L’Algérie a intensifié ses échanges diplomatiques avec la Russie au sujet du Sahara occidental, après des discussions organisées sous l’égide des États-Unis. Ces initiatives interviennent alors que Washington maintient sa reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le territoire et encourage une issue politique fondée sur l’initiative d’autonomie présentée par Rabat. Selon plusieurs médias, dont Yabiladi, l’ambassadeur d’Algérie à Moscou a récemment sollicité des entretiens avec des responsables russes pour évoquer le dossier. Au centre des enjeux : l’équilibre des forces diplomatiques autour d’un conflit vieux de plusieurs décennies et la place d’Alger dans les négociations à venir.
Les échanges menés à Madrid, dans les locaux diplomatiques américains, ont marqué une étape supplémentaire dans l’implication de Washington sur ce dossier sensible. D’après les informations relayées par la presse, ces discussions auraient conduit Alger à rechercher un appui plus affirmé du côté de Moscou. L’objectif serait de consolider ses positions alors que les États-Unis continuent de promouvoir une solution politique qui s’appuie sur le plan d’autonomie marocain. L’Algérie, qui soutient le Front Polisario, défend pour sa part l’organisation d’un référendum d’autodétermination sous l’égide des Nations unies.
Diplomatie Algérie – Russie : Moscou en soutien face aux pressions américaines sur le Sahara
La Russie apparaît comme un partenaire stratégique pour Alger sur la scène internationale. Les deux pays entretiennent des relations étroites, notamment dans les domaines militaire et énergétique. Dans le cadre du dossier saharien, Moscou occupe une place particulière en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, où sont régulièrement examinées les résolutions relatives à la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO).
Selon Yabiladi, l’ambassadeur algérien à Moscou aurait évoqué le Sahara lors d’une rencontre officielle avec des responsables russes, quelques jours après les discussions organisées à l’initiative américaine. Cette démarche est présentée comme une tentative de renforcer les appuis diplomatiques d’Alger à un moment où Washington maintient sa ligne politique. Les autorités américaines ont confirmé ces dernières années leur reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le territoire, une décision initialement annoncée en 2020 et réaffirmée depuis.
La position russe, de son côté, demeure attachée au cadre onusien et à la recherche d’une solution négociée entre les parties. Moscou ne reconnaît pas la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental et insiste sur la nécessité d’un processus politique sous l’égide des Nations unies. Cette posture confère à la Russie un rôle d’équilibre potentiel dans les débats internationaux, même si aucune déclaration récente ne fait état d’un changement formel de doctrine.
Conflit du Sahara occidental : historique, ONU, position des États-Unis et de l’Europe
Le conflit du Sahara occidental trouve son origine dans la décolonisation du territoire administré par l’Espagne jusqu’en 1975. Après le départ de Madrid, le Maroc a revendiqué l’intégration du territoire, tandis que le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, a proclamé la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Un conflit armé a opposé les parties jusqu’au cessez-le-feu de 1991, négocié sous l’égide de l’ONU, avec la promesse d’un référendum d’autodétermination qui n’a jamais abouti en raison de désaccords persistants sur le corps électoral et les modalités du scrutin.
Au fil des années, le cadre international a évolué. Les résolutions du Conseil de sécurité appellent à une solution « politique, réaliste et mutuellement acceptable ». Les États-Unis ont franchi un cap en reconnaissant officiellement la souveraineté marocaine sur le territoire en décembre 2020. Cette reconnaissance a été maintenue depuis, Washington considérant l’initiative d’autonomie proposée par Rabat comme une base sérieuse de discussion.
Plusieurs pays européens ont également clarifié leur position. L’Espagne, ancienne puissance administrante, a exprimé son soutien au plan d’autonomie marocain en 2022. La France a salué à plusieurs reprises cette initiative comme une solution crédible. D’autres États membres de l’Union européenne privilégient le cadre onusien sans reconnaissance explicite de souveraineté. Cette diversité de positions illustre la complexité du dossier, où s’entremêlent considérations juridiques, intérêts énergétiques et équilibres régionaux en Afrique du Nord.
Pressions de Washington et recomposition des alliances régionales
L’implication américaine récente, notamment à travers l’organisation de discussions diplomatiques, semble avoir accéléré les consultations d’Alger avec ses partenaires traditionnels. La recherche d’un soutien russe intervient alors que les équilibres régionaux évoluent. L’Algérie et le Maroc ont rompu leurs relations diplomatiques en 2021, accentuant la polarisation autour du Sahara occidental.
Dans ce climat, chaque initiative internationale est scrutée. Les discussions tenues à Madrid sous l’égide des États-Unis ont été perçues comme un signal fort quant à la volonté américaine de maintenir la dynamique engagée depuis 2020. Face à cette orientation, Alger pourrait chercher à consolider un front diplomatique alternatif, même si aucune déclaration officielle ne fait état d’un repositionnement stratégique majeur.
La Russie, engagée sur plusieurs théâtres diplomatiques, conserve une relation étroite avec l’Algérie, l’un de ses principaux partenaires africains. Toutefois, Moscou n’a pas annoncé de soutien explicite à une option précise concernant l’avenir du Sahara occidental. Son attachement au cadre multilatéral de l’ONU demeure la ligne officiellement affichée.
À mesure que les initiatives diplomatiques se multiplient, le dossier saharien continue de structurer les rapports de force en Afrique du Nord et au sein des instances internationales. Les démarches entreprises ces derniers jours montrent la persistance d’un conflit dont l’issue dépend toujours d’un compromis difficile entre reconnaissance de souveraineté, droit à l’autodétermination et équilibres géopolitiques.
