La CIA défie Pékin avec une vidéo de recrutement ciblant les officiers désillusionnés

L’agence de renseignement américaine a publié jeudi une nouvelle vidéo en mandarin sur sa chaîne YouTube, s’adressant directement aux militaires chinois pour les inciter à collaborer avec Washington. Cette opération, qui cible spécifiquement les officiers mécontents de l’Armée populaire de libération, s’insère dans une campagne assumée de recrutement d’informateurs au cœur de l’appareil sécuritaire chinois. Pékin a immédiatement réagi en promettant de prendre toutes les dispositions nécessaires pour contrer ces tentatives d’infiltration. Dans une situation de rivalité stratégique exacerbée entre les deux premières puissances mondiales, cette initiative ravive les tensions autour de la guerre du renseignement sino-américaine.

Washington intensifie sa campagne d’espionnage contre l’armée chinoise

La séquence vidéo, d’une durée d’environ deux minutes, met en scène un officier militaire fictif traversé par un profond désenchantement à l’égard de sa hiérarchie. Le personnage, présenté dans son quotidien familial puis sur son lieu de service, finit par prendre la décision de transmettre des informations aux services américains via le navigateur chiffré Tor. Le récit joue sur le sentiment d’impuissance que pourraient éprouver certains cadres de l’armée face à des dirigeants accusés dans la vidéo de ne protéger que leurs propres intérêts. Le texte en mandarin accompagnant la publication interpelle directement les personnes ayant accès à des renseignements sur les hauts responsables chinois, qu’ils soient militaires, diplomates ou actifs dans les secteurs des technologies de pointe et du renseignement. Cette approche cinématographique, empruntant les codes des films d’espionnage hollywoodiens, traduit une évolution notable des méthodes de recrutement de la CIA, qui assume désormais publiquement sa volonté de pénétrer les cercles du pouvoir à Pékin.

Le directeur de l’agence, John Ratcliffe, a confirmé que les précédentes productions en mandarin avaient atteint des millions de personnes et généré de nouvelles prises de contact spontanées. Un responsable de la CIA a d’ailleurs déclaré à CBS News que si ces vidéos ne fonctionnaient pas, l’agence n’en produirait tout simplement pas de nouvelles. La publication intervient quelques jours seulement après la destitution retentissante du général Zhang Youxia, longtemps considéré comme le militaire le plus influent du pays, écarté pour des soupçons de « graves violations de la discipline », une formule généralement associée à des affaires de corruption au sein du Parti communiste chinois.

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Espionnage sino-américain : une rivalité historique entre grandes puissances

Les opérations de renseignement entre Washington et Pékin ne datent pas d’hier et constituent une dimension permanente de leur confrontation géopolitique. La CIA avait déjà diffusé en 2025 plusieurs vidéos similaires en mandarin, visant tant les hauts fonctionnaires que les jeunes cadres du parti, en exploitant le ralentissement économique et la désillusion croissante au sein de la bureaucratie chinoise. Cette stratégie s’inspire directement d’une campagne menée dès 2023 en direction de la Russie, où des productions en langue russe avaient été conçues pour encourager des responsables à collaborer avec l’agence américaine.

Du côté chinois, le ministère de la Sécurité d’État a considérablement renforcé sa présence publique ces dernières années, multipliant les alertes sur les réseaux sociaux nationaux à travers des vidéos, des bandes dessinées et des commentaires quotidiens mettant en garde contre les tentatives d’espionnage étranger. L’épisode le plus marquant de cette guerre de l’ombre remonte à la période 2010-2012, lorsque Pékin est parvenu à démanteler le réseau d’informateurs de la CIA sur son territoire, une opération ayant conduit à l’arrestation ou à la disparition d’au moins une trentaine de personnes selon plusieurs enquêtes journalistiques américaines. Plus récemment, les tribunaux chinois ont prononcé des peines extrêmement sévères, dont une condamnation à la prison à vie pour un ancien employé d’un institut de recherche militaire accusé d’avoir vendu des documents classifiés à des services étrangers.

Pékin promet des représailles face aux tentatives d’infiltration américaines

La réponse officielle de la Chine ne s’est pas fait attendre. Lin Jian, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a affirmé vendredi que son pays prendrait toutes les mesures indispensables pour « combattre résolument les activités d’infiltration et de déstabilisation » orchestrées depuis l’étranger. Cette déclaration s’inscrit dans la continuité des réactions chinoises aux précédentes campagnes de la CIA, déjà qualifiées de provocations politiques par les autorités de Pékin. Le ministère avait notamment dénoncé les vidéos de 2025 comme des tentatives malveillantes visant à tromper et inciter les fonctionnaires chinois à la trahison. La situation ne manque pas de contradictions côté américain, puisque cette offensive de la CIA coïncide avec les déclarations de Donald Trump vantant l’excellence de ses relations personnelles avec la Chine, alors même qu’une rencontre diplomatique majeure avec Xi Jinping serait prévue en avril prochain. Ce grand écart entre la rhétorique présidentielle et l’agressivité des services de renseignement illustre la complexité de la politique étrangère américaine à l’égard de Pékin.

Cette nouvelle escalade dans la guerre du renseignement sino-américaine pose une question fondamentale sur l’efficacité réelle de telles opérations menées au grand jour. Si la CIA affirme obtenir des résultats tangibles, le renforcement prévisible de la surveillance intérieure par Pékin pourrait paradoxalement alimenter le mécontentement que Washington cherche précisément à exploiter, entraînant les deux puissances dans une spirale où chaque coup porté nourrit la riposte de l’adversaire.

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