Reçu au Kremlin mercredi, le chef de la diplomatie cubaine Bruno Rodriguez a obtenu de Vladimir Poutine une condamnation ferme des nouvelles restrictions américaines frappant l’île. Déclarations de solidarité, promesses de soutien systématique — mais aucune mesure concrète annoncée.
Mercredi 18 février. Dans les salons du Kremlin, Vladimir Poutine accueille Bruno Rodriguez, ministre des Affaires étrangères cubain, en visite à Moscou alors que La Havane suffoque sous un embargo pétrolier américain renforcé. Le ton du président russe se veut sans équivoque : « Nous traversons actuellement une période particulière, avec de nouvelles sanctions. Nous n’acceptons rien de tel. »
Formule courte. Tranchante. Mais sans annonce derrière. Moscou promet de « soutenir systématiquement » Cuba et affiche sa « pleine solidarité » envers le peuple cubain. Ce que la Russie ne précise pas : la nature exacte, le calendrier et le volume d’un éventuel soutien énergétique à l’île. Des médias russes évoquaient la semaine dernière un possible envoi de pétrole qualifié d' »aide humanitaire » — au conditionnel, sans confirmation officielle.
Une alliance forgée dans la Guerre froide, réactivée par le conflit ukrainien
Cuba et la Russie entretiennent des liens stratégiques qui remontent aux premières années de la révolution castriste. Dès 1960, Moscou devient le principal appui économique et militaire de La Havane, fournissant pétrole, armements et crédits à une île que Washington cherche à isoler. La crise des missiles de 1962 cristallise cette relation au rang d’enjeu planétaire. Après l’effondrement soviétique, les liens s’étiolent — Cuba traverse la « période spéciale », une décennie de pénuries sévères.
Depuis l’offensive russe en Ukraine lancée en février 2022, le rapprochement s’accélère. Cuba refuse de condamner l’invasion devant l’ONU. Moscou y voit un alignement précieux. Les deux pays, selon Bruno Rodriguez, « partagent une profonde inquiétude face à la détérioration de l’ordre international ».
Cette solidarité affichée trouve aujourd’hui un terrain concret : l’île de 9,6 millions d’habitants subit de plein fouet l’arrêt des livraisons de pétrole vénézuélien, interrompues sous pression américaine. Les compagnies aériennes russes Rossiaet Nordwind ont suspendu leurs vols vers La Havane, faute de kérosène sur place. Les délestages électriques se multiplient. Plusieurs hôtels ont fermé temporairement, fragilisant le tourisme, deuxième secteur économique cubain.
Lavrov monte en première ligne, Poutine reste en retrait
Avant la rencontre avec le président russe, le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov avait déjà haussé le ton, qualifiant d' »absolument inacceptable » le décret signé fin janvier par Donald Trump désignant Cuba comme une « menace extraordinaire » pour les États-Unis — notamment en raison de son « alignement » avec Moscou. Lavrov appelle Washington à « faire preuve de bon sens » et à renoncer à tout « projet de blocus naval militaire ».
Poutine n’annonce aucune mesure concrète. Son porte-parole Dmitri Peskov écarte tout lien entre un éventuel envoi de carburant à Cuba et les négociations en cours avec Washington sur l’Ukraine : « Nous ne pensons pas que ces sujets soient liés. »
Bruno Rodriguez repart de Moscou avec des assurances politiques et la promesse d’une aide à venir. Il a lui-même garanti que La Havane « ne changerait pas de ligne politique » malgré la pression américaine. Les prochaines semaines diront si les déclarations du Kremlin se traduisent en barils de pétrole sur les quais de La Havane.



