Le virus Nipah appartient à la famille des Paramyxoviridae et a été identifié pour la première fois en 1999 lors d’une épidémie qui a frappé des éleveurs de porcs en Malaisie. Ce pathogène zoonotique trouve son réservoir naturel chez les chauves-souris frugivores du genre Pteropus, présentes dans plusieurs régions d’Asie du Sud et du Sud-Est. La transmission à l’homme peut survenir par contact direct avec des animaux infectés, par la consommation de fruits ou de sève de palmier contaminés par les sécrétions des chiroptères, ou encore d’une personne à une autre via les fluides corporels. Cette dernière voie de contamination interhumaine explique pourquoi les flambées épidémiques touchent régulièrement le personnel soignant.
Une flambée au Bengale-Occidental qui mobilise les autorités sanitaires indiennes
L’Inde fait face depuis fin décembre 2025 à une nouvelle alerte sanitaire. Deux cas confirmés ont été signalés dans l’État du Bengale-Occidental, tous deux chez des infirmiers exerçant dans le même établissement hospitalier du district de North 24 Parganas. Cette configuration laisse supposer qu’un patient non diagnostiqué aurait transmis le virus aux soignants qui le prenaient en charge. Le ministère indien de la Santé a rapidement réagi : « Des mesures de surveillance renforcée, des tests en laboratoire et des enquêtes de terrain ont permis de contenir dans les temps le nombre de cas », a-t-il assuré le 27 janvier. Les 196 cas contacts identifiés ont tous été testés négatifs et placés en quarantaine.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS), notifiée le 26 janvier 2026, évalue le risque comme modéré au niveau infranational mais faible aux échelons national, régional et mondial. Cette flambée survient quelques mois après celle de juillet 2025 au Kerala, où quatre personnes avaient été infectées et deux étaient décédées. L’État du Kerala connaît des épisodes récurrents depuis 2018.
Des symptômes graves et un taux de mortalité parmi les plus élevés au monde
La dangerosité du virus Nipah tient d’abord à son tableau clinique polymorphe. Les premiers signes, souvent confondus avec une infection respiratoire banale, comprennent fièvre, maux de tête, douleurs musculaires, vomissements et irritation de la gorge. L’évolution peut cependant basculer rapidement vers des formes sévères : vertiges, somnolence, altération de la conscience, pneumonie atypique et surtout encéphalite aiguë susceptible de conduire au coma en 24 à 48 heures.
Le taux de létalité oscille entre 40 % et 75 % selon les épidémies, un niveau exceptionnellement élevé qui place ce pathogène parmi les plus meurtriers. Environ un survivant sur cinq conserve des séquelles neurologiques durables, notamment des convulsions chroniques ou des modifications comportementales.
Aucun vaccin ni traitement antiviral spécifique n’a été homologué à ce jour. La prise en charge demeure symptomatique et repose sur des soins intensifs pour gérer les complications respiratoires et neurologiques. Des antiviraux comme le Remdesivir, utilisé lors de l’épidémie de 2023 au Kerala, ont montré des résultats encourageants. L’Université d’Oxford conduit actuellement des essais cliniques au Bangladesh pour un candidat vaccin dont la phase 2 a démarré en décembre 2025.
Face à cette nouvelle alerte, plusieurs pays asiatiques ont renforcé leurs dispositifs de contrôle aux frontières. La Thaïlande, l’Indonésie, le Népal et la Malaisie ont instauré des dépistages ciblés dans leurs aéroports internationaux pour les voyageurs en provenance des zones affectées. Taïwan envisage de classer l’infection au rang de maladie de catégorie 5, le niveau d’alerte maximal réservé aux menaces sanitaires émergentes. Ces précautions interviennent alors que des millions de personnes s’apprêtaient à voyager pour les festivités du Nouvel An lunaire.



