan à partir de 2014 pour un projet de livre, a affirmé en juillet 2025 sur le podcast du Daily Beast avoir croisé le dalaï-lama lors de l’un des « salons » organisés par le financier. Wolff a toutefois précisé que de nombreuses personnalités venaient chez Epstein pour solliciter des dons philanthropiques. Sa fiabilité en tant que source reste discutée par plusieurs critiques.

La Chine exploite les dossiers Epstein pour discréditer le dalaï-lama

La médiatisation de ces mentions porte une signature reconnaissable. C’est CGTN (China Global Television Network), le média d’État chinois, qui a le premier mis en avant le décompte des 169 occurrences le 5 février. Le lendemain, un article d’opinion publié par la même chaîne, signé par un chercheur associé de l’Académie chinoise des sciences sociales, qualifiait le dalaï-lama de « voyou politique » qui « n’a jamais été un moine bouddhiste éclairé ».

Cette offensive médiatique coïncide avec la victoire du dalaï-lama aux Grammy Awards le 1ᵉʳ février pour son livre audio Meditations, un événement que le ministère chinois des Affaires étrangères avait immédiatement dénoncé comme une « manœuvre politique anti-Chine ». Pékin, qui considère le Tibet comme partie intégrante de son territoire depuis les années 1950, qualifie le leader bouddhiste de « rebelle » et de « séparatiste » depuis des décennies.

Le Tibet Rights Collective a pour sa part appelé à distinguer entre être mentionné dans les e-mails d’une tierce personne et participer activement à ses agissements. L’organisation souligne qu’aucun témoignage de victime, aucun dossier juridique ni aucune autorité d’enquête n’a jamais impliqué le dalaï-lama dans des actes répréhensibles liés à Epstein. Les dossiers du département de la Justice citent par ailleurs des centaines de personnalités — de Bill Gates à Bill Clinton en passant par Steve Bannon — sans que leur mention n’implique une quelconque responsabilité pénale.

À 90 ans, le dalaï-lama fait face à une bataille qui dépasse le cadre judiciaire américain. Entre les dossiers Epstein instrumentalisés par Pékin et les zones d’ombre de ses fréquentations passées, le leader tibétain en exil se retrouve pris dans un étau où géopolitique et scandale se confondent.

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