Ancien chef d’État de la République centrafricaine, François Bozizé a marqué durablement la vie politique et sécuritaire du pays. Arrivé au pouvoir en 2003 à la suite d’un coup d’État, il a dirigé la Centrafrique pendant une décennie marquée par des tensions armées, des accusations de violations des droits humains et une fragilisation progressive de l’autorité de l’État. Renversé en 2013 par la coalition rebelle Séléka, il s’est ensuite installé à l’étranger, tout en restant une figure centrale des débats politiques et judiciaires. C’est sur cet héritage conflictuel que s’ouvre aujourd’hui une nouvelle étape judiciaire majeure.
La Cour pénale spéciale engage la phase du jugement
Le dossier visant François Bozizé a franchi un seuil décisif avec la transmission officielle de l’affaire à la Chambre d’assises de la Cour pénale spéciale (CPS). Cette décision marque la fin de la phase d’instruction et ouvre la voie à un procès, attendu depuis plusieurs années par les victimes et les observateurs de la justice centrafricaine.
La juridiction, créée pour juger les crimes les plus graves commis sur le territoire national depuis 2003, s’apprête désormais à organiser les audiences. Une première date pourrait être annoncée prochainement, même si les contraintes pratiques et juridiques demeurent nombreuses. Les faits examinés portent sur des crimes présumés commis alors que François Bozizé exerçait le pouvoir, notamment dans certaines zones du pays affectées par des opérations militaires.
Ce renvoi devant la Chambre d’assises ne signifie pas que l’ancien président est physiquement devant les juges. Il s’agit d’un acte procédural qui confirme que les charges jugées suffisantes par les magistrats instructeurs doivent désormais être examinées publiquement par une formation de jugement.
Exil de François Bozizé et attentes des victimes en Centrafrique
François Bozizé réside actuellement en Guinée-Bissau. Malgré l’émission d’un mandat d’arrêt international, son arrestation et son transfert vers Bangui n’ont pas encore eu lieu. Cette situation pose la question de sa comparution effective devant la Cour pénale spéciale.
Face à cette absence, les magistrats n’excluent pas la possibilité d’un procès par contumace, une option prévue par les textes régissant la CPS. Une telle procédure permettrait à la cour de statuer même sans la présence de l’accusé, tout en garantissant les droits de la défense à travers des avocats constitués ou commis d’office.
Pour les victimes et leurs représentants, le renvoi du dossier devant la Chambre d’assises constitue un signal fort. Beaucoup y voient la reconnaissance officielle des souffrances subies et la perspective, longtemps différée, d’un débat judiciaire sur les responsabilités de l’ancien chef de l’État et de certains de ses collaborateurs. Ce passage au stade du jugement est perçu comme une étape concrète après des années d’attente, de procédures et d’incertitudes.
Au-delà du cas personnel de François Bozizé, cette évolution renforce le rôle de la Cour pénale spéciale dans le paysage judiciaire centrafricain. Elle rappelle que les crimes graves commis durant les périodes de crise peuvent faire l’objet de poursuites, indépendamment du statut politique des personnes mises en cause.
