L’expiration du traité New START marque la fin d’un cadre juridique qui, pendant plus d’une décennie, a contribué à structurer la relation nucléaire entre les États-Unis et la Russie. Si l’événement n’a pas provoqué de rupture spectaculaire ni de crise immédiate, il n’en constitue pas moins un tournant significatif pour l’architecture de la sécurité internationale. La question centrale n’est donc pas de savoir si le monde est entré dans une phase de chaos nucléaire, mais plutôt de comprendre comment l’équilibre stratégique mondial pourrait évoluer dans un contexte désormais dépourvu de règles contraignantes entre les deux principales puissances nucléaires.
Un traité discret mais structurant
Contrairement à certaines idées reçues, New START n’était ni un traité de désarmement complet ni un instrument de pacification globale. Il n’interdisait pas les armes nucléaires et ne remettait pas en cause la logique de dissuasion. Son apport essentiel résidait ailleurs : il fixait des plafonds précis sur les arsenaux stratégiques déployés et, surtout, instaurait des mécanismes de transparence, de vérification et de dialogue régulier.
En ce sens, le traité agissait comme un outil de gestion de la rivalité, permettant à chaque camp de connaître, dans des limites raisonnables, les capacités de l’autre. Cette prévisibilité constituait un facteur clé de stabilité. Sa disparition ne signifie donc pas la fin de la dissuasion nucléaire, mais l’effacement progressif de garde-fous qui en limitaient les risques.
Ce qui ne change pas à court terme
Il serait exagéré de considérer l’expiration du traité comme le déclencheur immédiat d’une nouvelle course aux armements. Les doctrines nucléaires américaine et russe restent fondées sur la dissuasion, et les arsenaux existants sont déjà largement suffisants pour remplir cet objectif. Les capacités de destruction mutuelle n’avaient nul besoin d’être augmentées pour être crédibles.
Par ailleurs, le développement, la modernisation et le déploiement de systèmes nucléaires représentent des investissements lourds, soumis à des contraintes budgétaires, industrielles et politiques. À court terme, aucune des deux puissances n’a intérêt à engager une escalade visible et coûteuse, susceptible de susciter des réactions internationales et internes difficiles à maîtriser.
Ce qui change réellement : la fin de la prévisibilité
Là où l’impact est plus profond, c’est sur le terrain de la transparence et de la confiance stratégique. Avec la fin de New START, les inspections mutuelles et les échanges réguliers d’informations disparaissent. Les données accessibles deviennent partielles, indirectes, voire spéculatives, reposant davantage sur le renseignement que sur des mécanismes officiellement partagés.
Cette évolution accroît mécaniquement la méfiance. Chaque modernisation, chaque test, chaque mouvement militaire peut être interprété comme un signal hostile, même s’il ne l’est pas. L’équilibre stratégique devient alors moins une affaire de capacités réelles qu’une question de perceptions, de suppositions et d’interprétations, terrain particulièrement propice aux erreurs de calcul.
Des risques davantage politiques que militaires
Le principal danger lié à l’absence de cadre contraignant n’est pas nécessairement l’intention délibérée d’utiliser l’arme nucléaire. Il réside plutôt dans la multiplication des zones grises : mauvaise lecture d’un signal, surestimation d’une menace, ou incapacité à désamorcer une crise en l’absence de canaux institutionnalisés.
L’histoire de la dissuasion nucléaire montre que plusieurs incidents graves ont été évités non par la chance seule, mais grâce à des mécanismes de communication, de vérification et de retenue mutuelle. En affaiblissant ces mécanismes, la fin du traité augmente le risque d’erreur humaine ou technique, dans un contexte international déjà marqué par des tensions multiples et persistantes.
Un signal envoyé au reste du monde
Au-delà du tête-à-tête entre Washington et Moscou, l’expiration de New START a une portée symbolique globale. Elle fragilise l’idée même qu’un contrôle des armements, même limité, est possible et utile entre grandes puissances. Ce signal est observé attentivement par les autres États dotés de l’arme nucléaire, mais aussi par ceux qui ne le sont pas.
Pour les pays non nucléaires, souvent exclus des grandes décisions stratégiques, cette évolution renforce un sentiment d’asymétrie et de marginalisation. Elle complique également la crédibilité du discours sur la non-prolifération, dans un monde où les principales puissances semblent se soustraire aux contraintes qu’elles ont longtemps promues.
Un affaiblissement du multilatéralisme stratégique
La fin du traité s’inscrit dans une tendance plus large de remise en cause des cadres multilatéraux et bilatéraux de régulation. Le contrôle des armements, longtemps considéré comme un pilier de la stabilité internationale, apparaît de plus en plus relégué au second plan, au profit de stratégies nationales fondées sur la flexibilité et la liberté d’action.
Cette évolution ne traduit pas nécessairement une volonté de confrontation directe, mais plutôt une incapacité croissante à produire des compromis durables dans un environnement international fragmenté. L’équilibre stratégique devient alors plus fragile, car moins encadré par des règles partagées.
Quelles perspectives pour l’équilibre stratégique mondial ?
Plusieurs scénarios peuvent être envisagés. À court et moyen terme, il est possible que les États-Unis et la Russie maintiennent de facto une certaine retenue, par intérêt stratégique et économique, sans cadre juridique formel. Des mesures informelles de confiance ou des accords limités pourraient émerger, sans atteindre le niveau de contrainte d’un traité.
À plus long terme, la question centrale restera celle de la capacité des grandes puissances à reconstruire un minimum de règles communes, adaptées aux réalités actuelles, incluant de nouveaux acteurs et de nouvelles technologies. L’équilibre stratégique mondial dépendra moins d’un retour immédiat aux traités classiques que de la volonté politique de reconnaître que, même dans un monde concurrentiel, l’absence totale de règles comporte des risques que personne ne maîtrise pleinement.
Une stabilité plus incertaine, mais pas inexistante
En définitive, l’après-New START n’annonce ni un effondrement immédiat de la sécurité mondiale ni une ère de désarmement spontané. Il ouvre une phase intermédiaire, marquée par une stabilité plus incertaine, fondée davantage sur des calculs nationaux que sur des engagements formalisés.
L’enjeu pour l’équilibre stratégique mondial n’est donc pas seulement la quantité d’armes nucléaires en circulation, mais la capacité des États à gérer leur rivalité sans cadre contraignant. C’est dans cette zone d’incertitude, discrète mais durable, que se jouera l’avenir de la stabilité nucléaire internationale.

« à quoi s’attendre pour l’équilibre stratégique mondial ? »
Ben à un déséquilibre stratégique mondial, pardine !
Le monde bascule vers un monde multipolaire. Probablement 3 sphères d’influence : les USA contrôle les 2 continents américains, La Russie contrôle l’Europe et le Nord de l’Afrique, la Chine contrôle l’Asie, le sud de l’Afrque et l’Australie.
Pas exclu que le Yalta 2.0 ait déjà eu lieu. Trump rencontre bientôt Xi, ils vont certainement en parler.